Rivlin: Israël n’a rien à faire avec les « néo-fascistes » qui soutiennent le pays
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Rivlin: Israël n’a rien à faire avec les « néo-fascistes » qui soutiennent le pays

Le président a déclaré que les mouvements d'extrême-droite qui soutiennent l'Etat juif sont "absolument incompatibles" avec ses valeurs ; il rejette "l'opportunisme politique"

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le président Reuven Rivlin au cours d'un entretien avec CNN, le 29 novembre 2018 (Crédit : GPO/Twitter)
Le président Reuven Rivlin au cours d'un entretien avec CNN, le 29 novembre 2018 (Crédit : GPO/Twitter)

Le président Reuven Rivlin a déclaré jeudi qu’Israël ne doit pas travailler avec les forces néo-fascistes – même si elles soutiennent l’Etat juif – parce que le pays doit adopter un positionnement clair face au racisme et à l’antisémitisme.

Répondant à une enquête de CNN qui a soulevé des préoccupations sérieuses sur les connaissances sur la Shoah et les notions antisémites des adultes européens, Rivlin a dit au réseau que « nous devons… œuvrer avec le monde entier dans la lutte contre la xénophobie et la discrimination, dont l’antisémitisme est une variante ».

Dans l’interview qui soit être diffusée jeudi, le président a déclaré qu’il « y a des mouvements néo-fascistes aujourd’hui qui ont une influence considérable et très dangereuse, et ils expriment parfois leur fort soutien à l’Etat d’Israël ».

« On ne peut pas dire : ‘On admire Israël et on veut des relations avec le pays, mais on est des néo-fascistes’. Le néo-fascisme est absolument incompatible avec nos principes et les valeurs sur lesquelles Israël a été fondé ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et son homologue hongrois Viktor Orban lors d’une conférence de presse conjointe au parlement en Hongrie, le 18 juillet 2017 (Crédit : Haim Zach/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui détient aussi le portefeuille du ministère des Affaires étrangères, est critiqué pour avoir développé des liens avec la Hongrie et la Pologne, deux pays dont les dirigeants ont suscité la colère en Israël en raison de leur adoption de politiques nationalistes et d’attitudes rejetant l’importance de la Shoah.

« Je rencontre des chefs d’Etat du monde entier – des présidents et des Premiers ministres », a expliqué Rivlin, « et ils me disent parfois qu’ils doivent travailler avec des mouvements comme ceux-là pour construire des coalitions et que même s’ils sont néo-fascistes, ce sont de grands admirateurs d’Israël. Et je leur réponds que c’est absolument impossible ».

Le rejet des néo-fascistes est un élément déterminant dans la lutte contre l’antisémitisme, a poursuivi Rivlin.

« Le fait que le président d’Israël dise aux mouvements néo-fascistes qu’ils sont persona non-grata au sein de l’Etat d’Israël, c’est une déclaration qui combat concrètement l’antisémitisme. C’est une déclaration qui établit clairement que la mémoire est importante et que nous ne ferons pas de compromis en termes d’opportunisme politique au sein de l’Etat d’Israël, en tant qu’Etat démocratique et juif ».

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban et son épouse déposent une gerbe au musée du mémorial de la Shoah de Jérusalem, le 19 juillet 2018 (Crédit : Hadas Parush/FLASH90)

L’enquête de CNN qui a été publiée mardi a établi qu’un tiers des Européens estiment que les Juifs ont trop d’influence dans les secteurs politique et financiers, tandis que plus d’un tiers a admis ne rien savoir ou « simplement quelques petits éléments » de l’assassinat de six millions de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale par l’Allemagne nazie.

Le sondage a été effectué auprès de 7 000 personnes en Europe. Plus de 1 000 personnes ont été respectivement interrogées en Autriche, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Hongrie, en Pologne et en Suède.

Plus d’un quart (28 %) des sondés, lors de cette enquête en ligne, ont déclaré qu’ils pensaient que les Juifs avaient « trop d’influence » dans les affaires et dans la finance, et 20 % ont répondu qu’ils avaient la même influence excessive dans la politique et dans les médias.

Concernant la Shoah, 34 % ont répondu qu’ils ne savaient rien ou « peu d’éléments » de l’assassinat en masse des Juifs européens survenu il y a 75 ans.

« En tant qu’Etat juif et démocratique, un endroit ouvert à tous les Juifs du monde, nous devons le dire au monde – l’antisémitisme est un fléau, une maladie redoutable, pas seulement pour nous, Juifs, mais pour le monde entier et si le monde ne s’y confronte pas, il nous corrompra tous », a continué Rivlin.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki met une bougie sur un site commémorant des Polonais qui avaient sauvé des Juifs pendant la Shoah, au musée de la famille Ulma des Polonais qui ont secouru des Juifs à Markowa, en Pologne, le 2 février 2018 (Crédit : AP/Alik Keplicz)

Rivlin a expliqué que le négationnisme était « profondément ancrée » dans l’antisémitisme.

« Nous devons combattre l’antisémitisme en renforçant la mémoire », a dit le président. « Nous devons nous en tenir aux faits historiques, non aux points de discussion des politiques ».

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui est venu en Israël au mois de juillet, a été accusé d’étouffer la démocratie de son pays et d’attiser l’antisémitisme, en particulier dans sa campagne menée contre le philanthrope juif George Soros et par le soutien qu’il a apporté à la réhabilitation de la réputation de Miklos Horthy, responsable de la déportation de centaines de milliers de Juifs pendant la Shoah.

La Pologne a entraîné une vive colère en Israël et dans le monde Juif en tentant de s’affranchir de ses responsabilités pendant la Shoah, en insistant sur le fait que les camps de concentration et d’extermination, sur son territoire, avaient été exploités et mis en place par les envahisseurs nazis.

Par ailleurs, au début du mois, les leaders de la nation polonaise se sont rendus, dans le pays, à une marche d’extrême-droite.

Au mois de juin, Netanyahu et son homologue polonais, le Premier ministre Mateusz Morawiecki, ont mis un terme à une polémique portant sur une loi polonaise qui rendait pénalement répréhensible le fait d’accuser la Pologne de complicité dans l’envoi à la mort des Juifs, pendant la Seconde guerre mondiale. Les deux dirigeants ont émis un communiqué conjoint qui a été critiqué en Israël parce qu’il semblait accepter la position officielle de la Pologne, qui clame donc n’avoir aucune responsabilité dans la Shoah.

Le gouvernement hongrois a alloué mercredi 3,4 millions de dollars à la lutte contre l’antisémitisme en Europe.

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