Un activiste palestinien veut « lancer une intifada contre Israël aux Etats-Unis »
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Un activiste palestinien veut « lancer une intifada contre Israël aux Etats-Unis »

Lors d’une tournée de 5 semaines, l’opposant à Israël, Bassem Tamimi, dont le fils de 12 ans était sur la vidéo virale dans laquelle un soldat a tenté de l’arrêter, cherche à galvaniser la jeunesse américaine au nom de la cause palestinienne

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Bassem Tamimi, un activiste palestinien qui parle à un petit collège à Cortland, New York en septembre 2015. (Crédit : Eric Cortellessa / The Times of Israel)
Bassem Tamimi, un activiste palestinien qui parle à un petit collège à Cortland, New York en septembre 2015. (Crédit : Eric Cortellessa / The Times of Israel)

CORTLAND, New York – Dans le sillage de la vidéo virale d’une femme et d’enfants palestiniens empêchant physiquement un soldat israélien d’arrêter un enfant de 12 ans pour avoir lancé des pierres, le père du jeune garçon, Bassem Tamimi, entame une tournée de cinq semaines aux Etats-Unis visant à galvaniser le soutien pour la campagne Boycott, Cession et Sanctions (BCS) contre Israël.

Après une intervention à Cortland, New York, le mois dernier, Tamimi a déclaré au Times of Israel que l’image de la vidéo de l’incident était son « dernier outil » pour promouvoir les efforts de BDS.

« Quand nous sommes capables d’avoir une vidéo comme celle-là, nous pouvons l’utiliser avec beaucoup d’impact, a-t-il déclaré. Quand assez de gens auront vu ces vidéos et entendu nos histoires, cela pourra lancer une sorte d’intifada [soulèvement populaire palestinien] contre Israël dans les Etats-Unis ».

Dans la vidéo, on voit un soldat retenant avec force Mohammed Tamimi, dont le bras était dans un plâtre, le maintenant par le cou et pressant sa tête contre un rocher.

Quelques instants plus tard, un groupe de femmes palestiniennes, conduites par Ahed, la sœur âgée de 15 ans de Tamimi, commencer à saisir le soldat, le frapper jusqu’à ce qu’un commandant arrive et le sorte de là.

La bagarre s’est déroulée lors d’une semaine de manifestations dans le village d’origine de Tamimi en Cisjordanie, Nabi Saleh, au cours duquel des Palestiniens et d’autres activistes ont fait une marche vers l’implantation voisine d’Halamish. Des adultes apportent des caméras tandis que les enfants lancent des pierres contre les soldats, qui répondent souvent par des gaz lacrymogènes et parfois avec des balles en caoutchouc pour empêcher les lanceurs de pierre d’atteindre l’implantation.

Lors de son voyage actuel aux Etats-Unis, du 7 septembre au 19 octobre, Tamimi a plus de 25 arrêts prévus, avec un itinéraire qui inclut les principales villes américaines comme San Francisco et Chicago, et des petites villes comme South Bend, Indiana, Ithaca puis avec un arrêt à New York.

La tournée est organisée par trois organisations polémiques : la Voix Juive pour la Paix, Les Amis de Sabeel et les Bâtisseurs Intereligieux de Paix.

Ces groupes ont été cités par des instituts de veille pro-Israël comme la Ligue Anti-Difamation (ADL) et le moniteur NGO pour des tentatives systématiques d’écarter le soutien publique d’Israël.

A chaque rassemblement de Tamimi, un représentant de Bâtisseurs inter-religieux de la Paix est présent pour parler avec les participants après les discussions afin de participer à l’un des voyages organisés vers la Cisjordanie.

Le groupe envoie trois ou quatre délégations dans la région chaque année, et selon l’organisation, ces voyages « visent à présenter aux participants de la délégation une variété d’opinions, de débats et d’analyses sur Israël et la Palestine ».

Les voyages ont été critiqués par Moniteur NGO comme des présentations « très partiales » du conflit « basées seulement sur le récit palestinien ».

D’autres groupes de veille ont aussi fustigé les voyages comme visant à diaboliser Israël, mentionnant leur affiliation avec des groupes hostiles à Israël comme la Voix Juive pour la Paix, les Amis de Sabeel, le Comité Israélien contre les Démolitions de Maisons et la Campagne palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël.

Ariel Gold, une coordinatrice à Ithaca de la Voix Juive pour la Paix, un groupe juif anti-sionisme, a organisé le voyage aux Etats-Unis de Tamimi. Même si le tour était prévu avant l’épisode d’août, elle a déclaré qu’elle espérait capitaliser sur l’attention médiatique autour de Tamimi pour avancer le but de dissoudre l’Etat juif.

« Je crois que l’état juif est raciste, a-t-elle déclaré au Times of Israel. N’importe quel pays qui favorise un groupe de personne par rapport aux autres est raciste. Nous avons besoin des personnes comme Tamimi qui peuvent démonter cette réalité ».

Lorsque ce journaliste a demandé si elle préconisait le boycott et la dissolution d’un autre état nation ou pays inpliqué dans un conflit, elle a dit que non.

Tamimi n’est pas un novice pour attirer la publicité.

En mars 2013, sa famille était le sujet de couverture du New York Times Magazine intitulé « Est-ce ici que la Troisième intifada commencera ? » En 2011, il a attiré l’attention internationale après avoir été condamné par un tribunal militaire israélien pour avoir envoyé des jeunes lancer des pierres dans un tribunal militaire israélien.

Peut-être que la critique la plus forte dirigée contre lui est celle de l’exploitation d’enfants, en ce qu’il incite les enfants à lancer des pierres contre les soldats afin de provoquer des confrontations filmées en vidéo et ensuite diffusées sur le net. C’est une accusation qu’il ne nie pas.

« Nos caméras sont notre arme, a-t-il déclaré. Et quand nous forçons les soldats de l’armée à s’opposer à nos enfants, nos caméras sont un moyen pour nous de combattre Israël et l’occupation ».

Parler aux étudiants

« Nous avons besoin du soutien de vous tous pour faire quelque chose sur la question, a déclaré Tamimi à la foule à mi-septembre d’environ 20 personnes rassemblées à l’université de Cortland de Tompinks, situé dans le haut de l’état de New York, plus de 345 kilomètres de New York City.

Dans un entretien peu après sa discussion d’une heure avec des étudiants, qui a inclus une séance de questions-réponses, Tamimi a déclaré qu’il ressentait qu’il était impératif pour sa vision de la cause palestinienne d’atteindre les « étudiants américains des universités ».

« Les Etats-Unis est la plus grand soutien d’Israël. C’est la prochaine génération qui aura à changer cela. Et voilà pourquoi je suis ici ».

Sa discussion a commencé avec la projection d’un clip YouTube de l’affrontement du 28 août, et ensuite un bref résumé de son histoire personnelle d’activisme, qu’il dit se centrer sur la « manifestation non violente ».

« Nos pierres sont nos voix, a déclaré Tamimi aux étudiants. Les soldats israéliens sont dans des véhicules blindés, ils ont des tanks. Nos pierres reflètent notre refus devivre en occupation et à résister à l’ennemi ».

Des Palestiniens recherchent leurs biens après que leur maison ait été détruite par l'armée israélienne à l'est de la ville de Ramallah en Cisjordanie, le  3 septembre 2015. (Crédit : Flash90)
Des Palestiniens recherchent leurs biens après que leur maison ait été détruite par l’armée israélienne à l’est de la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 3 septembre 2015. (Crédit : Flash90)

« Il y a six ans, nous avons développé un modèle de manifestation, a-t-il ajouté. Nous avons une manifestation chaque semaine où nous nous confrontons à l’armée, et nous la filmons pour montrer au monde les réalités où nous vivons ».

Parmi les escalades actuelles du conflit israélo-palestinien, le lancer de pierre est devenu une question majeur des politiques israéliens après le meurtre d’Alexander Levlovich, âgé de 64 ans, qui a été tué lorsque sa voiture a été visée par des pierres alors qu’il rentrait chez lui d’un diner de Rosh Hashanah à Jérusalem Est. Dans un des divers autres incidents récents, une famille israélienne a souffert de blessures lègères après avoir été ciblé lors d’un voyage de retour vers Tekoa après un repas de Souccot à Efrat.

Des exemples comme ceux-ci ont poussé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à chercher des peines plus sévères contre les lanceurs de pierre, y compris la mise en place de condamnations obligatoires minimums.

Quand on lui demande si le lancer de pierre est « non violent », Tamimi a déclaré : « Dans le contexte de résistance, non, ce n’est pas non violent… Lancer des pierres peut-il être techniquement violent ? Oui. Mais pour nos manifestants à Bani Saleh, ce sont nos voix, nos expressions de résistance contre un ennemi ».

Le message de Tamimi semble avoir un public réceptif parmi les jeunes de certaisn campus. « Il y a deux visions différentes de l’histoire qui a lieu actuellement, et en fonction de qui vous l’entendez, vos points de vue peuvent être changés pour soutenir une cause ou l’autre ».

Madeleine Glahn, une nouvelle étudiante de l’université âgée de 19 ans, a participé à l’événement de Cortland. On lui a demandé, dans le cadre d’un cours de psychologie, d’assiter à la discussion sur le campus et d’écrire un papier sur l’événement, en appliquant les connaissances vues en cours.

« Cette discussion m’a intéressée après la guerre de l’été à Gaza », a-t-elle déclaré au Times of Israel.

« Après aujourd’hui, j’ai l’impression que j’ai appris de [Tamimi] que ce que l’on nous dit dans les médias au sujet d’Israël ne correspond pas à la réalité. Il y a deux versions de l’histoire, en fonction de qui vous entendez l’histoire, vos points de vue peuvent être changés pour soutenir une cause ou l’autre ».

Ariel Gold, une coordonnatrice pour la Voix juive pour la paix, un groupe anti-sioniste juif qui a organisé la tournée de Tamimi. (Crédit : Eric Cortellessa / The Times of Israel)
Ariel Gold, une coordonnatrice pour la Voix juive pour la paix, un groupe anti-sioniste juif qui a organisé la tournée de Tamimi. (Crédit : Eric Cortellessa / The Times of Israel)

Avant de quitter l’événement, elle s’est rapprochée du représentant des Bâtisseurs inter-religieux de Paix. Elle voulait voir comment faire pour s’inscrire à un futur voyage en Cisjordanie. Au début de la discussion Gold avait présenté le représentant pour ceux qui seraient intéressés à parler avec lui après la discussion.

« Elle me l’a réellement présenté comme une bonne opportunité de voir le conflit par vous-même sans que personne ne vous dise quoi penser, explique Glahn. Je veux y aller pour voir le conflit de mes propres yeux et prendre mes propres décisions ».

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