Réponses à Mélenchon après ses propos sur le Crif et la défaite du Labour
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Réponses à Mélenchon après ses propos sur le Crif et la défaite du Labour

"Retraite à points, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogants des communautaristes du CRIF : c’est non", a écrit le chef LFI

Jean-Luc Mélenchon à Toulouse, en 2013. (Crédit : Pierre-Selim/WikiCommons)
Jean-Luc Mélenchon à Toulouse, en 2013. (Crédit : Pierre-Selim/WikiCommons)

Le dirigeant du parti La France insoumise Jean-Luc Mélenchon s’en est pris vendredi au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) dans un post de blog commentant la défaite historique du travailliste Jeremy Corbyn aux élections britanniques.

« Retraite à points, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogants des communautaristes du CRIF : c’est non », a écrit M. Mélenchon.

Interrogé par l’AFP sur cette réflexion concluant le texte, l’entourage de M. Mélenchon a affirmé que ce dernier voulait dire qu’il ne se laisserait « pas influencer par des lobbys quels qu’ils soient, financiers ou communautaristes ».

Un ukaze, ou oukase (du mot russe signifiant « ordre ») est selon le dictionnaire Larousse « une décision autoritaire arbitraire et sans appel ».

A LIRE : Mélenchon, adepte du « complotisme d’autodéfense », selon Rudy Reichstadt

Selon Jean-Luc Mélenchon, le chef du Labour « a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre [Ephraïm Mirvis] et les divers réseaux d’influence du Likoud », le parti de droite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. « Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas, il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires. »

Ce samedi, le Crif a répondu dans un communiqué de presse à Jean-Luc Mélenchon, qualifiant ses propos de « nauséeux ».

Les propos « relèvent d’un amalgame aussi choquant que surprenant : quel lien existe-t-il entre le Crif et les élections britanniques ? », a écrit l’organisation.

« M. Mélenchon, dont l’audience électorale a fondu, tombe dans une dérive complotiste qui en dit long sur l’évolution de sa pensée », ajoute-t-elle.

Francis Kalifat, président du Crif, a expliqué que « les propos inadmissibles d’un Mélenchon à la dérive avide de visibilité médiatique sont inspirés d’une rhétorique vichyste du complot juif. Doriot serait-il le nouveau mentor de Mélenchon ? »

Début novembre, Mélenchon avait critiqué « le communautarisme épais, violent », et selon lui « agressif » à son égard du Crif.

LFI a aussi dénoncé la volonté du gouvernement français d’élargir la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme, un des combats du Crif, au nom de la nécessaire liberté de pouvoir continuer à critiquer la politique israélienne sans se faire accuser d’antisémitisme.

Cette querelle et accusation de communautarisme surviennent sur fond d’évolution idéologique notable de LFI et de ses rapports à l’islam et sur la question de la laïcité, provoquant des tiraillements dans le parti.

Ainsi, une polémique a agité le parti lors de ses universités d’été après des propos du philosophe Henri Pena-Ruiz taxé de racisme par certains pour avoir demandé un « droit à l’islamophobie », ou encore après la participation du mouvement à une manifestation contre « l’islamophobie » à l’automne, aux côtés de partisans d’un islam politique.

Le politologue Thomas Guénolé, ancien membre du parti a dénoncé par exemple une « volte-face » de M. Mélenchon, qui avait réfuté par le passé le terme d’islamophobie.

Un autre ancien membre du parti, Djordje Kuzmanovic, a estimé que cette participation à cette manifestation marque la victoire dans le mouvement « de la gauche à l’anglo-saxonne, multiculturaliste, qui n’hésite pas à mêler religion et politique ».

Capture d’écran d’une vidéo du chef du parti Travailliste Jeremy Corbyn lors d’un entretien avec la chaîne ITV, le 3 décembre 2019. (YouTube)

M. Corbyn, dont le parti a été lourdement défait jeudi par les conservateurs du Premier ministre britannique Boris Johnson, se voit reprocher depuis plusieurs années d’avoir laissé prospérer l’antisémitisme au sein du Labour.

Le mois dernier, le grand rabbin britannique Ephraïm Mirvis avait dénoncé le « nouveau poison – approuvé par la direction », qui « s’est enraciné au sein du parti travailliste ».

La défaite, écrit M. Mélenchon, est « le prix à payer pour les ‘synthèses’ sous toutes les latitudes. Ceux qui voudraient nous y ramener en France perdent leur temps. En tous cas je n’y céderai jamais pour ma part. Retraite à points, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogants des communautaristes du Crif : c’est non. »

« Quel naufrage intellectuel et moral. Parler de ‘génuflexion devant les ukases arrogantes des communautaristes du Crif’. Comme Corbyn, vous aurez le déshonneur et la défaite. Vous méritez les deux », a réagi sur Twitter la députée Aurore Bergé, porte-parole de LREM.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a lui critiqué sur Twitter des propos « choquants et inappropriés à notre débat républicain ». « La haine et le complotisme se nourrissent de sous-entendus douteux et de préjugés nauséabonds. La République est toujours plus forte quand elle est rassemblée », a-t-il ajouté.

« Castaner l’éborgneur bave de vieilles ficelles de politiciens en déroute : l’insinuation pour mendier des soutiens communautaires. Qui sème la haine sinon la violence qu’il organise ? », a répliqué samedi M. Mélenchon sur Twitter.

Le revers du Labour « doit servir de leçon », écrit encore M. Mélenchon, selon qui « Corbyn a passé son temps à se faire insulter et tirer dans le dos par une poignée de députés blairistes. Au lieu de riposter, il a composé. »

Selon lui, M. Corbyn aurait plutôt dû « refondre totalement » son parti « au lieu de composer avec lui ». « Construire son raisonnement politique en fonction des points d’équilibre interne, c’est se tromper à coup sûr. »

Les deux hommes s’étaient longuement entretenus le 24 septembre 2018. « On commence tout juste notre histoire avec Corbyn (…). On réalise que, derrière les mots qui peuvent être différents, les mêmes idées sont là, Sanders, Corbyn, moi. On dit les mêmes choses, on a longtemps avancé à tâtons, en balbutiant, on était un peu dans les catacombes… mais on a résisté, » avait alors analysé Mélenchon pour Libération.

A LIRE : Le « début d’une histoire » entre les anti-israéliens Corbyn et Mélenchon ?

« C’est ignoble, il n’y a pas d’autres mots. Quand j’ai lu ça je n’en ai pas cru mes yeux », a de son côté déclaré sur RTL Jean-Michel Blanquer.

Ces propos « sont gravissimes » parce qu’ils « laissent entendre qu’on pourrait imputer une défaire politique, celle de Jeremy Corbyn, à des réseaux juifs », a déclaré le secrétaire d’Etat à la Jeunesse, Gabriel Attal, sur Radio J. Selon lui, « Jean-Luc Mélenchon doit s’expliquer » sur ces propos « inacceptables » car ils peuvent rappeler les « thèses infamantes » de l’antisémitisme des années 1930.

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