Rechercher

Russie : le ministère de la Justice demande la dissolution de l’Agence juive

Moscou avait averti l'organisation quasi-gouvernementale, il y a quelques semaines, qu'elle pourrait faire l'objet de sanctions

Le siège de l'Agence juive pour Israël à Jérusalem, le 29 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le siège de l'Agence juive pour Israël à Jérusalem, le 29 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministère russe de la Justice a demandé la dissolution en Russie de l’Agence juive, qui s’occupe notamment de l’immigration en Israël, a annoncé jeudi un tribunal moscovite, en pleines tensions autour du conflit en Ukraine.

« Le tribunal a reçu une plainte administrative du département principal du ministère de la Justice à Moscou demandant la dissolution (…) de l’organisation à but non-lucratif ‘Soutien des liens avec la diaspora juive, Agence juive Sokhnout' », a indiqué la porte-parole du tribunal Basmany de Moscou, Ekaterina Bouravtsova, citée par les agences russes.

Citée par l’agence Interfax, elle a indiqué que cette demande était motivée par des violations de la loi, sans plus de précisions. Selon elle, une « discussion demandée par le juge » doit avoir lieu le 28 juillet sur cette affaire.

La semaine dernière, le ministère de la Justice russe avait affirmé à l’agence Ria-Novosti avoir mené du 30 mai au 27 juin des « vérifications de documents » auprès de l’organisation, sans donner plus de détails sur le résultat de ces procédures.

Créée en 1929, cette organisation s’occupe notamment d’organiser l’émigration vers Israël de personnes d’origine juive.

Elle a commencé son travail en Russie en 1989, deux ans avant la fin de l’URSS, qui avait été suivie de l’arrivée en Israël de centaines de milliers de Juifs venus de toute l’ex-Union soviétique.

Le ministère des Affaires étrangères israélien est intervenu au nom de l’Agence juive dans le cadre des difficultés rencontrées par l’organisation avec le gouvernement russe la semaine dernière, a déclaré jeudi une source proche du dossier. La source, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat, confirmait une information du site d’information Walla sur l’intervention du gouvernement israélien. Moscou avait averti l’organisation quasi-gouvernementale, il y a quelques semaines, qu’elle pourrait faire l’objet de sanctions.

L’Agence juive a demandé au gouvernement israélien de s’impliquer dans cette affaire, mais le ministère des Affaires étrangères est également parvenu indépendamment à la conclusion qu’il devait intervenir, a indiqué la source.

Le mois dernier, l’Agence juive, qui est chargée de faciliter et d’encourager l’immigration juive en Israël, a reçu une lettre des autorités russes dans laquelle elles formulaient un certain nombre d’exigences difficiles – auxquelles l’organisation n’avait pas l’intention d’accéder – et menaçaient effectivement de conséquences juridiques si ces exigences n’étaient pas satisfaites.

Sans être inédite, l’attitude agressive du gouvernement russe a été perçue comme très inhabituelle, en représailles apparentes à la position d’Israël sur l’invasion de l’Ukraine voisine par Moscou et sur la campagne en cours d’Israël contre l’Iran en Syrie, à laquelle la Russie s’oppose parfois.

Selon Walla, l’ambassadeur d’Israël en Russie, Alexander Ben Zvi, a rencontré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhail Bogdanov, à ce sujet la semaine dernière. Lors de cette rencontre, Bogdanov a nié que les mesures prises à l’encontre de l’Agence juive étaient une forme de représailles diplomatiques et a déclaré qu’il examinerait la question, ce que les responsables israéliens ont considéré comme un développement potentiellement positif, même s’ils sont restés sceptiques.

Cherchant à apaiser les craintes, une source au sein de l’organisation a récemment déclaré au Times of Israel que si les nouvelles exigences russes peuvent compliquer les choses, elles ne devraient pas obliger l’Agence juive à interrompre ses opérations dans le pays.

« C’est une nuisance, mais pas une réelle menace », a déclaré la source, qui a demandé à ne pas être nommée.

Cette nouvelle menace sur les activités de l’Agence juive en Russie a rappelé le sort des Juifs d’Union soviétique, qui n’avaient pas le droit d’immigrer en Israël ni de pratiquer ouvertement leur foi.

La mission de l’Agence juive, une branche semi-officielle du gouvernement israélien, est de superviser et d’encourager l’immigration en Israël, ou alyah. Toute personne souhaitant immigrer en Israël doit soumettre sa demande par l’intermédiaire de l’Agence juive.

L’Agence organise également des programmes éducatifs et une foule d’autres activités.

Pour faciliter cette démarche, l’organisation dispose de bureaux dans de nombreux pays et villes du monde, dont Moscou. Ces dernières années, des dizaines de milliers de citoyens russes ont immigré en Israël, dont environ 10 000 depuis le début de l’invasion russe, fin février.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...