Rencontre avec le célèbre compositeur du « Prince d’Égypte » et de « Wicked »
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Rencontre avec le célèbre compositeur du « Prince d’Égypte » et de « Wicked »

Le compositeur Stephen Schwartz évoque sa récente adaptation sur scène du mythique dessin animé sur l'Exode, sa carrière et ses racines juives

Une scène de la production londonienne du "Prince d'Egypte". (Tristram Kenton/ via JTA)
Une scène de la production londonienne du "Prince d'Egypte". (Tristram Kenton/ via JTA)

JTA — « Le Prince d’Égypte » semble avoir retrouvé une place au soleil après une longue traversée du désert.

Le dessin animé sur Moïse et l’histoire de l’Exode a été récemment adapté en comédie musicale à Londres. Il est diffusé en streaming sur Hulu (pour les spectateurs aux États-Unis). Dans le sillage de la crise du coronavirus, la musique originale du film est très appréciée par les fans qui se sentent apaisés par les airs de la bande originale, comme « When You Believe », qui a remporté un oscar.

« Écouter cette chanson pendant la crise du Covid-19 me remonte tout simplement le moral », a déclaré un internaute sur la page YouTube de la chanson.

« Vous m’avez fait pleurer de joie ; c’est ce dont on a besoin en ce moment. L’Italie vous remercie », pouvait-on lire dans un autre commentaire.

« Cette chanson me remplit tellement le cœur en cette période, elle me donne de la force », a commenté un jeune fan.

Stephen Schwartz, un auteur-compositeur très prolifique, a été ému par les remarques. Il a composé la musique de plusieurs autres superproductions, comme « Wicked » ou « Pocahantas ».

Stephen Schwartz a remporté de nombreux Grammy et Oscars. (Crédit : Nathan Johnson/ via JTA)

« C’est la chose la plus gratifiante qu’un compositeur puisse entendre, a-t-il dit. Nous composons pour communiquer, pour partager nos émotions et nos pensées avec le monde. Bien souvent, on met beaucoup de nous là-dedans et on ne sait pas comment les gens ressentent les choses. Donc si quelqu’un a trouvé quelque chose d’inspirant et de réconfortant, il n’y a pas de plus grand cadeau qu’un compositeur puisse demander. »

Pour la comédie musicale « Le Prince d’Égypte », Schwartz a passé les cinq dernières années à écrire environ 10 nouvelles chansons qui racontent l’histoire de Pessah. Les représentations venaient juste de commencer dans un théâtre londonien de West End quand elle a été contrainte de s’arrêter, avec tous les autres spectacles, à cause de l’épidémie. Un album avec les chansons de la comédie musicale est sorti peu avant Pessah chez Ghostlight Records.

Âgé 72 ans, Stephen Schwartz « connaît très bien l’histoire dramatique » de la saga de l’Exode depuis sa plus tendre enfance.

Né à New York, il a été élevé avec sa sœur en banlieue de Long Island par leur père Stanley, un homme d’affaires qui aura 100 ans en juin, et leur mère Sheila, une ancienne enseignante qui a maintenant 95 ans.

« Nous avons toujours célébré Pessah et continuons à le faire avec mes parents chaque année, confie-t-il. Quand mes enfants Scott et Jessica étaient petits, mon père voulait que l’histoire soit plus intéressante pour eux. Il a alors inventé deux personnages appelés Charlie et Susie, qui les représentaient. Ils étaient dans l’histoire de Pessah, aidant Moïse, et cela a duré pendant 6 ou 7 ans quand ils étaient petits. »

Stephen Schwartz compose des musiques mémorables depuis qu’il est à l’université. Alors qu’il avait encore la vingtaine, il avait déjà connu deux grands succès à Broadway : « Godspell » et « Pippin » qui ont été à l’affiche pendant presque cinq ans avec 2 000 représentations.

Il a travaillé tout au long des années 1970 et 1980 en composant des musiques et/ou des paroles pour différentes productions, dont « Rags », sur des immigrants juifs dans le « business du shmatta » (l’industrie du vêtement).

Stephen Schwartz au piano, à l’âge de 7 ans. (Crédit : Schwartz via JTA)

Dans les années 1990, il a commencé à collaborer avec Alan Menken sur les bandes-annonces pour des dessins animés de Disney comme « Pocahontas », pour laquelle il a reçu deux Oscars, et « Le bossu de Notre-Dame ».

En 1998, il a composé cinq chansons pour « Le Prince d’Égypte », le premier dessin animé produit par le studio DreamWorks de Steven Spielberg et de Jeffrey Katzenberg.

« Je dois dire, s’est-il souvenu, que quand ils m’ont approché pour la première fois en me demandant de participer à un dessin animé, je ne voyais pas vraiment le sens du projet, jusqu’à ce que Spielberg m’explique qu’il avait l’intention de mettre en valeur la relation entre les deux frères [adoptifs] [Moïse et Ramsès, qui est devenu Pharaon]. Ça m’a vraiment intéressé, parce que j’aime raconter des histoires où des relations humains réelles sont aux prises d’événements majeurs. »

Sa comédie musicale de 1991, « Les Enfants d’Eden », était une interprétation personnelle du livre de la Genèse. Si elle n’a pas été jouée à Broadway, elle est devenue l’une des comédies musicales les plus reprises dans le monde.

Il a aussi composé les paroles du spectacle chorale 2012 « La Chanson de Hanoukka – Nous sommes lumières ».

« Un de mes amis dirigeait un spectacle de chansons de Noël à la cérémonie d’allumage de l’arbre au Lincoln Center. Il voulait aussi faire une chanson de Hanoukka, explique-t-il. J’étais très content d’avoir l’opportunité de composer à une telle chanson parce que j’avais le sentiment qu’il n’y en avait pas assez. »

La place de Stephen Schwartz dans le panthéon légendaire de Broadway et des compositeurs de film était déjà bien établie avant le 21e siècle, mais son œuvre la plus connue reste « Wicked ». Environ 60 millions de personnes dans le monde ont vu la comédie musicale de Broadway reprenant l’histoire du « Magicien d’Oz », avec des recettes de 5 milliards de dollars.

Capture d’écran de Moïse séparant les eaux dans « Le Prince d’Egypte ». (YouTube)

Il entend souvent des fans qui lui disent comment la chanson du spectacle « Defying Gravity » a changé leurs vies.

« Tous ceux qui ont travaillé sur ‘Wicked’ sont étonnés de l’ampleur que cela a pris, indique le compositeur. Évidemment, nous étions passionnés par l’idée et nous avons essayé de faire de notre mieux, mais nous n’aurions jamais pu imaginer que cela devienne un tel phénomène culturel. »

Ses parents et grands-parents sont tous nés aux États-Unis, mais ses racines juives remontent à l’Empire austro-hongrois, et beaucoup de ses ancêtres sont originaires de Vienne. Lors qu’il travaillait dans la capitale autrichienne, il a pu retrouver, avec l’aide du musée juif local, les traces de ses ancêtres paternels et maternels.

Aujourd’hui, Stephen Schwartz a hâte de voir la sortie très attendue de l’adaptation cinématographie de « Wicked » et la reprise du « Prince d’Égypte » à Londres, dont il est très fier.

« Je suis vraiment enthousiaste au sujet de cette expérience théâtrale, très créative, avec une chorégraphie sportive », confie-t-il.

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