Israël en guerre - Jour 199

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Un orateur israélien malmené au musée de la Shoah de LA après l’annulation d’un événement à l’UC Berkeley

Vétéran de Tsahal et directeur adjoint du Kohelet Policy Forum, Ran Bar-Yoshafat affirme que la violence devant laquelle les doyens d'universités ont capitulé est sans précédent

Des manifestants pro-palestiniens et pro-israéliens s'affrontent avant le discours de Ran Bar-Yoshafat, réserviste et défenseur israélien dont le discours à l'Université de Californie à Berkeley, a été perturbé, à Los Angeles, 29 février 2024. (Crédit : Jacob Gurvis/JTA)
Des manifestants pro-palestiniens et pro-israéliens s'affrontent avant le discours de Ran Bar-Yoshafat, réserviste et défenseur israélien dont le discours à l'Université de Californie à Berkeley, a été perturbé, à Los Angeles, 29 février 2024. (Crédit : Jacob Gurvis/JTA)

LOS ANGELES (JTA) – En sa qualité de membre de l’armée israélienne s’exprimant régulièrement au nom d’Israël, Ran Bar-Yoshafat est habitué à se faire chahuter par des manifestants anti-israéliens, en particulier sur les campus.

Pour autant, il assure que ce qui lui est arrivé à l’Université de Californie à Berkeley, cette semaine, – sa conférence a été annulée en raison d’une manifestation qui a donné lieu à des violences – est d’un tout autre niveau.

« Ils laissent les voix les plus violentes s’exprimer, et font taire celles qui veulent parler posément », explique Bar-Yoshafat à la Jewish Telegraphic Agency. « Je n’ai même pas pu dire : « Bonjour, je m’appelle Ran ». »

La conférence de Bar-Yoshafat, jeudi dernier, au Los Angeles’ Holocaust museum [NDLT : musée de la Shoah de Los Angeles], trois jours après l’incident de Berkeley, s’est déroulée sans problème – malgré la présence, dehors, de plusieurs dizaines de manifestants qui se sont affrontés à des manifestants pro-israéliens arrivés plus tard.

« Nous ne protestons pas contre le musée de la Shoah », a déclaré par haut-parleur l’une des meneuses de la manifestation, au tout début du rassemblement. « Nous protestons contre la présence d’un soldat de Tsahal. »

Elle s’est assurée que le groupe connaissait le nom de Bar-Yoshafat, puis a entonné des slogans tels que « Yoshafat, ne te caches pas, tu as commis un génocide ».

Les soldats et anciens soldats israéliens font face à des manifestations, dans le monde entier, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, ouverte, le 7 octobre, par l’attaque du Hamas qui a tué 1 200 personnes dans le sud d’Israël, essentiellement des civils, et fait 253 otages, dont 130 sont encore aujourd’hui séquestrés dans la bande de Gaza.

Ran Bar-Yoshafat s’exprime sur l’antenne de la Quatorzième chaîne israélienne, en septembre 2022. (Utilisé conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

En Angleterre, le rabbin d’une université parti rejoindre la réserve a été menacé de mort à son retour. Au Canada, une athlète et championne qui devait prendre la parole à l’occasion de la Journée internationale de la femme a vu son intervention annulée en raison de son service dans l’armée israélienne il y a de cela des années. Et des événements avec des soldats de Tsahal organisés par des organisations pro-israéliennes sur les campus ont donné lieu à des manifestations partout aux États-Unis, comme à l’Université de Georgetown et à SUNY New Paltz cette semaine.

Bar-Yoshafat est non seulement un réserviste qui a récemment passé 100 jours à combattre à Gaza, mais aussi un fervent défenseur de la cause israélienne aux États-Unis depuis, et ce, depuis des dizaines d’années. (Il est également directeur adjoint du Kohelet Policy Forum, think tank conservateur de Jérusalem à l’origine de la refonte judiciaire qui a divisé les Israéliens l’an dernier.)

C’est dire s’il a déjà fait face à des manifestations. Il se souvient d’ailleurs d’un incident survenu à l’Université de Californie à Davis il y a de cela environ 12 ans, lorsque des manifestants avaient interrompu un de ses discours. Il explique que l’université avait à l’époque géré la situation sans heurts et permis à l’événement de se poursuivre.

« Les gens ne sont pas obligés de m’aimer », explique-t-il. « Ils peuvent venir et manifester – même si c’est, à mon sens, immature -, mais c’est leur droit. »

Ce qui s’est passé à Berkeley, dit-il, est d’une autre nature. Son discours a été interrompu lorsque des centaines de manifestants pro-palestiniens ont investi les lieux, brisé des fenêtres et, selon certains témoignages, attaqué physiquement des étudiants. Le lieu du discours de Bar-Yoshafat avait été déplacé, mais la police de l’université a décidé de l’évacuer en toute dernière minute, au motif qu’elle ne pouvait pas garantir la sécurité des étudiants. La police de l’UC Berkeley mène l’enquête sur ce qui s’est passé.

Bar-Yoshafat se dit « surpris par l’ampleur de leur violence » et par Berkeley, qu’il imaginait mieux préparée sur les questions de sécurité.

« Ils ont attaqué physiquement des étudiants, leur ont craché dessus, les ont agressés verbalement et physiquement », affirme-t-il. « Et l’université m’a puni. Je n’ai pas pu dire un mot. »

Campus sur lequel des étudiants militants ont, dans les années 1960, fondé un mouvement favorable à la liberté d’expression prônant un discours politique libre sur le campus à l’origine d’une vague de désobéissance civile étudiante, Berkeley a connu de multiples troubles ces dernières années à l’occasion de la venue d’orateurs de droite.

Les manifestations liées à la venue du provocateur d’extrême droite Milo Yiannopoulos, en 2017, ont causé des dégâts estimés à 100 000 dollars, et six personnes ont été arrêtées lors de manifestations contre le discours prononcé en 2019 par la commentatrice Ann Coulter.

Bar-Yoshafat a fini par donner une petite conférence ailleurs dans Berkeley. Et jeudi soir, il s’est adressé à près de 70 personnes dans les locaux du musée de la Shoah de Los Angeles.

Jen Stock, directrice régionale du Club Z de Los Angeles, organisation de jeunesse sioniste instigatrice de l’événement, a expliqué à la JTA que le calendrier de la conférence avait été modifié afin que les visiteurs du musée ne soient pas perturbés par la présence des manifestants.

Le musée avait son équipe de sécurité habituelle, appuyée par des membres de la police de Los Angeles, arrivés quelques instants avant le début d’une manifestation pro-palestinienne organisé dans le parc juste devant le musée. Les participants devaient se faire enregistrer auprès des services de sécurité pour pouvoir entrer à l’intérieur du bâtiment.

Les manifestants, dont certains représentaient le Palestinian Youth Movement, sont arrivés avec des drapeaux palestiniens, des pancartes et des mégaphones. Nombre d’entre eux portaient des keffiehs et autres couvre-visages, et un, en particulier, une poupée barbouillée de faux sang.

La trentaine de manifestants a scandé des slogans inspirés de « Libérez la Palestine » et d’autres, ouvertement anti-israéliennes, dont certaines mentionnaient Bar-Yoshafat et le président américain Joe Biden.

Les tensions sont montées d’un cran lorsqu’un petit groupe de contre-manifestants pro-israéliens est arrivé, agitant des drapeaux israéliens et américains. Les deux camps ont commencé à s’invectiver, à se traiter mutuellement de nazis et de terroristes, sans compter des obscénités.

Un manifestant pro-palestinien, qui a refusé de décliner son identité, s’est présenté comme un vétéran de l’armée américaine fatigué du soutien américain à Israël.

« Comment diable les États-Unis peuvent-ils soutenir le meurtre de femmes et d’enfants ? », a-t-il demandé. « C’est impardonnable. »

Un contre-manifestant israélien, qui a lui aussi refusé de décliner son identité, a déclaré que les militants pro-palestiniens avaient subi un lavage de cerveau et ajouté, sans preuves, qu’on les avait payés pour manifester.

« Ils ne sont jamais allés à Gaza », a-t-il dit. « Ils sont payés pour être ici. »

À plusieurs reprises au cours de la manifestation, qui a duré environ deux heures, les membres des camps pro-palestiniens et pro-israéliens se sont invectivés, mais il n’y ait pas eu de violences si ce n’est une bousculade.

Les agents de la police de Los Angeles sont restés à l’extérieur du musée, braquant des lampes torche sur la foule pour dissuader les échauffourées.

Michael Weintraub, qui vit à Los Angeles et a assisté au discours de Bar-Yoshafat, s’est dit au courant de l’incident de Berkeley avant de qualifier les manifestants de la conférence de Los Angeles « d’égarés ».

« Leurs idées les amènent à voir des choses quasi-imaginaires », a-t-il indiqué.

Selon Bar-Yoshafat, les soldats israéliens dont les conférences ont été annulées, perturbées ou remplacées par des événements en ligne souffrent d’une restriction de leur liberté d’expression – question qu’il examinera le moment voulu.

« Je venais ici pour parler de mon expérience à Gaza », dit-il. « Quand je retournerai en Israël, je dirai ce que j’ai vécu ici, en Amérique. »

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