Rapport inédit sur les camps de concentration nazis sur une île britannique
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Rapport inédit sur les camps de concentration nazis sur une île britannique

Des centaines de personnes, dont beaucoup de Juifs, ont été tuées, ou sont mortes dans des conditions brutales, révèle un officier des services secrets britanniques

Les anciens poteaux d'entrée de Sylt sur l'île d'Aurigny, 2012. ( Crédit : CC BY-SA 2.0/ John Rostron)
Les anciens poteaux d'entrée de Sylt sur l'île d'Aurigny, 2012. ( Crédit : CC BY-SA 2.0/ John Rostron)

Un rapport compilé sur les morts et les camps de concentration nazis, installés sur les îles anglo-normandes pendant la Seconde Guerre mondiale, découvert dans les archives d’Etat russes, détaille certaines des atrocités qui ont entraîné la mort d’au moins 700 personnes incarcérées sur ces sites.

Des sections du Report on Atrocities Committed in Alderney, 1942-1945 ont été publiées dimanche par le journal britannique The Times.

Le rapport a été compilé par le capitaine Theodore Pantcheff, officier du renseignement, pour le gouvernement britannique après la libération de l’île anglo-normande d’Aurigny en 1945, à la suite de la défaite de l’Allemagne.

L’histoire de l’occupation nazie d’Aurigny est obscure car les résidents ont été évacués avant l’arrivée des Allemands en 1940, laissant peu de témoins.

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Les îles anglo-normandes sont la seule partie des îles britanniques occupée par les Allemands pendant la guerre.

Pantcheff a parlé à des gardes et des prisonniers allemands et a estimé le nombre de personnes mortes sur l’île à environ 400.

Ce chiffre a été approuvé par ses supérieurs, qui auraient été gênés que les nazis aient installé un camp sur le sol britannique.

Selon l’histoire reconnue d’Aurigny, l’île comptait quelque 6 000 travailleurs, juifs et russes, qui furent amenés sur place pour construire d’imposantes fortifications.

Le cellier de la cuisine des prisonniers du camp de concentration de Sylt sur l’île d’Aurigny. (Crédit : Centre d’archéologie, Université du Staffordshire/ via Antiquity Publications)

La plupart des personnes envoyées dans les camps étaient des prisonniers de guerre et des civils russes, polonais et ukrainiens.

Il y avait également des juifs français, ainsi que des prisonniers politiques allemands et espagnols. Ils étaient détenus dans au moins deux camps, à Lager Sylt et à Lager Norderney.

Contrairement à l’estimation de Pantcheff, au moins 700 personnes seraient mortes aux mains des nazis dans ces camps.

Pantcheff a trouvé des preuves de l’existence de fosses communes pour les centaines de personnes qui ont été affamées, battues, torturées ou abattues par les nazis.

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Le Daily Mail a publié des photos de certaines pages du rapport montrant le texte dactylographié, encore clairement lisible.

Selon le rapport de Pantcheff, les soldats SS qui gardaient les prisonniers étaient récompensés par des congés supplémentaires pour « chaque cinq prisonniers morts ».

Il écrit qu’une « cause commune » de décès en 1943 était la famine « assistée par les mauvais traitements physiques et le surmenage. »

Les travailleurs étaient battus sur toutes les parties de leur corps et les troupes SS essayaient de gagner des congés supplémentaires en « abattant les prisonniers pour les moindres offenses. »

Pantcheff a appris des prisonniers, que les gardes jetaient un mégot de cigarette sur le sol et tiraient ensuite sur quiconque tentait de le ramasser.

Il a écrit qu’un témoin lui a dit que les murs du bureau du commandant de Norderney, Karl Theiss, avaient été repeints « trois ou quatre fois pour enlever les taches de sang. »

Un autre a affirmé que 300 à 400 juifs ont été enterrés dans des fosses communes à Longis Common, sur Aurigny.

Seuls quelques-uns des Allemands qui dirigeaient le camp ont été traduits en justice, bien que le rapport de Pantcheff ait fourni une liste des noms et des crimes commis.

L’exemplaire original du rapport a été divisé et ses pages ont été dispersées dans divers documents dans les archives nationales russes.

Selon le Daily Mail, une copie intégrale du rapport de Pantcheff, autrefois conservée en Grande-Bretagne, aurait été jetée, il y a de nombreuses années, pour gagner de la place.

Photo du camp de concentration de Sylt sur l’île d’Aurigny, après la capitulation nazie, mai 1945. (Crédit : Avec l’aimable autorisation du Trustees of the Royal Air Force Museum/ via Antiquity Publications)

Des appels ont été lancés au sein du Parlement britannique pour localiser les fosses communes d’Aurigny.

En janvier, le député du parti conservateur, Matthew Offord, a demandé au gouvernement de publier des informations sur les fosses communes de l’île.

Lors d’un débat, suivant la journée de commémoration de la Shoah, M. Offord a déclaré : « J’ai été informé que l’on sait déjà beaucoup de choses sur ce qui se trouve sous le sol », selon le Daily Mail.

Un an plus tôt, M. Offord s’était prononcé en faveur de l’excavation des tombes pour tenter d’identifier les corps, mais en janvier, il a déclaré qu’il avait changé d’avis, car la loi religieuse juive décourage le déplacement des restes enterrés.

« En mettant de côté les questions religieuses, on a insisté sur le fait que l’ouverture des fosses communes n’est pas aussi révélatrice qu’on pourrait l’imaginer, et que les gains de connaissances sont faibles par rapport aux coûts moraux et spirituels de la perturbation », a-t-il déclaré en janvier pour expliquer son changement de position.

Il n’y a que 397 tombes de prisonniers connues sur l’île.

En 2017, un rapport d’enquête, rédigé par d’anciens officiers supérieurs de l’armée britannique, a affirmé que le nombre de victimes était probablement beaucoup plus élevé que 700, et se situait plutôt entre
40 000 et 70 000.

Le rapport affirmait que la véritable horreur des massacres nazis sur l’île avait été dissimulée par les services de renseignement militaires britanniques.

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