Un Israélien court, fait du vélo et nage sur 226 km, finit premier, et dernier
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Interview

Un Israélien court, fait du vélo et nage sur 226 km, finit premier, et dernier

Le concurrent de l'Ironman, Ari Varon, effectue un parcours en solo pour se mettre au défi pendant la pandémie

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Ari Vroman s'est entraîné et a participé à un Ironman personnel à Tel-Aviv, dans le sillage du coronavirus (Autorisation : Ari Vroman)
Ari Vroman s'est entraîné et a participé à un Ironman personnel à Tel-Aviv, dans le sillage du coronavirus (Autorisation : Ari Vroman)

Il faut un esprit fort pour s’entraîner et participer à un Ironman – une course de triathlon ultra longue – mais il faut quelque chose d’encore plus indomptable pour le faire en solitaire.

Lorsque le coronavirus a frappé en mars, le triathlète Ari Varon a décidé de ne pas abandonner son entraînement.

Le 22 juin, il a terminé un triathlon de 226 kilomètres en 13 heures et 72 minutes, sous une chaleur de 30°C.

« C’est un accomplissement pour moi », commente Ari Varon, qui a commencé à s’entraîner et à participer à des triathlons au cours des derniers 18 mois. « Je n’étais pas en compétition contre quelqu’un d’autre. J’étais premier et dernier dans cette compétition. J’ai dit à mes enfants que c’est une compétition contre moi-même ».

Lorsque l’homme de 42 ans a finalement terminé ses courses de natation, de vélo et pédestre sur la promenade de Tel-Aviv le 22 juin, il a été accueilli sous une arche de ballons bleus et blancs par sa femme et ses trois fils, ainsi que par des dizaines d’enfants de l’école et de la maternelle de ses enfants, qui ont couru avec lui à la toute fin.

Maintenant, Ari Varon et sa femme, Miriam Warshaviak, sont en train de décider où donner les 2 260 dollars – 10 dollars par kilomètre – donnés par Ari Varon. Leur objectif est d’aider les enfants à utiliser le sport comme un moyen d’atteindre l’excellence et d’inspirer les autres.

« Je n’allais pas laisser le coronavirus m’arrêter », indique le coureur. « Il ne s’agissait pas seulement de faire l’Ironman, mais d’essayer de traduire cela selon ma propre vision. »

Un ami a même fait faire des T-shirts disant : « Le coronavirus arrête les compétitions, pas mon Aba (ou Ari, porté par sa femme). » Au dos du T-shirt d’Ari Varon, il était écrit : « Le corona ne m’a pas arrêté ».

Ari Varon, avec sa femme et leurs trois fils à la fin de sa course Ironman en solitaire à Tel Aviv, juin 2020 (Autorisation : Ari Varon)

L’athlète s’est entraîné à Tel-Aviv, où il vit avec sa famille. Il a nagé dans la piscine Gordon ou dans la mer, a fait une boucle de 30 kilomètres à vélo autour du parc HaYarkon ou de Ramat Hahayal, et a couru sur la plage – toujours pendant la journée, lorsque ses enfants étaient à l’école maternelle, au jardin d’enfants et à l’école primaire.

Ce chef d’une entreprise basée en Chine est un multitâche impressionnant. Il faisait du vélo pendant une heure tout en envoyant des messages vocaux ou en répondant à des appels professionnels, et faisait de même en courant ou en s’étirant, « avec des gens qui comprenaient ce que je faisais », dit-il.

Malgré cela, à chaque séance d’entraînement de plus de 90 minutes, il y avait au moins un moment où il se disait : « Qu’est-ce que je fais ? ».

« C’est assez naturel, apparemment », dit-il. « Vous surmontez cette sensation de folie. Vous réalisez juste que vous pouvez le faire. »

Comme il s’envole généralement pour la Chine une fois par mois, et qu’il est par ailleurs avec ses trois fils la plupart des après-midi alors que sa femme, interne en chirurgie, travaille au moins une fois par semaine en équipe de nuit et un week-end sur deux, il a l’habitude de répartir soigneusement son temps et d’exploiter au mieux chaque minute.

En janvier dernier, il a pris la résolution de se remettre à la course à pied.

Ari Varon, qui a réalisé une course Ironman concoctée par ses soins à Tel Aviv, juin 2020 (Autorisation : Ari Varon)

Né avec un pied-bot qui a été corrigé par une opération chirurgicale alors qu’il était bébé, on avait dit à ses parents qu’il ne courrait pas bien, mais Ari Varon leur avait depuis longtemps prouvé qu’ils avaient tort, jouant au base-ball, servant dans une unité de combat et courant des marathons.

Pourtant, il souffrait souvent de douleurs au pied droit et voulait corriger son entraînement. Un triathlon lui a semblé être la bonne façon de changer cela, avec des intervalles de course, de natation et de vélo.

Le premier triathlon Ironman complet qu’il a réalisé en juin dernier a été un succès, après qu’il s’est entraîné et amélioré en vélo et pris des cours de natation privés.

« Je viens de réaliser que j’aimais ça », confie-t-il. « J’ai aimé le temps passé seul, et quand on fait une heure ou plus d’entraînement, mon corps semble se gélifier ».

Il a également adapté son régime alimentaire à un régime cétogène d’aïkido, et a constaté qu’il se concentrait très clairement pendant ses séances d’entraînement, ce qui lui donnait le temps de résoudre ses problèmes et de travailler à être une meilleure personne et un meilleur père.

« Vous n’avez pas le temps de vous mentir à vous-même », explique-t-il.

Il a fait un triathlon en janvier 2019 – l’Israman à Eilat, l’équivalent israélien de l’Ironman. « Je me suis inscrit et je ne savais pas que c’était l’un des dix parcours d’Ironman les plus difficiles », commente l’athlète amateur.

Une fois qu’il l’a terminé avec succès, il voulait vivre l’expérience complète d’un vrai Ironman, et il s’est finalement inscrit le 5 juillet pour un en Autriche.

Et puis, le coronavirus s’est remis à frapper.

« Nous avons commencé à comprendre ce qui se passait. Nous pouvions voir l’Europe se fermer et toutes les annonces de concours annulés », rapporte-t-il.

Ari Varon, qui s’est confronté à lui-même à l’occasion d’une course Ironman en solitaire, retrouve ses trois fils à l’issue de son triathlon de 266 km. (Autorisation : Ari Varon)

Au début, il ne voulait pas s’entraîner tout seul. Mais il a commencé à se rendre compte que le fait de le faire seul représentait un défi d’un autre genre.

Il voulait être un modèle pour ses trois garçons, qui se blottissaient autour de son vélo d’appartement pendant les premiers jours des mesures de confinement.

Il a décidé de faire ce triathlon, non pas pour faire ses preuves auprès des autres ou même pour exceller et être le meilleur.

« Il s’agissait juste de le faire ».

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