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Refonte judiciaire : Les États-Unis demandent de protéger les manifestants

La Maison Blanche salue le débat sur les réformes radicales tout en avertissant que les changements ne devront pas aboutir sans l'obtention d'un large consensus

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Un cheval piétine un manifestant lors d'un rassemblement contre le plan de refonte du système judiciaire à Tel Aviv, le 11 juillet 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Un cheval piétine un manifestant lors d'un rassemblement contre le plan de refonte du système judiciaire à Tel Aviv, le 11 juillet 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

L’administration Biden a vivement recommandé aux autorités israéliennes de « protéger et de respecter le droit à manifester pacifiquement » dans un communiqué qui a été émis alors que la police se heurtait à des milliers de protestataires, mardi, dans un contexte de manifestations massives contre l’avancée, par le gouvernement, d’un premier projet de loi entrant dans le cadre du plan de refonte radicale du système judiciaire israélien.

S’il n’est pas allé toutefois aussi loin, le communiqué qui a été émis par le Conseil de sécurité national (NSC) de la Maison Blanche aux journalistes qui l’interrogeaient sur le sujet a paru quelque peu similaire aux réponses apportées par Washington face aux répressions exercées par les régimes autoritaires dans le monde entier.

Ce communiqué a été l’un des deux à avoir été émis en quelques heures par la Maison Blanche au sujet du plan de refonte du système de la justice israélien, alors que l’administration Biden a durci sa rhétorique contre la conduite du gouvernement israélien en riposte à la décision prise par la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu de faire avancer une série de législations à la portée considérable.

Le premier communiqué de la Maison Blanche est sorti alors que la police se heurtait aux centaines de milliers de manifestants israéliens qui s’étaient rassemblés à environ cent endroits de tout le pays. Une douzaine de protestataires ont été blessés, ainsi qu’un policier au moins, au moment où la police tentait d’empêcher les manifestants de bloquer d’importantes artères de circulation et de les disperser.

Au moins un manifestant a été piétiné par un cheval qui était monté par un policier. Un autre protestataire, Moli Ahronsohn, un ancien combattant de Tsahal âgé de 72 ans, a eu le genou fracturé et il a écopé d’une coupure profonde au niveau de l’orbite alors qu’il se heurtait, lui aussi, à un cavalier de la police montée. Il a été hospitalisé et il subira mercredi une opération chirurgicale.

Un certain nombre d’Israéliens ont été blessés par les jets sous haute-pression des canons à eau lors des principaux rassemblements. Une femme a été touchée à la tête par les fortes giclées sur l’autoroute qui relie Jérusalem et Tel Aviv. Les forces de l’ordre ont été aussi aperçues en train de bousculer et, à un certain nombre d’occasions, de frapper les protestataires.

Il semble n’y avoir finalement eu qu’un nombre limité de blessés pendant la journée – ce qui a rendu la décision prise par la Maison Blanche d’intervenir d’autant plus remarquable.

« Nous exhortons les autorités à protéger et à respecter le droit à manifester pacifiquement », a indiqué le communiqué attribué au porte-parole du NSC, alors même que des centaines d’opposants au projet de refonte du système de la justice se rassemblaient aux abords de la branche de l’ambassade américaine à Tel Aviv et à des dizaines d’autres endroits dans l’après-midi de mardi.

« Il est clair qu’il y a un important débat et d’importantes discussions en cours, en Israël, sur le plan qui est proposé. De tels débats sont la part saine d’une démocratie vibrante », a ajouté le communiqué, dans une apparente tentative de présenter un regard positif sur la crise.

Le NSC, à la Maison Blanche, a ultérieurement émis une réponse séparée en direction des journalistes qui concernait la législation qui a été adoptée aux premières heures de la matinée, mardi, et qui prévoit d’interdire le réexamen, par les juges, des décisions prises par les responsables élus à l’aune de la notion juridique de « raisonnabilité ».

Une réponse qui a consisté en une large reprise des communiqués qui avaient précédemment été diffusées concernant le projet de refonte. Elle a cherché à éviter de paraître comme une intervention malvenue dans les affaires du pays tout en soulignant l’importance du maintien des institutions démocratiques israéliennes – ce qui nécessite, pour le pays, d’adopter des réformes faisant uniquement l’objet d’un largement consensus.

« Comme l’a dit l’administration, les États-Unis et Israël sont fondés sur des institutions fortes, sur l’équilibre des pouvoirs et sur un système judiciaire indépendant », a dit le deuxième communiqué.

« Le président Joe Biden a dit de manière constante, que ce soit en public ou en privé, que des réformes fondamentales telles que les réformes envisagées nécessitent une base large de soutien pour être durables et constantes ».

« Le président a clairement établi qu’il espère que le Premier ministre Netanyahu œuvrera à trouver un compromis authentique », a continué le communiqué. « Nous continuons, de notre part, à vivement recommander l’adoption d’une approche consensuelle en ce qui concerne le plan de réforme du système judiciaire israélien – c’est un point que le président a encore souligné le week-end dernier ».

Dimanche, Biden avait déclaré devant les caméras de CNN qu’il espérait que Netanyahu « continuera à s’orienter vers une certaine modération s’agissant des changements qu’il souhaite apporter au système judiciaire ».

Il avait aussi estimé que le gouvernement israélien était « l’un des plus extrémistes » qu’il ait connu dans sa carrière politique, évoquant le soutien apporté par ses membres à une croissance sans limite des implantations et leur refus d’accorder aux Palestiniens le droit d’avoir un territoire dans le cadre du conflit.

Le plan de refonte du système judiciaire israélien a entraîné des mois de manifestations massives, les critiques avertissant qu’il détruira le système démocratique de l’équilibre des pouvoirs israéliens en offrant une quasi toute-puissance à une majorité de coalition.

Même s’il est ouvertement opposé à l’administration Biden sur quelques sujets, Netanyahu s’est montré très sensible aux critiques proférées par les États-Unis et la décision prise par le gouvernement de faire adopter les législations proposées dans le cadre du projet de refonte radicale du système de la justice israélien de manière graduelle peut avoir visé à écarter les foudres potentielles de la Maison Blanche.

Avant que Netanyahu se décide à mettre en pause le plan de refonte du système judiciaire israélien, à la fin du mois de mars, pour ouvrir la porte à des pourparlers avec l’opposition, l’administration Biden avait dénoncé le plan en durcissant graduellement le ton, faisant remarquer que l’attachement partagé des deux pays à des institutions démocratiques fortes était à l’origine du renforcement de leurs relations bilatérales depuis de nombreuses décennies.

Et des critiques ont été proférées par de nombreux membres de l’administration Biden.

Ainsi, Tom Nides, l’ambassadeur américain en Israël qui est actuellement sur le départ, a confié lundi au Wall Street Journal que les États-Unis œuvraient à empêcher Israël de « dérailler » dans le contexte du projet de refonte du système israélien de la justice.

Le mois dernier, la vice-présidente américaine, Kamala Harris, avait mis un point d’honneur à souligner l’importance d’un système judiciaire indépendant lors d’un événement accueilli à l’ambassade israélienne, à Washington.

Fin mars, Biden avait fait savoir que Netanyahu ne serait pas invité « à court-terme » à la Maison Blanche, cette dernière étant mécontente de la direction dans laquelle le Premier ministre emmène le pays.

Les blâmes répétés de l’administration Biden ont entraîné la colère à Jérusalem. Le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichai Chikli, a prétendu sans preuve, mardi, que les Américains s’étaient coordonnés avec le leader de l’opposition, Yair Lapid, et avec l’ancien Premier ministre Ehud Barak dans le cadre du mouvement d’opposition au plan de refonte radicale de la coalition, qui bouleverserait le système judiciaire israélien.

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