Trump « a poignardé » les Palestiniens, dit l’envoyé de l’OLP à Washington
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Trump « a poignardé » les Palestiniens, dit l’envoyé de l’OLP à Washington

Après que Trump a dit avoir "ôté de la table" la question de Jérusalem, Husam Zomlot a accusé le président d'avoir "violé sa promesse" de ne pas imposer de résolution du conflit

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le docteur Husam Zomlot, nouvel envoyé de l'Organisation de libération de la Palestine aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)
Le docteur Husam Zomlot, nouvel envoyé de l'Organisation de libération de la Palestine aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)

NEW YORK — En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et en initiant le processus du transfert au sein de la municipalité de l’ambassade américaine en lieu et place de Tel Aviv, le président américain Donald Trump a « poignardé dans le dos » les Palestiniens, a déclaré l’envoyé à Washington de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) jeudi.

S’exprimant devant l’Institut du Moyen-Orient, un think-tank de Washington, Husam Zomlot a dénoncé avec vivacité le président américain peu après que Trump a accusé les dirigeants palestiniens de lui « avoir manqué de respect » dans leur réponse à la décision du 6 décembre. Trump a également menacé de couper toutes les aides américaines à l’AP si cette dernière refuse d’entrer dans un cycle de négociations avec Israël.

« Trump a violé sa promesse : ‘Je ne veux pas imposer, je ne veux pas dicter’. Ensuite, on vient et on exclut ce qui est le coeur de la solution à deux états », a commenté Zomlot. Il a ensuite comparé cette action à « un coup de poignard dans le dos ».

Aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu avant leur entretien bilatéral au Forum économique mondial de Davos, jeudi, Trump a suggéré que sa reconnaissance de Jérusalem avait permis de régler l’une des questions les plus sensibles du conflit.

Le président américain Donald Trump s’entretient avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’une réunion bilatérale en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 25 janvier 2018 (AFP PHOTO / Nicholas Kamm)

« Le sujet le plus dur dont les parties devaient discuter était Jérusalem », a-t-il expliqué. « Nous avons ôté Jérusalem de la table et nous n’avons donc plus à en débattre. On n’avait jamais réussi à aller au-delà de Jérusalem. Nous l’avons retiré des pourparlers. Nous n’avons plus besoin d’en discuter ».

Il s’est alors tourné vers Netanyahu, lui disant : « Vous avez remporté un point, vous en perdrez d’autres plus tard au cours des négociations – si elles ont lieu. Je ne sais pas si elles auront jamais lieu ».

Zomlot, un proche conseiller du président de l’AP Mahmoud Abbas, a évoqué ce point spécifiquement. « Vous n’avez pas ôté Jérusalem de la table des négociations – c’est la table entière que vous avez retirée », a-t-il clamé. « Aucun Palestinien n’y reprendra place ».

Refusant de rencontrer des membres de l’administration Trump – de manière plus notable le vice-président américain Mike Pence, qui se trouvait dans la région cette semaine – Abbas et son équipe ont affirmé que les Etats-Unis ne pouvaient plus tenir le rôle d’intermédiaire impartial dans le conflit. Ils ont tenté par ailleurs de rechercher les pays de l’Union européenne comme nouveaux médiateurs dans les pourparlers de paix.

Zomlot a ajouté que les Palestiniens chercheront une solution à deux états, mais il a consacré la majorité de son allocution aux raisons pour lesquelles les Etats-Unis ne pouvaient dorénavant plus faciliter ce processus.

Des Palestiniens manifestent contre la visite du vice-président américain Mike Pence aux abords de l’église d ela nativité dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 21 janvier 2018 (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Malgré les défaites diplomatiques actuelles subies par son mouvement national, Zomlot a indiqué qu’il avait encore au moins un avantage d’influence majeur – la suggestion que la durabilité à long-terme d’un état juif et démocratique dépend de la réalisation d’un état palestinien.

« Beaucoup de gens pensent que les Palestiniens sont dans le pire état de faiblesse qu’ils n’ont jamais connu », a-t-il expliqué. « La clé de la survie d’Israël, ce sont les Palestiniens ».

Zomlot a indiqué que les menaces de Trump, notamment le retrait des aides financières, n’affaibliraient pas la position des Palestiniens et ne les détermineraient pas à se réengager dans les pourparlers avec la Maison Blanche.

« Si le choix, c’est d’affamer la population de Palestine ou d’abandonner nos droits », a-t-il dit, « la population ne choisira pas d’abandonner ses droits ».

Parmi les menaces que l’administration Trump a proférées à l’encontre des Palestiniens, la fermeture du bureau de Washington de l’OLP qui coûterait son poste à Zomlot.

Trump s’est également entretenu avec une grande fierté jeudi de la mise en oeuvre rapide du déménagement de son ambassade, disant que cette nouvelle mission serait ouverte à Jérusalem fin 2019.

L’acte de transfert unilatéral de l’ambassade, a déclaré Zomlot, favorise Israël dans le conflit. « Toute ambassade dans la ville est une reconnaissance tacite de la revendication d’Israël ». Il a noté que les Palestiniens ne s’opposeraient pas à deux ambassades américaines dans la ville – une à Jérusalem-Est et l’autre à Jérusalem-Ouest – après la conclusion d’un accord.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, s’exprime durant une réunion dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018 (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

L’envoyé palestinien a évoqué les critiques du discours qui a été récemment prononcé par Abbas dans lequel ce dernier niait tout lien juif avec Israël et disait que le mouvement sioniste avait émané du colonialisme européen.

Et tandis qu’Israël a obtenu une faveur énorme de la part de l’administration actuelle, Zomlot a déclaré que la jeune génération n’appréhendait pas l’initiative de Trump sur Jérusalem de la même façon. Et que finalement, a-t-il poursuivi, les attitudes seront plutôt favorables aux Palestiniens.

« Les choses changent dans ce pays », a-t-il dit. « Netanyahu peut bien aller prendre la parole au Congrès, mais peut-il le faire dans une université en Californie ou dans le Wisconsin ? »

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