Rechercher

Raam donne une chance à la coalition ; le Likud renonce à sa loi sur la dissolution

La loi sur la dissolution du Parlement n'a pas été soumise au vote ; c'est le député Walid Taha qui discutera avec la coalition des demandes de son parti

Le leader de Raam, le député Mansour Abbas, lors d'une déclaration à la presse à la Knesset, le 11 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le leader de Raam, le député Mansour Abbas, lors d'une déclaration à la presse à la Knesset, le 11 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le parti du Likud a retiré son projet de loi prévoyant la dissolution de la Knesset dans la journée de mercredi, après l’annonce faite par le chef du parti Raam, Mansour Abbas, que son parti allait réintégrer la coalition et remplir ses obligations dans le cadre de l’accord signé avec l’alliance au pouvoir.

Avec les quatre députés du parti Raam, la coalition revient à une stricte égalité en nombre de sièges au Parlement – 60 contre 60 – avec l’opposition placée sous la direction du Likud, ce qui lui permet de déjouer la tentative de l’opposition qui comptait faire adopter en lecture préliminaire un texte prévoyant la dissolution de la Knesset et l’organisation, en conséquence, d’élections anticipées. Si l’opposition avait présenté cette mesure et qu’elle n’avait pas été adoptée par le Parlement, elle se serait trouvée dans l’incapacité de présenter au vote une législation similaire pendant six mois.

« Nous en sommes arrivés à la conclusion, avec le conseil de la Shura et avec le Mouvement islamique, que Raam va donner une chance au gouvernement en revenant et en remplissant nos obligations telles qu’elles sont formulées dans l’accord de coalition », a déclaré Abbas, mettant fin aux spéculations sur les éventuelles intentions de son parti suite à son retrait de trois semaines de l’alliance au pouvoir, et suite à une rencontre-marathon du conseil de la Shura de la branche du sud du Mouvement islamique, qui oriente la formation, dans la soirée de mardi.

Avec à ses côtés les trois membres de sa faction à la Knesset, Abbas a déclaré lors d’une conférence de presse que Raam était défavorable à la perspective d’un nouveau scrutin.

« Nous, au sein de Raam, nous pensons que ce serait une erreur de lancer un nouveau cycle électoral qui ramènerait au pouvoir Netanyahu et qui reviendrait sur tous les dossiers sur lesquels nous travaillons actuellement, » a dit Abbas aux journalistes qui étaient réunis aux abords du bureau du Premier ministre à la Knesset.

Dans un communiqué qui a été diffusé après le retour annoncé d’Abbas au sein de la coalition, le parti du Likud du chef de l’opposition Benjamin Netanyahu a attaqué la loyauté d’Abbas à l’alliance et les résultats obtenus dans le domaine de la sécurité par le Premier ministre Naftali Bennett.

Le chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, lors d’une réunion du parti du Likud à la Knesset, à Jérusalem le 7 mars 2022. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Mais qu’a donc vendu encore Bennett à Mansour Abbas pour la survie de son gouvernement, de son gouvernement faible et soumis ? Qu’a donc entendu Mansour Abbas, le week-end dernier, en Turquie, où siègent les membres du Hamas ? », a dit le communiqué, se référant aux vacances prises la semaine dernière par le dirigeant de Raam en Turquie. « Un gouvernement qui dépend des soutiens du terrorisme ne peut pas lutter contre le terrorisme et il s’écroulera bientôt ».

Les membres de droite de l’opposition font souvent référence aux députés de Raam en les désignant comme étant « des soutiens du terrorisme ».

Le député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir, du parti Sionisme religieux, a émis des critiques similaires en personne – prenant d’assaut la conférence de presse d’Abbas et se lançant dans un affrontement verbal avec les quatre membres de la faction arabe, une altercation qui a duré plusieurs minutes.

« Vous n’êtes pas ici chez vous, ici, ça appartient aux Juifs ! », a hurlé Ben Gvir.

« Vous êtes le plus grand danger encouru par l’État d’Israël », a riposté le député Walid Taha en criant, lui aussi.

Le député Iman Khatib Yassin a crié à Ben Gvir de « partir », ce qu’il n’a fait que lorsque les services de sécurité de la Knesset l’ont traîné hors des lieux, alors qu’il hurlait encore une fois : « Terroristes ! »

Les résultats des sondages, pour Raam, ont été médiocres au cours de la semaine passée, la faction n’atteignant même pas le seuil électoral nécessaire pour intégrer la Knesset. Néanmoins, les plus grands problèmes qu’Abbas doit actuellement affronter sont relatifs aux divisions internes au sein de la faction qui ont été exacerbées par plusieurs semaines de tensions accrues sur le Mont du Temple de Jérusalem.

Le député Itamar Ben Gvir interrompt une conférence de presse du député Mansour Abbas, chef du parti Raam, à la Knesset, le 11 mai 2022. (Crédit :Olivier Fitoussi/Flash90)

Abbas a fait le choix sans précédent d’être le premier parti arabe indépendant et le premier parti islamiste à rejoindre une coalition au pouvoir en Israël, acceptant de mettre de côté la cause nationale palestinienne pour se concentrer sur les bénéfices civils à gagner d’une telle participation pour la communauté arabe israélienne. Sa base estime que ce partenariat n’a pas encore montré de résultats et une division persiste au sein de Raam sur la nécessité d’accorder au choix d’Abbas plus de temps pour porter ses fruits, ou sur la nécessité de limiter les pertes et de reprendre la stratégie d’opposition qui est celle, plus largement, de la Liste arabe unie.

Ce changement de stratégie a eu un impact aussi sur la place de Raam à la Knesset. Avant de se tenir aux côtés des autres membres de la faction, lors de la conférence de presse de mercredi, le député Mazen Ghanaim avait accordé plusieurs interviews dans lesquelles il avait confié qu’il ne ressentirait aucune obligation à l’égard de la coalition si la question d’al-Aqsa n’était pas résolue, et il avait même poussé son parti à abandonner la coalition.

Conformément à une décision prise par son Conseil de la Shura, Raam avait annoncé le « gel » de son ralliement à l’alliance au pouvoir il y a trois semaines, mécontent de la prise en charge par Israël des affrontements entre la police et des manifestants palestiniens sur le mont du Temple.

Connu sous le nom de mont du Temple par les Juifs et sous celui de Haram al-Sharif, ou mosquée al-Aqsa, par les musulmans, le mont le plus saint de Jérusalem a été au centre de violences dans les semaines qui ont mené au Ramadan et pendant tout le mois sacré musulman qui a coïncidé, cette année, avec Pessah et avec Pâques.

Samedi, Abbas a appelé à résoudre le problème d’al-Aqsa par le biais d’une commission conjointe réunissant responsables israéliens et jordaniens, ajoutant que sa formation suivrait les demandes soumises par la cour royale jordanienne. La Jordanie est tutrice du mont du Temple.

Dimanche, Bennett a fait savoir que l’État juif ne déléguerait pas sa politique sur le Mont du Temple à des décisionnaires internationaux.

Taha devrait prendre la tête des discussions avec la coalition sur les demandes de Raam, notamment sur al-Aqsa et sur des initiatives économiques et sociétales en faveur de la communauté arabe.

L’annonce de Raam était attendue plus tôt dans la matinée mais elle avait été reportée suite à l’annonce de la mort de la journaliste bien connue d’Al-Jazeera, Shireen Abu Aqleh. Abu Aqleh a été tuée mercredi matin alors qu’elle couvrait une opération militaire à Jénine dans des circonstances encore litigieuses.

Par ailleurs, Raam a appelé qu’une commission d’enquête internationale se penche sur les événements qui ont entraîné la mort d’Abu Aqleh – une demande qu’Abbas a répétée pendant sa conférence de presse à la Knesset.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...