Rivlin a-t-il pensé à demander à Liberman d’agir pour une coalition unitaire ?
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Opinion

Rivlin a-t-il pensé à demander à Liberman d’agir pour une coalition unitaire ?

Pour sortir de l'impasse, Rivlin plaide pour un gouvernement "paritétique" et un rôle renforcé du Premier ministre intérimaire. A-t-il pensé à solliciter le faiseur de rois ?

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Président Reuven Rivlin, (à gauche), et Avidgor Liberman, alors ministre de la Défense, lors d'une cérémonie à la Résidence du Président à Jérusalem en l'honneur de soldats exceptionnels organisée dans le cadre des célébrations du 69e anniversaire de l'indépendance d'Israël, le 2 mai 2017. (Hadas Parush/Flash90)
Le Président Reuven Rivlin, (à gauche), et Avidgor Liberman, alors ministre de la Défense, lors d'une cérémonie à la Résidence du Président à Jérusalem en l'honneur de soldats exceptionnels organisée dans le cadre des célébrations du 69e anniversaire de l'indépendance d'Israël, le 2 mai 2017. (Hadas Parush/Flash90)

« Le Président Reuven Rivlin a officiellement chargé le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former une coalition… » Non, ce n’est pas une citation du dernier reportage du Times of Israel depuis Jérusalem. C’est l’ouverture de notre reportage du 17 avril – de la dernière fois, c’est-à-dire la dernière fois que le président a invité Netanyahu à essayer de former une coalition majoritaire après les élections générales.

La dernière fois, Netanyahu s’est attelé à sa tâche avec confiance et vigueur, après avoir fêté son succès tard dans la nuit du 9 avril, avec sa femme Sara à ses côtés, et des feux d’artifice explosant lors des festivités post-électorale du Likud. Mais il a déraillé, sa victoire à la Pyrrhus et sa majorité s’est évaporée, lorsqu’il s’est avéré que son ancien allié Avigdor Liberman était catégorique dans son refus de faire partie d’une coalition aux côtés des partis ultra-orthodoxes.

Cette fois-ci, Netanyahu s’est abstenu de crier victoire. Cette fois, le rassemblement du Likud, tard dans la nuit, après les élections, a été sombre et sans feu d’artifice, et Sara Netanyahu était absente de la scène lorsque son mari a prononcé un discours discret et non victorieux. Cette fois-ci, Netanyahu a accepté « la mission » mercredi avec à peine un sourire, pas d’attente réelle et peu d’espoir précieux. Il a dit qu’il ne pensait pas avoir plus de chance de former un gouvernement que son rival. Plutôt, explique-t-il avec un recours au double négatif, « mon incapacité à former un gouvernement est légèrement inférieure à celle de [Benny] Gantz. »

Cette fois, comme la dernière fois, l’obstacle à son succès est Avigdor Liberman.

La seule différence est que Netanyahu ne se fait plus d’illusions sur Liberman.

Par rapport à il y a cinq mois, en fait, le leader de Yisrael Beytenu est un obstacle beaucoup plus important et beaucoup plus sûr de lui pour Netanyahu. Son parti est passé de cinq à huit sièges. Et alors qu’en avril, les électeurs qui ont choisi Yisrael Beytenu croyaient raisonnablement soutenir un parti allié de Netanyahu, ceux qui ont choisi Liberman la semaine dernière savaient qu’ils allaient compliquer la vie du Premier ministre. Ils savaient que Liberman ferait pression pour ce qu’il a appelé une coalition « libérale, nationaliste, large » – sans ceux qu’il appelle les « messianistes » de la droite religieuse, sans les ultra-orthodoxes, sans le Camp démocratique trop à gauche, et sans les Arabes. Et ils ont voté pour lui en plus grand nombre une fois de plus.

Nos deux scrutins en série ont été marquées par le déclin radical de la gauche et le passage des électeurs de gauche au parti Kakhol lavan. Ils ont vu l’émergence d’une alternative sécuritaire assez crédible à M. Sécurité Netanyahu sous la forme de Gantz et de ses deux autres anciens collègues chefs d’état major de Tsahal, Moshe Yaalon et Gabi Ashkenazi. Ils ont vu les nuages assombrir l’éclat du « vainqueur » Netanyahu, et même son allié présidentiel américain Donald Trump est intervenu pour nous rappeler que l’alliance américaine est avec Israël, et non avec un seul homme politique. Ils ont vu un électorat arabe diabolisé par Netanyahu, se décourager, puis se revitaliser.

Mais surtout, en ce qui concerne l’algorithme de la formation de coalitions, ils ont vu l’émergence de Liberman comme le parrain des Israéliens laïcs opposé à ce qu’il a décrit comme la « capitulation en série » de Netanyahu aux exigences du Shas et de Yahadout HaTorah.

Si Netanyahu s’est attelé mercredi soir à la tâche peu prometteuse d’essayer de transformer les résultats de mardi dernier en un gouvernement viable, les médias israéliens ont rapporté des sources du Likud disant que si seulement Yisrael Beytenu pouvait ajouter ses huit sièges à son bloc fort de 55, le Premier ministre ferait en sorte de satisfaire la principale demande de Liberman, qui a été formulée en avril, et d’adopter, sous sa forme in extenso, du projet de loi régissant la conscription des jeunes hommes ultra-orthodoxes dans Tsahal.

Mais Liberman a monté les enchères depuis avril et réclame maintenant une législation sur le mariage civil, une augmentation du commerce et des transports publics le jour du Shabbat, l’enseignement de l’anglais et des mathématiques dans les écoles ultra-orthodoxes, entre autres. Comme il l’a dit plus tôt cette semaine, il ne se soucie pas de savoir qui est le Premier ministre, tant qu’un gouvernement qui s’engage à répondre aux exigences de Yisrael Beytenu prendra le pouvoir. Il ne se soucie même pas de savoir si son propre parti fait partie du gouvernement, affirme-t-il. Pour lui, Gantz et Netanyahu pourraient « tirer à pile ou face » pour savoir qui sera le premier Premier ministre.

Rivlin avait promis des idées créatives pour sortir Israël de la deuxième impasse post-électorale consécutive. Et, en effet, mercredi, il a suggéré de donner plus de pouvoirs à un « Premier ministre intérimaire » si un Premier ministre en exercice doit prendre un congé, et de modifier la loi pour permettre à un Premier ministre de rester absent plus longtemps que le maximum actuel de 100 jours. Il s’agit d’idées destinées à persuader les deux futurs dirigeants d’accepter le gouvernement d’unité que le président a qualifié à plusieurs reprises d’“obligation du moment”.

Le président a également déclaré qu’il avait proposé que les deux hommes forment un gouvernement « paritétique », sous lequel toutes les responsabilités et l’autorité seraient réparties de manière totalement égale entre eux. Rivlin est un utopiste autoproclamé, qui insiste sur le fait que la nation juive a le droit absolu à la souveraineté entre la mer Méditerranée et le Jourdain, croit que tous les résidents arabes de cette région devraient avoir les mêmes droits, et sait qu’il ne peut pas vraiment résoudre ce cercle et assurer un grand Israël à la fois majoritairement juif et pleinement démocratique. De même, il sait qu’il est peu probable que son discours utopique sur l’égalité paritaire se propage entre deux Premiers ministres en puissance, insistant sur le fait que l’un d’eux représente une grave menace pour le pays.

Malgré tous les propos émouvants du président sur la nécessité de l’unité nationale ; malgré la conversion ostensible de Netanyahu à la cause de la réconciliation nationale après les élections, et malgré l’apparente satisfaction de Gantz quant au calendrier dans lequel il tente de former un gouvernement dans l’espoir que les députés du Likud abandonneront leur chef, alors que la mise en accusation est imminente, l’arithmétique électorale impitoyable laisse encore Israël sur la bonne voie pour une troisième élection en 12 mois. À moins que quelqu’un ne revienne sur ses exigences.

Cette personne invraisemblable pourrait être Netanyahu, ou Gantz, ou le prétendu faiseur de roi Liberman.

Un poste du 23 septembre 2019 sur Instagram par le président Reuven Rivlin. (Instagram)

Lundi, Rivlin a affiché sur sa page Instagram une photographie en noir et blanc datant des élections de 1961, montrant le président Yitzhak Ben-Zvi et le Premier ministre David Ben Gurion. Rivlin a fait remarquer qu’à l’époque, après que Ben Gurion a essayé et échoué à former une coalition gouvernementale, son prédécesseur présidentiel a chargé Levi Eshkkol de cette tâche, et Eshkol a effectivement formé un gouvernement « dirigé par Ben Gurion ».

La loi a changé depuis, cependant, a fait observer le message Instagram. Et « aujourd’hui », écrit Rivlin, « le membre de la Knesset chargé par le président », s’il réussit à former une coalition, « deviendra le Premier ministre ».

On se demande, en lisant ce post, si Rivlin a brièvement envisagé de donner à Liberman une occasion de frapper des têtes, et d’imposer l’unité à Netanyahu et Gantz à la manière d’Eshkol en 1961. Mais alors, Rivlin aurait réalisé, en vertu de la loi modifiée, qu’Israël se serait réveillé avec le Avigdor Liberman au poste de Premier ministre.

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