The Guardian sous le feu des critiques après une caricature de Corbyn
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The Guardian sous le feu des critiques après une caricature de Corbyn

En référence à une toile du Caravage, la princesse de Judée Salomé recevant la tête de Jean-Baptiste, le dessin est jugé antisémite et indélicate suite aux décapitations en France

Une caricature publiée dans "The Guardian", représentant le leader du Parti travailliste britannique Kier Starmer brandissant la tête coupée de l'ancien leader du parti Jeremy Corbyn sur une assiette en or. (Autorisation)
Une caricature publiée dans "The Guardian", représentant le leader du Parti travailliste britannique Kier Starmer brandissant la tête coupée de l'ancien leader du parti Jeremy Corbyn sur une assiette en or. (Autorisation)

Le journal britannique The Guardian a été critiqué vendredi pour avoir publié une caricature montrant le chef du Parti travailliste (Labour) Kier Starmer tenant la tête coupée de Jeremy Corbyn sur une assiette en or, un jour après que Corbyn a été suspendu du parti suite à sa réponse à un rapport accablant du gouvernement selon lequel le Labour avait enfreint les lois sur l’égalité dans son traitement des plaintes d’antisémitisme sous sa direction.

La caricature, de Steve Bell, a été critiquée pour être à la fois antisémite et indélicate, au lendemain de la décapitation d’une femme et de la mort de deux autres personnes lors d’un attentat terroriste islamiste en France, et une semaine après la décapitation d’un professeur français après avoir montré à sa classe des caricatures du prophète Mahomet.

Le journal a indiqué qu’il avait reçu plusieurs plaintes et qu’il les examinait.

« La caricature de Steve Bell publiée aujourd’hui reflète ses observations sur les récents événements du Parti travailliste », a déclaré un porte-parole du Guardian au Jewish Chronicle. « Certaines plaintes ont été reçues et le rédacteur en chef des lecteurs est en train de les examiner ».

Plusieurs utilisateurs de médias sociaux qui ont vu le dessin sur Twitter ont déclaré l’avoir signalé à la plate-forme comme un cas de « haine raciale », a rapporté le Daily Mail. Il a cité également le collègue travailliste Lord Andrew Adonis qui a déclaré : « La caricature du Guardian d’aujourd’hui par Steve Bell est répugnante ».

Bell a écrit « d’après Caravage » sur le côté du dessin, en référence à son inspiration.

Le tableau du Caravage « Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste » est l’une des plus célèbres représentations de l’événement décrit dans le Nouveau Testament, lorsque le roi de Judée Hérode fit tuer Jean-Baptiste à la demande de sa belle-fille Salomé.

Salomé avec la tête de Jean-Baptiste – Caravage. (Wikimedia commons)

Ravi de la voir danser lors d’une fête, un Hérode ivre lui avait promis toute récompense, jusqu’à la moitié de son royaume. Mais sur les conseils de sa mère, elle a exigé la tête du mentor de Jésus.

La caricature a été dénoncée par certains critiques comme une tentative de dépeindre Corbyn comme un martyr chrétien, avec Starmer aux ordres des Juifs.

« The Guardian est le journal officiel de l’antisémitisme travailliste. Comment mieux dépeindre la question de l’expulsion de Corbyn que dans un remaniement antisémite classiquement chrétien de la Salomé juive tuant le chrétien pur, Jean-Baptiste ? Ne vous y trompez pas, ce n’est pas une simple erreur », a écrit une utilisatrice de Twitter, Joanne Bell.

D’autres, en revanche, l’ont défendue au nom de la liberté d’expression.

Bell a été accusé d’avoir utilisé des tropes antisémites dans plusieurs caricatures précédentes, dont celle du Premier ministre Netanyahu jouant le rôle de marionnettiste pour les politiciens britanniques. Il a nié que la caricature était antisémite. L’année dernière, deux de ses caricatures rejetées par le Guardian ont été proposées dans une tombola lors d’un événement parallèle à la conférence du Parti travailliste.

Cette publication est intervenue au lendemain d’une enquête dévastatrice menée par la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme (EHRC), qui a constaté de « graves manquements » de la direction du parti sous la direction de Corbyn en matière d’antisémitisme, que sa gestion de la question enfreignait la loi sur l’égalité, que le peuple juif était harcelé et que le Labour disposait de « procédures inadéquates » pour traiter les plaintes.

Jeremy Corbyn, (à gauche), est assis à côté de Keir Starmer lors de l’événement de campagne électorale sur Brexit à Harlow, en Angleterre, le 5 novembre 2019. (AP Photo/Matt Dunham)

Corbyn a déclaré qu’il n’acceptait pas toutes ses conclusions. Il a affirmé que « l’ampleur du problème a également été dramatiquement exagérée pour des raisons politiques par nos opposants à l’intérieur et à l’extérieur du parti, ainsi que par une grande partie des médias ».

Le Parti travailliste a rapidement déclaré qu’il suspendait M. Corbyn « à la lumière des commentaires qu’il a faits aujourd’hui et du fait qu’il ne s’est pas rétracté par la suite ».

Quelques instants après la publication de la déclaration de Corbyn, Starmer, s’exprimant lors d’une conférence de presse, a déclaré que ceux qui « prétendent que l’antisémitisme est exagéré ou qu’il est factice font partie du problème ». Starmer a déclaré que le rapport marquait un « jour de honte » pour le parti.

Corbyn a juré de se battre contre sa suspension.

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