Un comité réclame la fermeture des raffineries de pétrole de Haïfa d’ici 10 ans
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Un comité réclame la fermeture des raffineries de pétrole de Haïfa d’ici 10 ans

Signe d'obstacles à venir, les ministères des Finances et de l'Énergie expriment des réserves sur les recommandations du comité

Des activistes participent à une manifestation appelant à la fermeture des raffineries de pétrole dans la baie de Haïfa, dans le nord d'Israël, le 24 juin 2019. (Crédit: Meir Vaknin/Flash90)
Des activistes participent à une manifestation appelant à la fermeture des raffineries de pétrole dans la baie de Haïfa, dans le nord d'Israël, le 24 juin 2019. (Crédit: Meir Vaknin/Flash90)

Un comité d’officiels de haut niveau mis en place au sein du bureau du Premier ministre a présenté lundi ses recommandations finales sur l’avenir de la baie de Haïfa, dans le nord d’Israël, avec un appel à l’arrêt de toute activité pétrochimique d’ici maximum 10 ans, afin de permettre la création de nouveaux logements, d’emplois “eco-friendly”, et d’un parc.

Le calendrier est conditionné au « maintien des besoins minimaux de l’industrie énergétique ».

La ministre de la Protection de l’environnement, Gila Gamliel, qui a fait pression pour fermer les industries polluantes, a salué le rapport, déclarant que les habitants de Haïfa méritaient une « baie verte et innovante ».

Mais, signe des difficultés qui s’annoncent, le ministère des Finances a exprimé ses réserves dans un rapport tandis que le ministère de l’Énergie s’est rangé du côté du complexe pétrochimique de Bazan, propriété de la famille Ofer à travers leur firme, Israel Corporation. Tous deux s’en sont pris à la commission et qualifiant leur travail de non professionnel.

Gila Gamliel s’exprime lors d’une conférence à Kedem, en Cisjordanie, le 5 septembre 2019 (Hillel Maeir/Flash90)

Le comité a été créé dans le cadre de la résolution gouvernementale 472 du 25 octobre 2020. Dirigé par Avi Simhon, chef du Conseil économique national au sein du cabinet du Premier ministre, il comprend les directeurs généraux du cabinet du Premier ministre, des ministères de la Protection de l’environnement, de l’Énergie, de l’Économie et de l’Industrie, de l’Intérieur et de la Défense, le chef du département des budgets du ministère des Finances, les chefs du Conseil national de sécurité, du Conseil économique national, de l’Autorité des terres d’Israël et du Conseil national de planification, ainsi que le procureur général.

Sur le moment, il s’est avéré difficile de déterminer si les représentants des ministères des Finances et de l’Énergie au sein de la commission s’étaient eux-mêmes opposés au rapport.

Le rapport de 85 pages (en hébreu), rempli de diagrammes et de graphiques, note que la baie, abritant des industries lourdes, a un grand potentiel de développement grâce à la présence d’industries de pointe dans la région, à la proximité d’établissements d’enseignement supérieur de premier plan tels que le Technion, l’Université de Haïfa et plusieurs hôpitaux, ainsi qu’à la performance des transports et à une population diverse.

Plans pour une nouvelle « baie de l’innovation » dans le nord de la ville de Haïfa après le retrait de l’industrie polluante de la raffinerie de pétrole, 29 juin 2020. (Capture d’écran, commission des affaires intérieures et de l’environnement de la Knesset)

Comme dans le projet de rapport publié pour commentaires publics en avril, il note la stagnation qu’a connue Haïfa – la troisième ville d’Israël – en général et la zone de la baie en particulier au cours des dernières décennies, les quantités anormales de benzène cancérigène et d’autres produits chimiques dans l’air, et les niveaux excessifs de cancer observés à proximité de la zone industrielle.

En outre, elle cite le fait que le groupe Bazan est en tête de la liste des usines ayant l’impact environnemental le plus négatif en Israël depuis des années, ayant violé à plusieurs reprises des permis et licences d’émission – 150 fois rien qu’entre 2017 et 2019. Le rapport a également souligné l’emplacement géographique de la baie sur une faille sismique active.

Exhortant le gouvernement à entamer des discussions avec Bazan pour examiner la possibilité d’évoluer vers des types d’industrie plus propres, le rapport indique que le comité a trouvé des solutions alternatives qui pourraient être mises en œuvre au cours de la prochaine décennie pour fournir à l’économie israélienne des distillats de carburant, du pétrole liquéfié, du bitume et du condensat.

Il a également recommandé de conclure un accord avec le Fonds national juif KKL-JNF pour financer et développer un parc métropolitain.

Le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz, s’exprime lors d’une conférence à Tel Aviv, le 27 février 2019. (Flash90)

Les ministères de l’Énergie et des Finances ont tous deux contesté les avis de la commission sur la stagnation de la région de Haïfa, affirmant que le rapport n’était pas équilibré.

Le ministère de l’Énergie a affirmé que la contribution de l’industrie pétrochimique à la pollution était « très faible », s’élevant à 10 %, par rapport à d’autres sources de pollution telles que le transport maritime et routier. Il a critiqué l’utilisation des statistiques passées sur le cancer comme base pour les prévisions futures et a affirmé qu’il serait plus polluant d’importer du benzène que de laisser se poursuivre la production locale d’une version plus légère. Tout comme le ministère des Finances, le ministère de l’Énergie a critiqué un sondage d’opinion réalisé dans le cadre des travaux de la commission, estimant qu’il défavorisait Bazan.

Tout en démentant l’idée selon laquelle il s’oppose au développement de la baie de Haïfa, le ministère des Finances s’est déclaré favorable à l’arrêt définitif de l’industrie pétrochimique. Mais il a déclaré qu’un calendrier de 10 ans n’était pas réaliste, que ce soit du point de vue économique ou de la planification, et a recommandé une approche plus lente et plus réfléchie, sans date limite à ce stade.

Il a demandé la création d’un comité plus restreint qui, d’ici à la fin 2023, proposerait une date limite pour la fermeture des industries pétrochimiques. Cette date limite laisserait le temps de planifier une infrastructure énergétique de remplacement et de concevoir un cadre financier qui serait économiquement viable. La fermeture n’interviendrait que lorsque les besoins du pays en matière de raffinage ne justifieraient plus l’infrastructure massive qui existe dans la baie, a écrit le ministère.

La zone industrielle de la baie de Haïfa, le 5 mai 2017. (Crédit: Yaniv Nadav/Flash90)

Au cours des deux prochaines années, Bazan ne recevrait pas d’aide au développement et serait invité à des négociations gouvernementales sur la compensation. Le stockage des combustibles importés serait également exploré de manière plus approfondie.

À plus court terme, le Trésor a recommandé de transférer le complexe de stockage de pétrole de Bazan – qui se trouve à proximité des habitations de la ville voisine de Kiryat Haim – sur le site de Bazan dans la baie, de déplacer une usine d’engrais de la baie appartenant à Haifa Chemicals et de déplacer une école de pilotage existante pour ouvrir le front de mer au public.

Le groupe Bazan a déclaré dans sa réponse que « les recommandations publiées par le conseiller du Premier ministre contredisent la position professionnelle des ministères du gouvernement, y compris les économistes du ministère des Finances et les responsables du ministère de l’Énergie.

« La tentative du conseiller du Premier ministre de publier à l’heure actuelle des recommandations qui ne sont pas acceptables pour l’échelon professionnel soulève de sérieuses questions sur ses motivations ultérieures », a déclaré la société.

Vue des tours de refroidissement d’eau de la raffinerie de pétrole de Haïfa, le 12 juin 2020, après l’effondrement de l’une d’entre elles (Crédit : Meir Vaknin/Flash90).

Elle a affirmé que l’objectif de fermer les industries pétrochimiques semblait avoir été « revendiquée dès le départ, sans lien avec les chiffres, les faits ou la situation sur le terrain », affirmant que les demandes de discuter d’autres options pour développer la baie avaient été rejetées.

Parallèlement, les calculs de la commission étaient erronés et non professionnels, selon la déclaration. Dans des projets similaires, « les coûts de développement étaient plus élevés de plusieurs dizaines de pourcents que ceux utilisés dans les calculs du Comité économique national », affirme le groupe, tandis que les calculs de revenus – et les estimations pour un accord de compensation avec Bazan – étaient beaucoup trop bas.

Bazan a appelé le gouvernement, quel qu’il soit, à tenir une discussion « professionnelle », « basée sur des faits et des données et non sur des slogans », tout en tenant compte des droits de propriété et des contrats signés par le gouvernement, et en garantissant le fonctionnement continu et ininterrompu du secteur énergétique.

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