Réunion « tendue » entre des élus américains et Mahmoud Abbas à Ramallah
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Réunion « tendue » entre des élus américains et Mahmoud Abbas à Ramallah

Les membres de la délégation de la Chambre ont notamment évoqué les allocations versées aux terroristes et les conditions de la normalisation entre Israël et les États arabes

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne  Mahmoud Abbas accueille une délégation du congrès à son bureau de Ramallah, le 8 juillet 2021. (Crédit :  WAFA)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas accueille une délégation du congrès à son bureau de Ramallah, le 8 juillet 2021. (Crédit : WAFA)

Une délégation du congrès américain en visite à Ramallah a exprimé sa désapprobation face aux paiements versés aux terroristes et à leurs familles pendant une réunion avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, la semaine dernière, ont confié plusieurs membres du Congrès mardi au Times of Israël.

Un membre du Congrès a décrit cette réunion à huis-clos entre le dirigeant de l’AP et une dizaine de représentants du Congrès comme ayant été « tendue par moments, parce qu’il est clair que nous étions en désaccord sur un certain nombre de questions ». La source s’est exprimée sous couvert d’anonymat.

La politique de Ramallah consistant à verser des allocations aux Palestiniens emprisonnés pour des délits sécuritaires et aux familles de terroristes tués est un point de friction de longue date avec Washington. Si Israël affirme que ces versements encouragent les activités terroristes, Abbas, de son côté, a juré de les maintenir, affirmant qu’il s’agit là d’une forme d’aide sociale et d’une responsabilité qu’il doit assumer.

La représentante Démocrate de Caroline du nord, Kathy Manning, a expliqué qu’il y avait eu une « importante discussion » au sujet de la loi Taylor Force Act, qui a été adoptée par le Congrès en 2018 et qui a suspendu l’aide versée à l’AP tant que cette dernière continuerait à mettre en vigueur ce type de politique d’allocation dont le montant est déterminé par la durée de la peine.

« Nous avons souligné que de tels versement sont complètement et totalement inacceptables », a commenté le représentant Démocrate de l’Illinois Brad Schneider.

Les membres du Congrès ont expliqué qu’Abbas avait pris la défense de sa politique en affirmant qu’il s’agissait d’un soutien social nécessaire, sans lequel les familles de terroristes se retrouveraient sans le sou. Quand il lui a été demandé si l’AP versait des aides similaires aux familles dont un parent était décédé des suites d’un cancer, les responsables palestiniens ont répondu qu’ils œuvraient actuellement à établir un tel système de soutien et qu’ils étaient en train de réformer leur politique existante.

Le représentant démocrate de l’Illinois Brad Schneider à Washington, le 28 janvier 2020. (Crédit : Samuel Corum/ GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Les deux parties ont aussi échoué à s’accorder sur les Accords d’Abraham. Abbas a demandé à la délégation bipartisane de dix membres de ne pas aider à développer davantage les accords avant que le conflit israélien ne soit résolu, une requête rejetée par les Américains, a confié Schneider au Times of Israël.

Schneider a présenté une législation à la Chambre visant à soutenir financièrement les efforts de renforcement des accords de normalisation que l’État juif a conclus avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Maroc, et l’élargissement de ces mêmes accords à d’autres pays de la région.

« Nous avons clairement établi que la normalisation est bonne pour la région, y-compris pour les Palestiniens », s’est souvenu Schneider. « Nous avons dit qu’ils allaient continuer à se développer, que les Palestiniens devaient se saisir de cette occasion pour avancer plutôt que pour résister au mouvement et s’y opposer. »

Disant qu’il n’avait pas connaissance d’autres pays sur le point de normaliser leurs relations avec l’État juif, il a noté que certains des accords précédents avaient été révélés à la dernière minute et sans avertissement.

Abbas a ouvert la réunion de jeudi en soulignant son soutien à la solution à deux États qui est soutenue par l’administration Biden.

Abbas « a souligné la nécessité d’entreprendre des initiatives pratiques pour donner l’espoir de la paix aux Palestiniens par le biais de l’établissement d’un état palestinien indépendant, avec Jérusalem-Est comme capitale, sur la base des frontières d’avant 1967 », selon l’agence de presse officielle de l’Autorité palestinienne, Wafa.

Les législateurs américains ont semblé avoir été peu convaincus par le leader palestinien et Schneider a estimé qu’Abbas « semble coupé de la population palestinienne et il a affiché, au fil des années, une absence de volonté de faire des choix difficiles ».

Manning a semblé attribuer la responsabilité de l’impasse dans les négociations de paix à Abbas, rejetant son affirmation qu’Israël n’avait jamais présenté d’offre sérieuse pour un accord.

Etaient présents aux côtés d’Abbas lors de la rencontre, le Premier ministre de l’AP Mohammad Shtayyeh, le ministre des Affaires civiles Hussein al-Sheikh et le chef des renseignements Majed Faraj.

Kathy Manning nouvellement élue au Congrès américain. (Crédit : Kathy Manning for Congress via JTA)

La rencontre au siège présidentiel de l’Autorité palestinienne a été l’une des trois réunions au menu de la délégation américaine à Ramallah. Les représentants américains se sont aussi entretenus avec des lycéens appartenant à un programme financé par l’Agence américaine pour le développement international, dont l’objectif est d’améliorer leurs compétences en anglais, ainsi qu’avec un groupe de chefs d’entreprise palestiniens.

Selon Manning, c’est cette dernière rencontre qui a été la plus productive, les Palestiniens présentant les obstacles spécifiques qu’ils doivent affronter pour développer leurs entreprises et stimuler l’économie. Ils ont déploré la difficulté d’attirer des investisseurs potentiels en Cisjordanie et ils ont demandé l’aide des États-Unis dans ce sens, a déclaré la législatrice.

« Ils nous ont fait des suggestions sur lesquelles nous devons discuter et réfléchir », a dit Manning, qui a souligné qu’elles allaient dans le sens des efforts livrés par l’administration Biden de « renforcer l’AP ».

La Maison Blanche cherche à rétablir les liens avec Ramallah après la rupture des relations entre l’Autorité palestinienne et les États-Unis, sous l’administration de l’ancien président Donald Trump. Joe Biden a réinstauré le versement de millions de dollars d’aide à la Cisjordanie et à Gaza et il a annoncé prévoir de rouvrir le consulat de Jérusalem qui, dans le passé, servait d’ambassade de facto aux Palestiniens.

Toutefois, le degré de soutien que peut apporter Washington à l’AP est limité au vu de la législation existante au Congrès.

Ramallah espère que Biden rendra inconstitutionnelle une loi de 1987 qui avait placé l’Organisation de libération de la Palestine et autres groupes affiliés sur la liste des organisations terroristes, ce qui permettrait à ses responsables de travailler plus librement aux États-Unis.

Le vice-président américain Joe Biden, (à gauche), avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 9 mars 2016. (Crédit : FLASH90)

La délégation a passé la plus grande partie de son déplacement d’une semaine en Israël. Elle s’y est entretenue avec le Premier ministre Naftali Bennett, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le ministre de la Défense Benny Gantz et le président du parti islamiste Raam qui a intégré la coalition, Mansour Abbas.

Manning a expliqué que Mansour Abbas, à la tête du tout premier parti arabe indépendant appartenant à une coalition au pouvoir au sein de l’État juif, avait fait preuve de « courage » en rejoignant le gouvernement.

Soulignant la nature diversifiée du nouveau gouvernement israélien – constitué de huit partis issus de tout le spectre politique – Schneider a déclaré que les entretiens avec les dirigeants lui avaient donné « l’espoir de voir des progrès réalisés au cours des prochaines années, et l’espoir que ce qui se passe aujourd’hui en Israël puisse inspirer également le reste du monde ».

Schneider a noté avoir été particulièrement « impressionné » par la volonté de Bennett « de réfléchir hors des sentiers battus ».

Le nouveau Premier ministre israélien Naftali Bennett (G) discute avec Mansour Abbas, chef du parti islamiste Raam, lors d’une session spéciale de vote pour le nouveau gouvernement à la Knesset, à Jérusalem, le 13 juin 2021. (Crédit : EMMANUEL DUNAND/AFP)

« Bennett est ce type de personne à placer les intérêts de son pays avant tout, en rejoignant une coalition qui s’étend de gauche à droite et en tentant des choses qui étaient impossibles auparavant », a continué le député Démocrate.

Schneider a qualifié « d’historique » cette visite au sein de l’État juif, remarquant qu’il y a « un attachement mutuel à la relation entre les États-Unis et Israël, un engagement à garantir la sécurité d’Israël… et un engagement à faire tout ce que nous pourrons pour nous assurer que jamais l’Iran ne pourra obtenir l’arme atomique ».

Les deux pays partagent en effet cet objectif mais ils sont en désaccord concernant le moyen de l’atteindre : les États-Unis ont choisi de chercher à réintégrer l’accord sur le nucléaire signé en 2015 avec Iran qui offre à la République islamique un allègement des sanctions en échange d’une réduction de son programme nucléaire et, de son côté, le gouvernement de Bennett dénonce l’accord avec véhémence, jurant de continuer à agir contre Téhéran indépendamment de la remise en vigueur de l’accord.

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