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Shaked devra faire face à des défections au sein de Yamina, entre autres défis

Shaked devra lutter pour conserver ses députés et préserver le financement du parti lors de la prochaine campagne ; Matan Kahana, allié de Bennett, fera probablement défaut

Le Premier ministre sortant Naftali Bennett, à droite, et Ayelet Shaked, la nouvelle chef du parti Yamina lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé qu'il ne se présenterait pas aux prochaines élections, le 29 juin 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre sortant Naftali Bennett, à droite, et Ayelet Shaked, la nouvelle chef du parti Yamina lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé qu'il ne se présenterait pas aux prochaines élections, le 29 juin 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)

Yamina était le parti qui dirigeait Israël jusqu’à jeudi. Un jour plus tard, il se retrouve en position « mineure » à la Knesset, luttant pour sa survie dans un paysage politique volatile.

Lors d’une annonce dramatique mercredi soir, le leader de Yamina et Premier ministre sortant Naftali Bennett a déclaré qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections et a cédé les rênes du parti à Ayelet Shaked, sa partenaire politique de longue date.

Mais le parti Yamina se retrouve aujourd’hui en eaux troubles, exposé au risque de défections et confronté à une série de challenges avec un nouveau leader à sa tête.

Le parti a été confronté à des défections depuis la formation de la coalition en juin dernier – l’un de ses membres à la Knesset, Amichai Chickli, ayant même voté contre la mise en place du gouvernement.

En avril, la députée Idit Silman a quitté la coalition, invoquant son objection aux politiques du gouvernement en matière de religion et d’État. Elle a été suivie quelques semaines plus tard par le député Nir Orbach, qui, après l’échec de l’adoption d’un projet de loi ré-appliquant la loi israélienne aux résidents d’implantations de Cisjordanie, a déclaré ne plus pouvoir voter avec la coalition.

Silman et Orbach sont maintenant presque certains de quitter Yamina et semblent susceptibles de rejoindre le Likud du leader de l’opposition Benjamin Netanyahu.

Les postes offerts s’apparenteraient à des remerciements pour leur rôle dans la chute du gouvernement Bennett-Lapid fondé sur l’étrange mécanisme de « parité » : un gouvernement avec deux dirigeants simultanés, chacun ayant un droit de veto sur l’autre et un contrôle exclusif sur la moitié du cabinet.

Comme Chikli ne pourra se présenter aux prochaines élections avec quelque faction que ce soit suite à sa qualification de transfuge, le parti Yamina de Shaked ne semble plus disposer que de trois députés, hormis Bennett : Matan Kahana, Shirley Pinto et Abir Kara.

Nir Orbach et Idit Silman discutant lors d’un vote en plénière de la Knesset à Jérusalem, le 1er juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Kahana, un fidèle de Bennett, maintient son refus de siéger dans un gouvernement dirigé par Netanyahu, qu’il rend responsable de l’instabilité politique d’Israël depuis plusieurs années.

Cette position le place en mauvaise posture face à Shaked, qui a longtemps flirté avec le Likud et a déclaré la semaine dernière qu’elle serait prête à rejoindre un nouveau gouvernement dirigé par Netanyahu sans passer par des élections.

Kahana, qui a dirigé le ministère des Affaires religieuses en tant que ministre et vice-ministre dans le gouvernement sortant, est désormais considéré comme susceptible de quitter Yamina.

Des sources proches de Kahana ont déclaré que plusieurs options s’offraient à lui, dont celle de rejoindre le parti de droite Tikva Hadasha du ministre de la Justice, Gideon Saar. Parmi les membres de Tikva Hadasha figure le ministre des Communications Yoaz Hendel, dont Kahana est proche.

Une autre possibilité serait que Kahana rejoigne le parti Kakhol lavan du ministre de la Défense Benny Gantz. Il pourrait également lancer sa propre faction, qui pourrait éventuellement inclure Hendel.

Le député Yamina Matan Kahana assiste à un débat à la Knesset, le 15 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Dans tous ces scénarios, Kahana pourrait bénéficier d’un coup de pouce s’il parvient à persuader les députés Yamina – Pinto et Kara – de le rejoindre. Si les trois s’associent, ils pourraient se séparer officiellement de Yamina et prendre les 1,6 million de shekels de fonds électoraux alloués à chaque député pour le parti qu’ils décideraient de rejoindre ou de créer.

Selon la loi israélienne, au moins un tiers d’une faction de la Knesset doit faire scission pour avoir droit à cette subvention.

Si trois députés viennent à se séparer de Yamina, cela pourrait permettre à ceux qui restent de rompre également avec le parti et récupérer les fonds électoraux.

Il est donc essentiel pour Shaked d’empêcher la scission du parti Yamina, car la perte du financement électoral entraverait gravement la prochaine campagne électorale de son parti.

Cependant, Shaked semble avoir peu d’options concernant de nouvelles alliances politiques. En formant un gouvernement avec des partis de gauche et la faction islamiste Raam, elle a entaché ses relations avec ses anciens alliés du parti Sionisme religieux d’extrême droite et n’a probablement plus aucune chance de former une alliance.

Jeudi, le quotidien Israel Hayom a rapporté que Shaked envisageait d’offrir à Hendel une place sur la liste Yamina, bien que cela semble peu probable en raison de l’antipathie de cette dernière pour Netanyahu.

D’après l’article, elle n’exclurait probablement pas de s’asseoir aux côtés d’un quelconque bloc politique pendant la campagne ; elle se concentrera sur les préoccupations relatives à l’économie et au coût de la vie.

La tâche de Shaked, qui consiste à recueillir suffisamment de voix pour franchir le seuil électoral, est compliquée dû à la position politique délicate dans laquelle se trouve désormais son parti.

En formant un gouvernement avec des partis de tout l’éventail politique, Yamina s’est aliéné une grande partie de sa base électorale de droite, qui semble peu encline à donner une autre chance au parti lors de prochaines élections.

Les électeurs du camp anti-Netanyahu, avec lequel Yamina a formé le dernier gouvernement, se méfieront également de la volonté déclarée de Shaked de siéger dans une coalition dirigée par Netanyahu.

Yamina pourrait donc être la proie des prédations des partis rivaux des deux côtés du clivage politique au cours de ce qui sera certainement une élection âprement disputée.

La Douzième chaîne a rapporté jeudi soir que Benjamin Netanyahu attendait les résultats d’un sondage interne pour déterminer si Yamina attirera ou non les électeurs du bloc anti-Netanyahu ou si Shaked n’attirera que le soutien de la droite.

Le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, à droite, s’entretient avec la ministre de la Justice de l’époque, Ayelet Shaked, à la Knesset, le 21 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Si c’est le cas, le Likud cherchera probablement à éviscérer Yamina. Netanyahu pourrait offrir à Silman, Orbach et un troisième député de Yamina des places réservées sur la liste électorale du Likud et porter gravement atteinte au trésor de guerre électoral de Shaked.

Le leader du Likud pourrait également lancer des attaques politiques virulentes contre Shaked, comme il l’a fréquemment et efficacement fait lorsque Bennett était leader du parti.

Shaked va devoir elle s’assurer que Yamina reste au-dessus du seuil électoral aux vues des futures attaques qui seront très probablement lancées contre sa personne et son parti ; il s’agit désormais du combat central de sa vie politique.

Un sondage réalisé par la Douzième chaîne mercredi soir a montré qu’un parti Yamina dirigé par Shaked obtiendrait cinq sièges aux prochaines élections, bien qu’il ait été réalisé avant que Bennett n’annonce qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections. Les sondages électoraux israéliens s’avèrent, par ailleurs, souvent inexacts.

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