Un logiciel israélien aide les dictatures à traquer dissidents et minorités
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Un logiciel israélien aide les dictatures à traquer dissidents et minorités

De l'Indonésie au Qatar en passant par le Mexique, une enquête de Haaretz révèle que les firmes israéliennes continuent de vendre leurs produits aux gouvernements

Image d'illustration d'un code conceptuel de cyber-attaque (Crédit : DaLiu/iStock by Getty images)
Image d'illustration d'un code conceptuel de cyber-attaque (Crédit : DaLiu/iStock by Getty images)

Israël est devenu l’un des principaux pays exportateurs de logiciels-espions et autres types de cyber-technologies offensives. Selon un reportage paru vendredi dans le quotidien Haaretz, alors que les entreprises israéliennes présentent leurs produits comme des outils à utiliser dans la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé, ils ont aussi été exploités dans de nombreux cas par les dictatures pour espionner leurs dissidents.

Les produits de la firme israélienne Verint, par exemple, ont aidé les autorités du Mozambique à combattre une série d’enlèvements et, au Botswana, à lutter contre le braconnage illégal. Mais selon d’anciens employés de plusieurs entreprises qui se sont entretenus avec le journal, dans des pays comme l’Indonésie, les outils de traçage ont également aidé les gouvernements à rassembler des dossiers criminels contre les gays et les minorités locales qui ont alors dû répondre à des inculpations pour homosexualité ou hérésie, considérés comme des crimes par les autorités.

Certains des produits, comme le logiciel cheval de Troie Pegasus de NSO, entreprise basée à Herzliya Pituach, sont très populaires. Pegasus permet aux gouvernements de traquer les téléphones cellulaires des citoyens, d’écouter les appels ou les conversations tenues à proximité des téléphones. Le logiciel a été impliqué dans le traçage des personnes critiques du gouvernement, au Mexique, ces dernières années.

L’enquête, basée sur 100 sources dans 15 pays – et notamment auprès de nombreux employés anciens et actuels de compagnies israéliennes qui fabriquent ces produits – ont conclu que les instances régulatoires israéliennes qui sont supposées garantir que les exportations ne sont pas utilisées à des desseins illégaux ou immoraux par les gouvernements clients ne bloquent pas les ventes, même lorsqu’il y a des preuves claires d’abus.

Certaines études portant sur l’exploitation des logiciels-espions israéliens suggèrent que les produits sont dorénavant déployés par les agences d’État dans 130 pays, notamment dans certains qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques avec l’Etat juif, comme les nations du Golfe arabe – Qatar, Bahreïn et Emirats arabes unis – ainsi que les nations affichant de mauvais bilans en termes de droits de l’Homme comme le Swaziland, le sud-Soudan ou l’Angola.

Les bureaux de Verint à Herzliya, en Israël, le 28 janvier 2016 (Crédit : AP Photo/Dan Balilty)

« Je ne peux pas limiter les actions du client », a dit un employé, cité sous le pseudonyme de « roi » pour conserver son identité secrète.

« Je ne peux pas vendre à quelqu’un une Mercedes puis lui dire de ne pas dépasser les 100 kilomètres à l’heure. La vérité est que les entreprises israéliennes ignorent comment leur système sera utilisé une fois vendu ».

Un autre ancien employé, »Tal », a raconté comment une question théorique dans un exercice de formation a entraîné des conséquences immorales dans la réalité. « Je formais des clients à l’utilisation du logiciel Verint en Azerbaïdjan », a raconté Tal. « Un jour, les élèves sont venus me voir pendant une pause et ils m »ont demandé comment ils pouvaient utiliser le logiciel pour déterminer la préférence sexuelle de quelqu’un sur Facebook. Ce n’est que plus tard, quand j’ai lu sur le sujet, que j’ai découvert que le pays était connu pour avoir persécuté la communauté LGBT. Soudainement, les choses m’ont paru évidentes ».

Les logiciels israéliens sont célèbres chez les gouvernements du Golfe persique, a dit la source. « Ils savent que les meilleures technologies viennent d’Israël ».

Les prouesses technologiques ne sont pas un accident. L’éclatement de la bulle high-tech, en l’an 2000, a été accompagné par le début de la Seconde intifada, ce qui a entraîné une crise simultanée dans l’industrie technologique privée ainsi qu’un renforcement de la dépense israélienne en termes de défense. Cette combinaison a amené les meilleurs programmeurs à travailler dans les industries de défense, aidant à construire la cyber-industrie offensive et défensive qui existe aujourd’hui en Israël, pays leader dans ce domaine.

Il est impossible de savoir si, actuellement, les régulateurs israéliens pourraient stopper les flux de ce type de produits s’ils le souhaitaient. Un grand nombre de firmes technologiques israéliennes ont ouvert des filiales européennes pour vendre ces technologies sensibles dans des pays comme Chypre et la Bulgarie.

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