Ronni Gamzu, critiqué par les dirigeants, s’en prend à la gestion de la COVID-19
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Ronni Gamzu, critiqué par les dirigeants, s’en prend à la gestion de la COVID-19

"Uvda", l'émission de la Douzième chaîne, a suivi l'ex-responsable de la lutte contre la COVID-19 dans sa tentative de mettre en place une politique cohérente

Le professeur Ronni Gamzu pendant une interview avec l'Associated Press à son bureau, près de Lod, dans le centre du pays, le 24 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)
Le professeur Ronni Gamzu pendant une interview avec l'Associated Press à son bureau, près de Lod, dans le centre du pays, le 24 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

L’ancien responsable de la lutte contre le coronavirus, Ronni Gamzu – devenu le visage des efforts livrés par le gouvernement pour combattre la pandémie à l’été et à l’automne 2020 – a vivement critiqué la conduite des responsables politiques du pays pendant la crise, les qualifiant de « lâches » bien plus préoccupés par la forme que par le fond des problèmes.

Une équipe de l’émission de journalisme d’investigation « Uvda », diffusée sur la Douzième chaîne jeudi soir, a suivi Gamzu pendant et après son mandat. Le reportage montre un homme zélé qui a malheureusement rapidement déchanté. Il a été profondément frustré face aux machinations politiques et aux intérêts étroits qui ont semblé déterminer chaque prise de décision au niveau gouvernemental.

Le directeur général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman-Tov, assiste à une conférence de presse sur le coronavirus, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 8 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Gamzu avait été nommé par Netanyahu au mois de juillet après d’intenses critiques à l’égard du gouvernement – en particulier pour son indécision et ses directives changeantes et arbitraires, et le sentiment d’un trop grand nombre d’intervenants dans la prise en charge de la crise.

Gamzu était donc venu remplacer, dans une certaine mesure, celui qui avait incarné auparavant la réponse nationale aux premiers mois tumultueux de la pandémie – l’ex-directeur-général du ministère de la Santé Moshe Bar Siman-Tov, qui s’était, lui aussi, souvent opposé avec vigueur aux membres du gouvernement concernant les initiatives à prendre pour combattre la COVID-19.

Gamzu avait été dépeint comme celui qui saurait, de façon professionnelle, ramener l’ordre dans le désordre et qui aiderait à guider Israël à travers la pandémie.

Ce n’était, hélas, pas arrivé.

L’émission évoque les nombreux obstacles que Gamzu – médecin de longue date, ancien directeur-général du ministère de la Santé et actuellement à la tête de l’hôpital Ichilov, à Tel Aviv – a dû affronter lorsqu’il a dirigé la réponse nationale à la COVID-19, ainsi que ses conflits avec des politiciens variés qui n’auront cessé de s’opposer à ses positionnements et à ses plans professionnels.

Le responsable du coronavirus Ronni Gamzu s’exprime pendant une conférence de presse au sein de l’unité de suivi des contacts « Alon », le 3 novembre 2020. (Capture d’écran : Twitter)

Benjamin Netanyahu lui avait pourtant promis qu’il aurait toute latitude dans la prise de décision concernant la réponse apportée par la nation à la crise sanitaire – il s’était néanmoins avéré que peu de ses recommandations devaient être prises en compte.

Presque immédiatement après son entrée en fonction, des ministres anonymes avaient commencé à l’attaquer dans les médias. C’est un Gamzu tourmenté qui apparaît ainsi, dans une séquence, en train de demander à un collaborateur de dire au Premier ministre d’intervenir pour que cessent « les dénonciations » à son encontre « dans les médias ».

Gamzu avait rencontré une opposition particulière chez le ministre de l’Education, Yoav Gallant, qui n’avait cessé de prôner l’ouverture totale du système de l’enseignement dans un contexte d’infections croissantes en Israël.

Gallant avait publiquement annoncé que le cabinet avait accepté le principe de la rentrée scolaire de tous les établissements en date du 1er septembre alors qu’aucun accord formel n’avait été adopté. « Uvda » montre Gamzu dire au téléphone à un interlocuteur indéterminé « c’est du harcèlement… ça va anéantir tous mes efforts ».

Le ministre de l’Education Yoav Gallant tient une conférence de presse à Tel Aviv, le 6 août 2020. (Avshalom Sassoni/Flash90)

« Gallant ment… Aucune décision de ce type n’a été prise ! Il dit cela pour se présenter comme un héros », explique-t-il. « Quelle folie… Mais à quoi joue-t-il ? Il place son égo avant toute réflexion ».

Un point de friction particulier avait été le programme dit « de signalisation » de Gamzu, qui isolait les localités présentant un taux d’infection élevé tout en permettant aux autres de vivre une existence aussi normale que possible. Ce plan avait été rejeté au mois de septembre par le gouvernement, en raison, selon certaines informations, des députés ultra-orthodoxes dont les électeurs auraient été principalement touchés par de tels confinements. Un grand nombre de secteurs dits « rouges » étaient à majorité ultra-orthodoxe et les autorités locales et d’autres avaient menacé de ne pas respecter les nouvelles directives et de ne plus soutenir Netanyahu si le programme de signalisation devait être largement appliqué.

« On m’a dit que j’étais le grand ennemi. Il y a eu des pressions qui sont venues de partout », explique Gamzu dans son interview.

Pendant tout son mandat, Gamzu se sera disputé de manière répétée avec les ultra-orthodoxes, qui ont appelé à son limogeage en raison de ses choix.

Israël avait finalement été dans l’obligation d’entrer dans un confinement national à la mi-septembre alors que le nombre croissant d’infections cessait de se concentrer dans les villes haredim et arabes et que l’épidémie se propageait dans toute la population.

Gamzu déclare, dans l’entretien, qu’il avait réfléchi à présenter sa démission une première fois avant de changer d’avis. « Cela aurait été fuir mes responsabilités, et je ne supportais pas cette idée », note-t-il.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration télévisée à la Knesset à Jérusalem, le 22 décembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Gamzu déclare aussi s’être senti mal à l’aise lorsque Netanyahu a cherché, avant le confinement du mois de septembre, à imposer des restrictions à l’encontre des manifestants qui le dénonçaient, lui et son gouvernement. Un reportage diffusé à ce moment-là avait affirmé que Gamzu avait critiqué, en privé, cette décision et qu’il avait exprimé son dégoût.

« Je me suis senti vraiment mal à l’aise », reconnaît Gamzu devant les caméras de « Uvda ». « Mal à l’aise à l’idée que c’était la même personne que les manifestants mettaient en cause qui se retrouvait à gérer la question des manifestations. » Il ajoute, dans le reportage, avoir été furieux d’une déclaration que Netanyahu avait faite – et qu’il n’aurait jamais dû faire, selon lui – lorsqu’il avait évoqué les protestataires en disant qu’ils « propageaient le virus ».

Gamzu avait finalement décidé de quitter son poste à l’apogée du deuxième confinement dans un contexte de querelles incessantes avec Netanyahu et il était parti au début du mois de novembre.

Il raconte à « Uvda » qu’entre deux et cinq personnes avaient été sollicitées pour le remplacer à la fin de son mandat et qu’il avait finalement découvert l’identité de son successeur, Nachman Ash, via les médias – sans que personne ne lui en parle avant l’annonce.

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