Un député israélien se joint à la grève de la faim d’un prisonnier palestinien
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Un député israélien se joint à la grève de la faim d’un prisonnier palestinien

Ofer Cassif de la Liste arabe unie s'oppose au refus donné à la famille de Maher al-Akhras de lui rendre visite ; les autorités israéliennes prévoient de le libérer en novembre

Maher al-Akhras, un prisonnier sécuritaire de 49 ans, fait une grève de la faim à l'hôpital Kaplan de Rehovot, le 8 octobre 2020. (Crédit : Aaron Boxerman/Times of Israel)
Maher al-Akhras, un prisonnier sécuritaire de 49 ans, fait une grève de la faim à l'hôpital Kaplan de Rehovot, le 8 octobre 2020. (Crédit : Aaron Boxerman/Times of Israel)

Un député israélien a déclaré samedi qu’il se joindrait à la grève de la faim d’un prisonnier de sécurité palestinien qui n’a pas mangé depuis trois mois et qui serait entre la vie et la mort.

Le député Ofer Cassif (Liste arabe unie) a déclaré qu’il refuserait de quitter le chevet de Maher al-Akhras au centre médical Kaplan de Rehovot tant que sa famille ne serait pas autorisée à le voir.

Vendredi, la Cour suprême de justice a refusé le transfert d’al-Akhras de l’hôpital vers un centre médical de la prison.

De son côté l’Iran a affirmé qu’Israël doit mettre fin à la « détention arbitraire et injustifiée » du prisonnier.

Le ministère iranien des affaires étrangères a déclaré que « le régime israélien a refusé de mettre fin à sa détention injustifiée ». Les occupants doivent mettre fin aux détentions arbitraires et le libérer, lui et des centaines de Palestiniens injustement détenus ».

Al-Akhras n’a pas mangé depuis 90 jours. Il a été arrêté fin juillet et a entamé une grève de la faim ces derniers mois pour protester contre sa détention sans procès par les autorités israéliennes. Il nie l’accusation israélienne d’appartenance actuelle à un groupe terroriste et maintient qu’il n’est impliqué dans aucune « activité de sécurité ».

L’ordonnance provisoire a été accordée par le tribunal après qu’al-Akhras a présenté une requête urgente contre le transfert. Des militants ont déclaré que son transfert d’un hôpital public vers un établissement géré par l’administration pénitentiaire israélienne pourrait entraîner une détérioration de ses soins.

« Au vu de l’état physique et médical d’al-Akhras, il y a de sérieuses craintes que son corps se dégrade à tout moment, et si cela se produit, il y a de grands risques que l’administration pénitentiaire israélienne [IPS – Israel Prison Service] ne puisse pas le transférer dans un centre médical de pointe », ont déclaré les Physicians for Human Rights dans un communiqué au quotidien Haaretz. « En outre, il est à craindre que ce que les médecins de Kaplan n’ont pas accepté de faire – le traitement forcé ou l’alimentation – sera fait à la clinique de l’IPS ».

Des militants israéliens de gauche montrent une pancarte portant la photo du détenu administratif palestinien Maher al-Akhras lors d’une manifestation réclamant sa libération après la détérioration de son état de santé, alors qu’il mène une grève de la faim depuis 77 jours, devant le centre médical Kaplan où il est détenu par les autorités israéliennes, dans le centre ville de Rehovot, le 11 octobre 2020. (Ahmad GHARABLI / AFP)

Avant que l’ordonnance du tribunal ne soit rendue, al-Akhras avait été autorisé vendredi à quitter le centre médical Kaplan de Rehovot et à être transféré dans un centre médical de la prison.

Les responsables ont déclaré qu’al-Akhras avait refusé de se faire soigner, et que l’afflux régulier de visiteurs représentait un danger dans le cadre de la pandémie de coronavirus, a rapporté Haaretz.

L’hôpital a déclaré au journal qu’il « agissait sur la base de considérations médicales uniquement, et en accord avec les décisions des autorités ».

Vendredi, un fonctionnaire des Nations unies chargé des droits des Palestiniens a demandé la libération d’al-Akhras, affirmant qu’il était dans un état de santé précaire.

« Al-Akhras est maintenant dans un état très frêle, après 89 jours sans nourriture », a déclaré Michael Lynk, le rapporteur spécial pour les territoires palestiniens, [Special Rapporteur on Palestinian territories], à l’agence de presse Wafa. « Les récentes visites de médecins à son lit d’hôpital en Israël indiquent qu’il est sur le point de souffrir d’une défaillance d’un organe majeur, et certains dommages pourraient être permanents ».

Al-Akhras est placé en détention administrative, ce qui permet aux personnes soupçonnées de terrorisme d’être détenues indéfiniment sans procès, par tranches renouvelables allant jusqu’à six mois. Si les détenus peuvent faire appel de la détention elle-même auprès de la Cour suprême de justice ou des tribunaux de district inférieurs, les suspects ne bénéficient pas de procès complets ni n’ont accès aux preuves à leur encontre.

Les Palestiniens et les organisations internationales de défense des droits ont condamné cette pratique, affirmant qu’Israël en abuse.

Des Palestiniens protestent en solidarité avec le prisonnier palestinien Maher Al-Akhras, qui fait une grève de la faim dans une prison israélienne, à Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 10 octobre 2020. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Selon le service de sécurité intérieure du Shin Bet, al-Akhras est impliqué dans le Jihad islamique, un groupe terroriste palestinien qui cherche ouvertement à détruire Israël.

Mais les procureurs militaires israéliens ont décidé de ne pas renouveler sa détention administrative, qui doit expirer le 26 novembre. Au début de ce mois, la Cour suprême de justice a refusé de libérer sans délai al-Akhras avant la date limite. Au lieu de cela, elle a proposé un compromis : Al-Akhras pourrait mettre fin à sa grève de la faim immédiatement, purger le reste de sa peine, et sa détention administrative ne serait pas renouvelée par la suite, à moins que de nouvelles informations ne soient mises en lumière.

Al-Akhras a refusé, jurant de continuer à faire la grève à moins qu’il n’obtienne une libération immédiate et inconditionnelle. Le 6 septembre, les tribunaux ont décidé qu’Al-Akhras était trop faible pour rester dans la prison d’Ofer, où il était détenu. Il a ensuite été transféré au centre médical de Kaplan, où il est resté depuis.

Al-Akhras, un homme de 49 ans résidant à Silat al-Daher, près de Jénine, a été arrêté cinq fois pour sa participation présumée au Jihad islamique, selon le Shin Bet.

En 2005 et 2019, il a plaidé coupable d’appartenance à une organisation interdite, selon Haaretz, qui a ajouté que des documents judiciaires indiquaient qu’il avait assisté à des marches du Jihad islamique, notamment en prononçant des discours lors de certaines d’entre elles, et qu’il avait publié du contenu extrémiste sur Facebook.

Si Al-Akhras venait à mourir, cela pourrait déclencher un conflit entre Israël et les factions palestiniennes à la fois à Gaza et en Cisjordanie.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, et l’ancien chef politique du Hamas, Khaled Mashaal, ont tous deux exigé qu’Israël le libère immédiatement.

Les Brigades Al-Qods du Jihad islamique, qui ont commis de nombreuses attaques contre des civils israéliens, ont menacé de représailles contre Israël au cas où al-Akhras mourrait de sa grève de la faim.

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