Quand les collines de Jérusalem s’enflamment
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Opinion

Quand les collines de Jérusalem s’enflamment

Si les importants incendies de la semaine dernière n'ont pas fait de victimes, Israël ne doit pas se fier aux miracles ni compter trop largement sur l'héroïsme de ses pompiers

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

L’incendie dans le moshav Giva'at Ye'arim sur les collines de Jérusalem, le 16 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
L’incendie dans le moshav Giva'at Ye'arim sur les collines de Jérusalem, le 16 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ce week-end, alors que je traversais la zone, en contrebas de la seule route menant à l’hôpital psychiatrique d’Eitanim sur les collines de Jérusalem, deux pompiers arrosaient d’eau les brousses autrefois éclatantes.

Ici comme ailleurs, au début de la semaine dernière, des milliers d’hectares de forêt sont partis en fumée, les transformant en un désert noirci. Mais, alors que je conduisais et me promenais, des cendres et la forte chaleur estivale causaient encore de nouveaux petits points de départ de feu qui, si les pompiers n’avaient pas été présents, auraient pu se transformer, à nouveau, en quelque chose de très dangereux.

L’énorme feu de forêt a consumé 25 kilomètres carrés de forêt, et on a craint que l’hôpital Hadassah d’Ein Kerem ne doive être évacué au plus fort de l’incendie.

Au moshav Beit Meir, « la seule raison pour laquelle tout le moshav n’a pas été détruit, c’est parce que le vent a tourné », a déclaré un résident à la Treizième chaîne. (Les images de cet incendie sont disponibles sur ce lien, en hébreu, et valent la peine d’être visionnées.)

Shoshanna et Micah Harari dans les ruines de leur fabrique de harpe au moshav Ramat Raziel, sur les collines de Jérusalem, après un incendie de forêt, le 18 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des gens ont perdu leur maison. Certains ont perdu le travail de toute une vie. Miraculeusement, personne n’a perdu la vie.

À des kilomètres à la ronde, à travers les collines et les vallées, la dévastation est déchirante – des hectares de forêt ont été anéantis. Les flancs de collines sont désormais couverts de cendres, les arbres sont tombés ou sont penchés et nus, et les panneaux de signalisation noircis font penser à des scènes d’un hiver apocalyptique.

La colline de l’hôpital d’Eitanim après un incendie de forêt, le 21 août 2021. (Crédit : Times of Israel Staff)

Quand on regarde Eitanim, il est facile de comprendre pourquoi certains font état d’un miracle. Les flammes ont presque touché les bâtiments, et la majeure partie de la colline a été brûlée.

Les 156 patients et membres du personnel de l’hôpital ont été rassemblés et ont dû évacuer alors que l’incendie se refermait sur eux, ont déclaré des responsables après l’incendie. Cela n’a pas été une mince affaire, dans un établissement psychiatrique situé dans une zone consumée par les flammes – alors qu’il était devenu clair que le seul accès par la route était impraticable. Des policiers et des pompiers extraordinairement courageux ont alors pris la décision de mener une mission de sauvetage en traversant les flammes.

Quand ils sont arrivés là-bas, « tout l’hôpital était englouti dans la fumée. C’était un énorme chaos. Les membres du personnel, les patients, tous criaient », a expliqué Dvir Tamim, surintendant principal et chef de l’unité de police de Yasam, qui a joué un rôle central dans l’évacuation.

Les patients étaient allongés sur le sol « et je les faisais monter de force dans des véhicules », a expliqué Kobi Yaakob, commandant de la police de la région de Jérusalem, qui a organisé le sauvetage. « Certains d’entre eux se sont opposés et n’ont pas compris qui était venu les évacuer de force. Et tout se faisait dans la fumée. »

Des pompiers tentent d’éteindre l’incendie près du moshav Givat Ye’arim, près de Jérusalem, le 16 août 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Comme cela a été largement rapporté, l’incendie de la semaine dernière a consumé une superficie plus large que l’incendie du mont Carmel en 2010. Le sauvetage d’Eitanim fait également penser à cette catastrophe passée : il y a onze ans, un bus rempli d’agents de l’administration pénitentiaire, pour la plupart de nouvelles recrues, avait été dépêché pour évacuer la prison de Damun, qui était dans la ligne de mire des flammes. Le bus s’est retrouvé bloqué par un arbre tombé à cause du feu, et s’est retrouvé piégé. Leur véhicule a alors été englouti par les flammes. Au total, 44 personnes ont été tuées, dont 36 du service pénitentiaire, le chef de la police de Haïfa et deux autres policiers, deux pompiers et un volontaire de 16 ans, ainsi que le chauffeur de bus.

L’incendie du Carmel pourrait avoir une origine criminelle. Des allégations similaires ont été soulevées suite aux récents incendies sur les collines de Jérusalem et dans le Gush Etzion, au sud de Jérusalem. L’utilisation continue de ballons incendiaires, lancés vers Israël par des groupes terroristes de Gaza, souligne que le feu est devenu une nouvelle arme pour les Palestiniens.

Mais, même sans ces efforts délibérés visant à incendier Israël, notre climat de plus en plus extrême et la négligence presque inévitable font que les incendies de forêt dévastateurs, ici comme ailleurs sur notre planète en plein réchauffement, représentent désormais une menace sans cesse croissante. En effet, Eitanim a de nouveau été partiellement évacué mercredi, par mesure de précaution, alors que les équipes de pompiers se sont battues pendant deux heures pour éteindre de nouveaux incendies apparus dans la zone.

Des collines de Jérusalem dévastées à la suite d’un important incendie de forêt, le 22 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Israël a investi des ressources supplémentaires dans ce combat ces dernières années, notamment en achetant des avions spéciaux de lutte contre les incendies, et en élargissant les possibilités de coopération régionale, cela afin de donner au pays une meilleure chance de pouvoir maîtriser les incendies plus rapidement et plus efficacement. Mais il est clair qu’il faut en faire davantage.

Comme le souligne la fuite dans les flammes à Eitanim, nous vivons dans une période dangereuse, trop dépendante de l’héroïsme de certains et du miracle occasionnel.

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