Quand Yom HaShoah nous rappelle Yom HaGevura
Le mot d'ordre "Plus jamais ça" doit être véritablement mis en œuvre par les dirigeants européens - un continent qui doit cette fois tout faire pour éviter le pire (et le déshonneur)

Ce texte a été envoyé plus tôt aux membres de la communauté du Times of Israël. Pour recevoir ce genre de contenu dès leur publication, rejoignez notre communauté en cliquant ici.
Mardi 14 avril, 7h55 : « Chérie, tout à l’heure, il y aura une alerte. Mais ce n’est pas la peine de courir dans le mamad du gan. C’est pas une azaka. C’est une sirène pour se souvenir d’une autre guerre. »
8h35 : L’initiative citoyenne européenne (ICE) appelant à la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël a franchi le cap du million de signatures. Avec 1 014 174 soutiens recueillis dans au moins sept États membres depuis le 13 janvier. Ses promoteurs réclament la fin de l’accord qui régit les relations politiques et commerciales entre l’Union européenne et Israël, en invoquant les violations présumées des droits humains dans la bande de Gaza. La Commission européenne, une fois les signatures validées par les autorités nationales, pourrait l’examiner. La mobilisation est particulièrement forte en France, qui rassemble près de 379 000 signatures, loin devant l’Italie (243 485) et l’Espagne (121 037).
10h : Israël se fige pour commémorer les six millions de victimes de la Shoah. La responsable du jardin d’enfants met un peu de temps avant de répondre à un message d’une maman qui voulait savoir si ça s’était « bien » passé.
10h04, 10h34 : alerte à la roquette dans le nord d’Israël suite à des tirs du Hezbollah libanais.
En Israël, Yom HaShoah est une journée qui rend hommage aux victimes mais aussi à la résilience du peuple juif, Yom Hagevura (Jour de l’héroïsme). Alors que le monde commémore la Shoah les 27 janvier, Israël a choisi la date qui correspond au soulèvement du ghetto de Varsovie, survenu à la veille de la fête juive de Pessah de l’année 1943. Pessah marque la sortie d’Égypte, qui a mis fin à des centaines d’années d’esclavage du peuple juif, une libération qui est rappelée à chaque prière du vendredi soir.
À LIRE – Yom HaShoah : Deux histoires, un seul peuple
Lundi soir, lors de la cérémonie officielle pré-enregistrée à Yad Vashem, – guerre oblige -, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rappelé dans son discours de huit minutes (par ailleurs à juste titre très critiqué en Israël, car il estime avoir empêché une seconde Shoah alors que l’Iran a toujours l’uranium enrichi et qu’il n’a par ailleurs rien fait pour empêcher le 7-Octobre) la « responsabilité » de l’Europe « à défendre la civilisation contre la barbarie », déplorant que les pays du Vieux continent aient « tant oublié depuis la Shoah ». Un oubli qui se fait sentir chaque jour alors que les dirigeants répètent à longueur de journée « ce n’est pas notre guerre » devant des médias qui semblent aussi bizarrement nombreux à le penser – et enhardissant au passage une tyrannie, qui vient de libérer deux otages d’état français détenus depuis trois ans dans la prison d’Evin en échange d’une Iranienne condamnée pour avoir – notamment – fait l’apologie du 7-Octobre… Une Iranienne qualifiée par Téhéran de « militante pour les droits des Palestiniens ».
Netanyahu a aussi surtout déploré que les Européens n’aient pas retenu « la leçon essentielle de la distinction morale claire entre le bien et le mal, qui, dans les moments de vérité, exige que nous fassions la guerre pour le bien, pour la vie. »
13h08 : La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, annonce la suspension du renouvellement de l’accord de défense conclu avec Israël. Le mémorandum d’entente de 2003, signé sous Silvio Berlusconi, avait jeté les bases d’une coopération en matière de défense et de recherche scientifique. Ratifié par Rome en 2005, il était jusqu’ici reconduit automatiquement tous les cinq ans. Jérusalem précise que cela n’aura aucun impact sur la sécurité israélienne mais symboliquement, il y en a un grand à l’échelle diplomatique.
La veille, Israël avait pour sa part convoqué l’ambassadeur italien pour lui faire part de son mécontentement après que le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, en déplacement à Beyrouth, eut écrit sur le réseau social X que sa visite avait pour objectif de « transmettre la solidarité de l’Italie, suite aux agressions inacceptables d’Israël contre la population civile », ajoutant que « toute nouvelle escalade, à l’image de celle de Gaza, doit être à tout prix évitée. »
Meloni avait prononcé jeudi dernier un discours devant le Parlement afin de consolider son autorité politique après sa récente défaite essuyée lors d’un référendum sur une réforme de la justice. Un revers qui a peut-être provoqué cette décision unilatérale à l’encontre de Jérusalem afin de « gagner la foule ».
18h : Beyrouth envoie son ambassadrice aux États-Unis, Nada Mouawad, rencontrer son homologue israélien Yechiel Leiter au département d’État américain en présence du secrétaire d’État Marco Rubio, pour tenter de trouver un accord de paix avec le Liban « qui tiendra pour des générations », comme l’avait annoncé dimanche Netanyahu.
« Nous voulons parvenir à la paix et à la normalisation avec l’État du Liban… Il n’y a pas de différends majeurs entre Israël et le Liban. Le problème, c’est le Hezbollah », a encore rappelé mardi Gideon Saar.
« Nous marquons aujourd’hui Yom HaShoah, le jour où les Juifs du monde entier rendent hommage aux victimes de la Shoah. C’est également Yom HaGevura, le jour du courage, où nous proclamons : ‘Plus jamais ça’. Cette phrase est à la fois une promesse et un plan d’action. Nous affirmons que nous prendrons nos ennemis au mot, quand ils se disent déterminés à nous anéantir », a dit mardi Yechiel Leiter, dont le fils Moshe Yedidyah, lui-même père de six enfants, est mort au combat contre le Hamas à Gaza en novembre 2023.
Yechiel Leiter avait à l’époque déclaré que Netanyahu, dont il avait auparavant été son chef de cabinet, l’avait appelé pour lui présenter ses condoléances.
« Lorsque le Premier ministre m’a appelé ce soir pour m’apporter son soutien, je ne lui ai dit qu’une chose : ‘Bibi, le sang de mon fils n’a pas été versé en vain. Termine ce travail. Ne laisse aucune pression au monde t’arrêter. Parce que la seule consolation de cette perte est de bannir le mal’ », avait-il dit.
18h15 : Le Hezbollah, qui refuse sans surprise ces pourparlers directs, traitant au passage le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, de « sioniste » – insulte apparemment suprême faisant écho à celles lancées dans les capitales européennes, revendique une salve de 13 roquettes.
Pourparlers entre l’Iran et les États-Unis
« La mauvaise nouvelle, c’est que nous ne sommes pas parvenus à un accord, et je pense que c’est bien plus une mauvaise nouvelle pour l’Iran que pour les États-Unis d’Amérique », avait déclaré le vice-président JD Vance, qui dirigeait ce qu’on pourrait appeler la première session de discussions, après l’échec des négociations à Islamabad – Trump ayant promis une nouvelle entrevue.
Mais en lisant le plan présenté par Téhéran comme base des discussions, on voit mal comment Washington pourrait effectivement trouver un terrain d’entente et mettre un terme à ces différences irréconciliables :
- 1. Cessation définitive des combats
- 2. Contrôle du détroit d’Ormuz : Une commission parlementaire a approuvé le 30 mars dernier un projet de péage sur le passage stratégique
- 3. Droit à l’enrichissement d’uranium dans le cadre de son programme nucléaire illégal
- 4. Levée totale des sanctions – y compris les sanctions primaires, secondaires qui concernent aussi ses partenaires commerciaux et instaurées par l’ONU
- 5. Garanties de sécurité – à savoir que l’Iran ne fera plus l’objet d’attaques militaires
- 6. Fin des frappes israéliennes notamment au Liban
- 7. Reconnaissance des alliés régionaux : fin des frappes contre son « axe de la résistance » incluant le Hamas, le Hezbollah, les Houthis et des groupes armés en Irak
- 8-10. Normalisation et souveraineté : retrait des forces combattantes américaines de la région et interdiction d’attaquer l’Iran depuis des bases régionales
Les Etats-Unis ont démenti mercredi avoir accepté une extension du cessez-le-feu avec l’Iran, maintiennent leur armada tout en bloquant les ports iraniens et en essayant la voie diplomatique.
Le 7 avril dernier, ils ont recommandé à leurs ressortissants voulant faire cette année le hajj, le pèlerinage musulman annuel, de « reconsidérer » tout voyage en Arabie saoudite en raison du « risque sécuritaire », selon un communiqué de l’ambassade américaine à Ryad. Or, le hajj est a priori prévu dans un peu plus d’un mois, le soir du 24 mai.
Après avoir critiqué les frappes israéliennes, la Russie a pour sa part évacué la quasi-totalité de son personnel de la centrale iranienne de Bouchehr.
Face à l’absence de « soutien » de Trump et en dépit de l’opposition farouche de Keir Starmer, le Royaume-Uni a annoncé samedi par l’intermédiaire d’un porte-parole de Downing Street qu’il suspendait son projet de restitution de l’archipel des Chagos à l’île Maurice, siège d’une base militaire américano-britannique stratégique située à plus de 4 000 km et que l’Iran avait réussi à atteindre. Elle a joué un rôle majeur dans les deux guerres menées par les États-Unis en Irak (1990-1991, 2003-2011) ainsi que dans les bombardements américains en Afghanistan en 2001. Elle a également servi à lancer des attaques de bombardiers B-2 contre les Houthis, qui ont récemment tiré quelques missiles sur Israël et menacent de fermer l’autre détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
Un obstacle insurmontable ?
Mais le problème avec l’Iran, c’est que lorsqu’il a perdu un million de soldats, dont des enfants armés comme il le fait encore maintenant sans susciter la moindre réprobation internationale, lors de la guerre contre l’Irak dans les années 1980, il n’avait pas non plus cédé le pouvoir. Après plus de deux ans de guerre, le Hamas est toujours aux commandes – et ce, même si l’armée israélienne contrôle encore à ce jour une partie de l’enclave. La création du Hezbollah par l’Iran en 1982, suivie de deux guerres contre Israël, n’a pas éradiqué non plus le groupe terroriste chiite, qui s’est finalement vite remis des affrontements de 2024.
Comment se fait-il que ces pays ignorent sciemment (et voire pour certains en s’en vantant fièrement) les vraies problématiques durables que représentent un programme nucléaire illégal, un programme balistique redoutable et une idéologie terroriste qui jouit de très nombreux relais ? Les nombreuses sanctions imposées ont seulement sanctionné les citoyens qui tentent de s’en sortir. Pas le régime, ni ses supplétifs. Sans l’Iran, il n’y aurait pas eu de 7-Octobre.
Comment se fait-il qu’un régime terroriste qui tue son propre peuple puisse prendre le monde entier en otage sans que cela ne déclenche une quelconque réaction, hormis des appels à ce qu’il négocie « de bonne foi » ? Par haine à l’égard d’Israël ? Par anti-américanisme, par anti-Trumpisme ? Trump a tort sur la forme mais il a entièrement raison sur le fond. Va-t-on laisser une dictature, qui jure à longueur de journée qu’il va détruire Israël, s’emparer de la bombe nucléaire pour une question de politesse ? Ça m’en a tout l’air.
ÉDITION LIMITÉE : Rejoignez la communauté du Times of Israël pour seulement 6 euros par mois et recevez un sac fourre-tout exclusif Times of Israël orné d’un oiseau emblématique d’Israël.
Choisissez entre le Doukhifat (huppe, orange), oiseau national d’Israël, et le Shaldag (martin-pêcheur, bleu), symbole emblématique de la faune israélienne.
En vous abonnant aujourd’hui, vous profiterez d’une lecture sans publicité, ainsi que d’un accès à des contenus en avant-première, incluant éditos, reportages et interviews.







