Un navire commercial israélien cible d’une attaque ; Israël ne ripostera pas
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Un navire commercial israélien cible d’une attaque ; Israël ne ripostera pas

Un responsable a déclaré au New York Times que Jérusalem cherche à désamorcer la situation dans le golfe Persique après l'explosion à Natanz et une série d'attaques maritimes

Archives : le navire commercial israélien MV Hyperion Ray au départ de la Slovénie, en octobre 2020. (Capture d'écran YouTube)
Archives : le navire commercial israélien MV Hyperion Ray au départ de la Slovénie, en octobre 2020. (Capture d'écran YouTube)

Un navire appartenant à une société israélienne aurait été la cible d’une attaque près des côtes des Emirats arabes unis, au large de l’Iran, rapportaient mardi soir des médias, au moment où Téhéran et l’Etat hébreu semblent engagés dans une nouvelle escalade sur mer. Mais Jérusalem a fait savoir qu’il ne riposterait pas et souhaite tempérer les tensions avec l’Iran.

Citant des sources sécuritaires israéliennes ayant requis l’anonymat, la Douzième chaîne israélienne a indiqué que le navire Hyperion Ray, battant pavillon des Bahamas, avait été « légèrement endommagé » mardi matin par des tirs, probablement iraniens, près du port émirati de Fujairah. Cette attaque n’a pas été revendiquée mais les autorités israéliennes estiment que l’Iran en est à l’origine, selon les médias israéliens.

Ces informations interviennent après la publication par la chaîne libanaise al-Mayadeen, jugée proche de la Syrie et de l’Iran, d’informations faisant état d’une attaque contre le navire Hyperion Ray, battant pavillon des Bahamas mais exploité par la société israélienne Ray Shipping qui avait été la cible en février dernier d’une attaque similaire.

Le MV Helios Ray, qui transportait des véhicules, effectuait le trajet entre la ville saoudienne de Dammam et Singapour, au moment de l’explosion à bord survenue au large du sultanat d’Oman, selon Dryad Global, société spécialisée dans la sécurité maritime.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait accusé l’Iran d’être à l’origine de cette attaque, ce que Téhéran avait nié.

En mars, l’Iran avait dénoncé le « sabotage » en Méditerranée d’un porte-conteneurs appartenant à la société iranienne IRISL.

Interrogés mardi soir par l’AFP, le bureau de Netanyahu et l’armée israélienne n’ont pas fait de commentaires. Et il n’a pas été possible de joindre des responsables de la société de transport maritime Ray Shipping, basée à Tel-Aviv.

Toutefois, des sites de traçage de navires géolocalisaient mardi en journée le Hyperion Ray à une trentaine de kilomètres des côtes émiraties, à la sortie du stratégique détroit d’Ormuz, face à l’Iran.

Ce nouvel incident présumé intervient alors que l’Iran a accusé lundi Israël d’être à l’origine de l’attaque de son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, l’un des centres névralgiques du programme nucléaire de la République islamique, promettant une « vengeance [contre les] sionistes ».

Ces incidents, dans lesquels « Israël a joué un rôle » selon des sources de renseignements israélien et américain citées par le New York Times, interviennent à l’heure où des pourparlers sont prévus cette semaine à Vienne pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 auquel Israël est farouchement opposé.

L’article cite également un responsable américain affirmant qu’Israël a demandé ces derniers jours à Washington de l’aider à protéger le Hyperion Ray.

Les médias israéliens ont déclaré que le tir de missile n’avait fait aucun blessé et occasionné uniquement des dégâts mineurs. Le navire était en route pour les Émirats arabes unis depuis le Koweït, selon la Douzième chaîne.

Un porte-parole de l’Hyperion Ray a déclaré qu’il n’y avait aucun dégât et que le navire continuait sa route.

L’émirat de Fujairah se trouve sur la côte orientale des Émirats arabes unis, sur le golfe d’Oman, en face du golfe Persique et près du détroit d’Ormuz.

L’Iran a menacé de se venger de l’attaque de son site nucléaire de Natanz, qu’il impute à Israël.

Téhéran et Jérusalem sont engagés dans une guerre maritime parallèle, chaque partie accusant l’autre d’avoir fait exploser des navires, ce qui constitue un nouveau front dans ce conflit qui se déroulait auparavant sur terre, dans les airs et au moyen d’espionnage et de cyberattaques présumés.

Une embarcation suspecte à la poupe du navire iranien « Saviz » en mer Rouge en 2018. (Capture d’écran vidéo d’Al Arabiya/File)

Le MV Saviz, un cargo iranien qui servirait de base flottante aux forces paramilitaires des Gardiens de la révolution iraniens au large des côtes du Yémen, a été frappé par une explosion mardi dernier, probablement due à une mine magnétique.

Ces derniers mois, au moins deux cargos israéliens ont été endommagés lors d’attaques attribuées à l’Iran, l’un dans le golfe d’Oman et l’autre alors qu’il faisait route vers l’Inde.

L’installation nucléaire iranienne de Natanz a été touchée par une attaque présumée dimanche. Israël a été tenu pour responsable de l’attaque qui a endommagé des centrifugeuses, bien qu’il n’ait pas revendiqué cet acte.

Un haut responsable iranien a confirmé que l’explosion a détruit ou endommagé des milliers de centrifugeuses utilisées pour enrichir l’uranium. Alireza Zakani, chef du centre de recherche du Parlement iranien, a parlé de « plusieurs milliers de centrifugeuses endommagées et détruites » dans une interview à la télévision d’État. Toutefois, aucun autre responsable n’a avancé ce chiffre et aucune image des conséquences de l’attaque n’a été diffusée.

Ces remarques semblent confirmer les rapports israéliens indiquant que les dégâts sont considérables et que l’Iran aura beaucoup de mal à rétablir son niveau d’enrichissement dans les mois à venir.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a déclaré mardi que si l’Iran détermine que l’État juif est à l’origine de l’attaque de Natanz, « alors Israël aura sa réponse et verra quelle stupidité il a commise. »

Par une attaque sur le complexe de Natanz – si elle était confirmée – Israël pourrait chercher à faire dérailler les négociations en cours sur le nucléaire iranien, ont souligné lundi des analystes.

L’incident a menacé de faire échouer les négociations en cours entre l’Iran et les puissances mondiales visant à sauver l’accord nucléaire de 2015 en lambeaux. L’administration Biden a entamé des discussions indirectes avec l’Iran au sujet de l’accord la semaine dernière.

Cette photo satellite de Planet Labs Inc. montre l’installation nucléaire iranienne de Natanz, le 7 avril 2021. (Planet Labs Inc. via AP)

À la suite de l’attaque de Natanz, l’Iran a déclaré mardi qu’il allait commencer à enrichir de l’uranium jusqu’à une pureté de 60 %, ce qui est bien plus élevé que ce que le programme a jamais fait auparavant. Le négociateur nucléaire iranien Abbas Araghchi a été cité par l’agence de presse publique IRNA comme ayant déclaré que l’Iran augmenterait son taux d’enrichissement de 20 % actuellement en réponse à l’attaque du week-end. L’Iran serait ainsi à une courte distance technique des niveaux de qualité militaire.

L’agence a également cité Araghchi, qui a déclaré que l’Iran installerait 1 000 centrifugeuses supplémentaires à Natanz, sans donner plus de détails.

Un reportage de la télévision israélienne a toutefois indiqué mardi que l’Iran aura du mal à enrichir à ces niveaux, car Natanz reste hors-service.

L’incident de Natanz avait d’abord été décrit comme une panne du réseau électrique alimentant les ateliers en surface et les salles d’enrichissement souterraines, mais les responsables iraniens ont ensuite commencé à y faire référence comme à une attaque.

Lundi, un responsable iranien a reconnu que l’explosion avait mis hors service le principal système d’alimentation électrique de la centrale et son système de secours. « D’un point de vue technique, le plan de l’ennemi était plutôt beau », a déclaré lundi à la télévision d’État iranienne Fereydoon Abbasi Davani, le chef de la commission de l’énergie du Parlement iranien.

« Ils y ont pensé et ont fait appel à leurs experts pour planifier l’explosion de manière à ce que le câble d’alimentation centrale et le câble d’alimentation de secours soient tous deux endommagés. »

Selon les médias, une bombe, déclenchée à distance, a provoqué la panne et endommagé la centrale.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré que l’explosion avait endommagé certaines des centrifugeuses IR-1 de première génération, qui constituent le cheval de bataille du programme nucléaire iranien. Un ancien chef des gardiens de la révolution iranienne a déclaré mardi que l’assaut avait déclenché un incendie, tandis qu’un porte-parole du programme nucléaire civil a évoqué une « possible explosion mineure ».

Un responsable américain a déclaré au New York Times qu’Israël a qualifié l’attaque sur Natanz de représailles pour les plusieurs attaques sur des navires de transport appartenant à Israël ces dernières semaines.

Plus tôt dans la journée de mardi, un reportage de la Douzième chaîne a indiqué que les services de sécurité israéliens se préparaient à d’éventuelles représailles iraniennes et avaient relevé les niveaux de sécurité dans les ambassades du monde entier.

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