Un haut-responsable de l’AP accuse Israël d’incitations et de glorification du terrorisme
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Un haut-responsable de l’AP accuse Israël d’incitations et de glorification du terrorisme

Saeb Erekat explique que Jérusalem utilise des allégations d'incitations du côté palestinien pour 'détourner l'attention' du processus de paix

Saeb Erekat, négociateur palestinien, lors d'une conférence de presse à Ramallah en Cisjordanie, le 2 janvier 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)
Saeb Erekat, négociateur palestinien, lors d'une conférence de presse à Ramallah en Cisjordanie, le 2 janvier 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Un haut-responsable palestinien a rejeté jeudi les accusations d’Israël affirmant que l’Autorité palestinienne incite à la violence contre les Israéliens, déclarant que le gouvernement israélien a lui-même une « politique mise en place depuis longtemps » de promotion et de glorification du terrorisme.

Dans un communiqué, le négociateur palestinien Saeb Erekat a expliqué que « les incitations et la glorification du terrorisme ont été une politique mise en place depuis longtemps par ce gouvernement extrémiste », accusant Israël de « détourner l’attention [des négociations de paix bloquées] en inventant de nouvelles excuses, comme avec les allégations d’incitation à la violence ».

Erekat a indiqué que le changement de nom au mois d’avril du Centre médical pubic Assaf Harofeh de Tzrifin re-baptisé dorénavant Centre médical Yitzhak Shamir, en l’honneur de feu le Premier ministre décédé en 2012 qui avait été à la tête du groupe paramilitaire Lehi, était un exemple de ce comportement.

Il a par ailleurs accusé Israël de « refuser constamment l’activation de la commission trilatérale sur les incitations, dont les membres comprennent des responsables israéliens, palestiniens et américains ». Elle avait été formée dans le cadre du mémorandum de Wye River en 1998, se réunissant tous les deux mois jusqu’à l’éclatement de la Seconde intifada en septembre 2000.

Dans la matinée de jeudi, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a défendu les paiements versés aux prisonniers palestiniens – notamment condamnés pour terrorisme – affirmant que c’était une « responsabilité sociale » et a ajouté qu’Israël utilisait le problème comme un prétexte permettant à l’Etat juif d’éviter les négociations de paix.

Ces propos ont été tenus lors d’un discours lu au nom d’Abbas par son Conseiller aux Affaires étrangères Nabil Shaath à la Conférence de Herzliya, une réunion sécuritaire annuelle régionale.

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, en conférence de presse au palais présidentiel de Bethléem, le 23 mai 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)
Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, en conférence de presse au palais présidentiel de Bethléem, le 23 mai 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

« Lorsque la communauté internationale a l’opportunité d’avancer vers un accord de statut final entre Israël et la Palestine, le gouvernement de M. Netanyahu trouve une excuse pour éviter de débattre des problèmes essentiels », a dit Abbas, qui a poursuivi en disant que « les prétextes les plus récents comprennent les incitations et l’aide sociale fournies aux familles des prisonniers politiques palestiniens ».

Abbas a répété son appel en faveur de la Commission tripartite unissant Israël, les Etats-Unis et l’AP, à travers laquelle, a-t-il déclaré, chacune des plaintes émises par les parties pourraient être « vérifiées et réglées ».

Tandis qu’Israël n’a pas répondu aux appels d’Abbas visant à relancer la Commission, l’Etat juif a bruyamment réclamé que Ramallah mette un terme à ses paiements aux terroristes emprisonnés et à leurs familles, arguant du fait que ces versements glorifient et font la promotion de la violence.

L’administration du président américain Donald Trump, dans le cadre de ses efforts de relance des négociations de paix entre les deux parties, a également vivement recommandé aux Palestiniens de cesser ces paiements.

La Knesset a approuvé la semaine dernière la première lecture d’un projet de loi qui considère que tout l’argent payé aux prisonniers palestiniens et aux « familles des martyrs » est illégitime.

Le projet de loi – s’il est adopté – amputera d’environ un milliard de shekels la somme collectée par les Israéliens sous couvert de revenus fiscaux et qu’ils transmettent aux Palestiniens – ce qui est l’équivalent de l’argent qui a été versé par Ramallah aux « familles des martyrs » et aux prisonniers en 2016.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas aux côtés de prisonniers relâchés accueille les foules à Ramallah en octobre 2013 (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas aux côtés de prisonniers relâchés accueille les foules à Ramallah en octobre 2013 (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Au début de la semaine, Netanyahu a accusé Abbas de mentir lorsqu’il dit vouloir la paix et « d’empoisonner » les esprits de jeunes Palestiniens dans un contexte d’efforts de paix résurgents des Etats-Unis.

« Le président palestinien Abbas dit au monde qu’il éduque les enfants palestiniens à la paix. C’est un mensonge », a tweeté Netanyahu dans une série de publications furieuses sur Tweeter, avant l’arrivée dans la région des deux hauts-conseillers délégués par la Maison Blanche Jared Kushner – qui est également le gendre du président américain Donald Trump – et l’envoyé spécial Jason Greenblatt.

Ces tweets sont survenus après que l’AP a donné le nom à une nouvelle place de Jénine du « martyr » Khaled Nazzal qui, a noté le Premier ministre, « était un chef terroriste palestinien qui a programmé le massacre de Maalot en 1974 lors duquel des terroristes palestiniens ont assassiné 22 enfants d’une école et quatre adultes ».

L’Observatoire des médias palestiniens a relevé le nom de cette place lundi, notant que Nazzal, membre du Front démocratique pour la libération de la Palestine, avait également programmé un enlèvement en 1974 qui s’était achevé par l’assassinat de 4 otages et qu’il avait été impliqué dans une fusillade à Jérusalem qui avait fait un mort et 47 blessés.

« Donner encore une fois le nom d’un meurtrier en série à une place publique enseigne aux jeunes Palestiniens à assassiner les Israéliens », a écrit Netanyahu dans d’autres tweets. « C’est absolument le contraire de la paix ».

« Président Abbas : Cessez d’empoisonner les esprits des jeunes Palestiniens. Eduquez à la paix, pas au terrorisme », a-t-il publié.

Les tweets de Netanyahu ont également affirmé que le parti du Fatah d’Abbas avait « revendiqué la responsabilité » de l’attentat terroriste survenu vendredi à Jérusalem lors duquel une jeune garde-frontière a été tuée, notant que le parti avait décoré de ses drapeaux « l’une des habitations du meurtrier ».

Le Fatah n’a pas revendiqué la responsabilité de l’attentat commis dans la Vieille ville mais l’une des pages de la formation a clamé que l’un des terroristes provenait de ses rangs, a annoncé l’observatoire des médias MEMRI, qui note aussi que le site internet du Fatah affirmait que ses proches ont confirmé cette information. Le Fatah a condamné à l’occasion de cet attentat Israël, coupable, selon lui, d’avoir tué les attaquants, qualifiant ces morts de « crime de guerre » et ne dénonçant pas leurs actions.

Cela fait très longtemps que l’AP et son parti au pouvoir du Fatah honorent les « martyrs » – un terme octroyé à ceux qui meurent entre les mains d’Israël, qu’il s’agisse de civils ou de terroristes, ces derniers étant souvent dépeints comme des soldats de la « résistance ».

L’ONU et la Norvège ont récemment retiré leur soutien à un centre pour les femmes de Cisjordanie après qu’il a été révélé qu’il avait été baptisé du nom d’une terroriste. De nombreuses institutions et espaces publics ont été nommés de façon similaire.

Au mois de décembre, le Fatah avait distingué les « opérations les plus remarquables » contre Israël – en référence aux attentats terroristes qui avaient tué 100 civils. Au mois d’octobre, il a salué un tireur qui avait tué deux Israéliens à Jérusalem.

La télévision palestinienne, notamment les programmes pour enfants, abondent de messages antisémites et anti-israéliens.

Cela fait longtemps que les responsables israéliens se plaignent du fait que les incitations et les soutiens offerts par l’AP – sous la forme d’éloges, de distinction et de paiements – aux familles des Palestiniens tués durant des attentats encouragent davantage le terrorisme.

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