Tsahal ouvre une enquête sur la mort d’un terroriste palestinien
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Tsahal ouvre une enquête sur la mort d’un terroriste palestinien

Le soldat dit avoir ouvert le feu car sa vie était en danger ; Pour B'Tselem, Yassin al-Saradeeh est mort après avoir été laissé sans soins durant 25 minutes après avoir été touché

Les images de vidéosurveillance montrent des soldats se penchant sur un Palestinien blessé dans une ruelle de la ville de Jéricho en Cisjordanie, le 22 février 2018.
Les images de vidéosurveillance montrent des soldats se penchant sur un Palestinien blessé dans une ruelle de la ville de Jéricho en Cisjordanie, le 22 février 2018.

Tsahal a interrogé huit soldats au sujet de la mort d’un Palestinien tué alors qu’il tentait d’attaquer des soldats la semaine dernière, alors qu’une vidéo diffusée mercredi semblait soulever de nouvelles questions sur la façon dont l’homme de Jéricho avait été tué.

Yassin al-Saradeeh, 35 ans, est décédé le 22 février après des affrontements dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie, où des soldats étaient allés procéder à des arrestations.

L’armée dit que la police militaire a ouvert une enquête sur l’incident.

La vidéo diffusée mercredi par le groupe de défense des droits de B’Tselem montre des soldats frappant Saradeeh alors qu’il était étendu sur le sol après avoir été blessé par balle par un soldat. Il est alors traîné dans une ruelle et n’a été évacué de la zone que 25 minutes plus tard pour recevoir des soins médicaux, selon B’Tselem.

Les premières images floues, diffusées dans les heures qui ont suivi l’incident et obtenues en filmant ce qui se trouvait sur les écrans des caméras de sécurité des magasins de la région, montrent Saradeeh courant à côté d’un soldat israélien brandissant une tige de métal sur laquelle quelque chose – peut-être la jante métallique d’un pneu – était fixée.

Un soldat a alors pu être vu sortir et tirer sur lui – l’éclair est clairement visible – mais les militaires ont dit que le tir l’avait visiblement manqué, bien que le Palestinien soit pourtant tombé au sol.

L’armée israélienne a affirmé par la suite que Saradeeh était mort par inhalation de gaz lacrymogène.

Cependant, des légistes de l’Institut médico-légal Abu Kabir de Tel-Aviv ont déclaré après une autopsie, à laquelle un médecin palestinien a également assisté, que la cause du décès était due à des coups de feu, selon un communiqué officiel palestinien.

Le soldat qui a tiré a déclaré aux enquêteurs qu’il avait ouvert le feu après avoir craint pour sa vie, selon un reportage de Hadashot mercredi soir.

« Nous avions le sentiment que nos vies étaient en danger… Un Palestinien avec un tuyau de fer pointu courait vers moi. Je me suis senti menacé. J’ai suivi les règles concernant l’arrestation d’un suspect. Je n’étais pas sur de l’avoir touché et il est tombé. Puis d’autres soldats sont arrivés et, ensemble, nous l’avons maîtrisé. Dans son pantalon, on a trouvé un couteau. »

Les informations de la Dixième chaîne ont indiqué que le soldat qui a ouvert le feu a déclaré qu’il n’était pas sûr d’avoir touché l’homme.

Un autre soldat impliqué dans l’incident a été cité par les médias israéliens disant qu’il « n’a pas assisté au tir. »

B’Tselem a également contesté la déclaration d’un porte-parole de l’armée selon laquelle Saradeeh aurait tenté de voler l’arme d’un soldat.

Dans les images, Saradeeh peut effectivement être vu en train de lever le bras, mais selon B’Tselem, c’était probablement pour se protéger des coups des soldats.

On peut aussi voir les soldats traîner Saradeeh dans une ruelle sur le ventre, où il ne semble pas bouger du tout. Plusieurs soldats se penchent sur lui, l’un de ses vêtements est soulevé, révélant un autre en dessous, et des torches éclairent son ventre. Il est difficile de savoir si les soldats vérifient s’il y a des blessures ou des armes ou s’ils lui parlent. Il n’y a aucun signe de sang sur la chemise en dessous, bien que la qualité de la vidéo soit très médiocre.

Après que les gaz lacrymogènes provenant de l’extérieur ont pénétré dans la ruelle, Saradeeh est traîné dehors et des images le montrent ensuite en train d’être embarqué dans une Jeep de l’armée.

« Le porte-parole de l’armée a changé sa version de ce qui s’est passé à plusieurs reprises », a déclaré B’Tselem. « Dans sa première déclaration, il a affirmé que Saradeeh, qui était armé d’un couteau, avait attaqué les soldats et tenté de prendre leurs armes et que, pendant son arrestation, il avait été blessé et avait reçu des soins médicaux ».

« Dans une déclaration faite plus tard le même jour, il était écrit seulement que Saradeeh ‘a tenté d’attaquer les soldats, qui ont répondu par des coups de feu, ont affronté le terroriste à bout portant et ont réussi à l’arrêter’ et que plus tard, un couteau a été trouvé sur lui ».

« Le lendemain, l’armée a déclaré que Saradeeh était mort des suites de l’inhalation de gaz lacrymogène, après quoi une autopsie a révélé qu’il était mort d’un coup de feu à l’estomac et qu’il était peut-être mort par hémorragie, mais l’armée a quand même affirmé que l’équipe médicale qui l’avait soigné n’avait pas vu de traces de coups de feu à l’estomac. »

L’organisation a qualifié l’incident d' »un des plus graves » survenus en Cisjordanie. « Les soldats frappent une personne grièvement blessée au sol et la frappent avec leurs armes sur la tête, le haut du corps et l’aine. Ils le traînent ensuite par terre le long de la ruelle, comme s’il n’était pas un être humain, et ne lui prodiguent pas les soins médicaux nécessaires pendant plus d’une demi-heure après avoir tiré sur lui. »

Un porte-parole de l’armée a déclaré que la section des enquêtes de l’armée continuait ses investigations.

Ce sont les images de la caméra vidéo de B’Tselem qui ont rendu public l’affaire du terroriste palestinien, neutralisé, et achevé par un soldat israélien, Elor Azaria, dans la ville d’Hébron en Cisjordanie en mars 2016.

Après un procès très controversé qui a divisé le pays, Azaria a été condamné pour homicide involontaire à 18 mois de prison et a ensuite vu sa peine réduite à 14 mois.

L’affaire de Saradeeh est également d’actualité, car l’armée et une famille palestinienne sont en conflit sur la cause des blessures dont souffre un adolescent, Mohammed Tamimi.

Les Palestiniens ont produit mardi des dossiers médicaux attestant que le jeune homme de 15 ans avait été blessé par une balle en caoutchouc tirée par les soldats et qu’il n’était pas tombé de son vélo, comme l’a affirmé un général israélien.

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