Rouhani exfiltré d’une manifestation anti-Israël après avoir été pris à partie
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Rouhani exfiltré d’une manifestation anti-Israël après avoir été pris à partie

La foule s’en prend au président iranien lors de la Journée d’Al-Qods, dans un contexte de tensions avec le Guide suprême Khamenei

Un missile longue portée Shahab-3 exposé pendant la Journée d'Al-Qods à Téhéran, le 23 juin 2017. (Crédit : Stringer/AFP)
Un missile longue portée Shahab-3 exposé pendant la Journée d'Al-Qods à Téhéran, le 23 juin 2017. (Crédit : Stringer/AFP)

Des slogans hostiles à la famille régnante saoudienne et au groupe terroriste Etat islamique (EI) ont été scandés vendredi, avec les traditionnels « mort à Israël », lors des manifestations organisées à travers l’Iran pour la « Journée de Jérusalem ».

La « Journée d’Al-Qods », le nom arabe de Jérusalem, est célébrée tous les ans en Iran depuis la révolution islamique de 1979, officiellement en soutien à la cause palestinienne.

Egalement suivie par les alliés de Téhéran au Moyen Orient, elle intervient cette année dans un contexte de guerre d’influence entre les deux poids lourds de la région, l’Iran chiite et le royaume saoudien sunnite, qui ont rompu leurs relations diplomatiques en janvier 2016.

« Mort aux Saoud [la famille régnante à Ryad] et à Daech [acronyme arabe de l’EI] », « mort à Israël » ou « mort aux Etats-Unis », pouvait-on entendre lors des manifestations.

L’Iran est engagé dans la lutte contre le groupe terroriste EI en Irak et en Syrie, à travers des milices qu’il a entraînées et conseillées.

Missile balistique lancé par l'Iran contre des cibles de l'Etat islamique dans l'est de la Syrie, le 18 juin 2017. (Crédit : Gardiens de la révolution)
Missile balistique lancé par l’Iran contre des cibles de l’Etat islamique dans l’est de la Syrie, le 18 juin 2017. (Crédit : Gardiens de la révolution)

Les Gardiens de la révolution iraniens ont tiré dimanche dernier six missiles contre des bases de l’EI à Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie, officiellement en représailles à deux attentats meurtriers perpétrés le 7 juin à Téhéran, qui avaient fait 17 morts. Il s’agissait des premières attaques revendiquées par l’EI en Iran.

Vendredi, les Gardiens de la révolution ont exposé sur la place Vali-Asr à Téhéran un missile longue portée Qadr et deux missiles de moyenne portée Zolfaghar.

Certains manifestants ont brûlé des drapeaux israéliens et américains, quand d’autres portaient un cercueil recouvert de la photo du président américain Donald Trump.

Le président de l’Assemblée Ali Larijani s’est adressé à la foule à Téhéran, qualifiant Israël de « mère du terrorisme ».

Le président iranien Hassan Rouhani lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue russe, au Kremlin, à Moscou, le 28 mars 2017. (Crédit : Sergei Karpukhin/Pool/AFP)
Le président iranien Hassan Rouhani lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue russe, au Kremlin, à Moscou, le 28 mars 2017. (Crédit : Sergei Karpukhin/Pool/AFP)

Le président Hassan Rouhani, récemment réélu, a rejoint le cortège de manifestants dans la capitale et critiqué les nouvelles sanctions américaines.

Le Sénat américain a voté la semaine dernière une loi pour adopter de nouvelles sanctions contre l’Iran, notamment en raison de son « soutien à des actes terroristes internationaux » et de son programme de missiles balistiques.

« La nation iranienne veut dire à l’Amérique que le gouvernement répondra avec détermination et ils [les Iraniens] poursuivront le chemin qu’ils ont choisi », a-t-il déclaré à la télévision d’Etat.

Rouhani a également critiqué Israël, affirmant que l’Etat juif soutient « les terroristes de la région ».

Une semaine après avoir été violemment critiqué par le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, Rouhani a été pris à partie pendant la manifestation de la Journée de Jérusalem, et comparé à un ancien chef d’état destitué puis exilé.

Selon le Guardian, Rouhani a été exfiltré vers son véhicule après l’incident. « Rouhani, Bani Sadr, heureux mariage », ont chanté les manifestants, en référence au président exilé Abolhassan Bani Sadr. « Mort aux menteurs, mort au mollah américain », criaient d’autres manifestants.

Le pouvoir judiciaire et les Gardiens de la révolution, proches des conservateurs radicaux, s’opposent à une extension des libertés dans la société, ainsi qu’à l’entente avec l’Occident voulues par Rouhani, religieux considéré comme modéré et allié des réformateurs.

Le ministère de l’Intérieur a indiqué qu’une enquête sur des actions « illégales » était en cours, selon un communiqué.

Ce mois-ci, Khamenei a publiquement critiqué Rouhani, mettant le président en garde contre la division de la société iranienne, comme l’avait fait Bani Sadr, a-t-il affirmé. « En 1980 – 1981, le président d’alors a polarisé la société en deux camps, et a divisé le pays entre opposants et partisans ; ceci ne doit pas être répété », a dit Khamenei.

Bani Sadr, qui a été chassé du pouvoir par le premier Guide suprême, Rouhollah Khomeiny, dans les premières années qui ont suivi la Révolution islamique, a déclaré au Guardian que Khamenei était inquiet du pouvoir de plus en plus important des réformistes après l’élection présidentielle du mois dernier, largement remportée par Rouhani.

« Pendant mon mandat, ils fermaient les universités et menaient des exécutions pour saper la société civile et la rendre passive. A présent, M. Khamenei est inquiet, particulièrement s’il meurt, parce que M. Rouhani dit que son successeur devra remporter les suffrages du peuple. »

Par ailleurs, à l’occasion de cette « Journée de Jérusalem », les autorités iraniennes ont dévoilé dans le « jardin de Palestine » à Téhéran un large panneau faisant le compte à rebours des « jours restant avant la destruction d’Israël ».

La mention de 8 411 jours, soit un peu plus de 23 ans, fait référence à un discours du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, il y a environ deux ans, où il prédisait qu’Israël n’existerait plus d’ici à 2040.

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