Un projet israélien décrié sur les appels à la prière remis sur les rails
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Un projet israélien décrié sur les appels à la prière remis sur les rails

Le texte interdirait désormais l'usage de haut-parleurs par des établissements religieux entre 23H00 et 7H00 du matin

Des Palestiniennes devant le Dôme du Rocher dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem avant la prière du vendredi, le 23 octobre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)
Des Palestiniennes devant le Dôme du Rocher dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem avant la prière du vendredi, le 23 octobre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)

Une proposition de loi israélienne visant à limiter le volume des appels à la prière des mosquées est de nouveau sur les rails après avoir été amendée pour ne pas affecter le culte juif, ont indiqué des sources officielles mercredi.

Le ministre de la Santé Yaakov Litzman, juif ultra-orthodoxe (c’est-à-dire strict observant des lois du judaïsme), faisait obstacle au texte, inquiet que la loi ne se retourne contre les juifs et l’usage de la sirène le vendredi soir pour appeler au Shabbat, le repos hebdomadaire.

Mais le projet de loi a été amendé pour prendre en compte ces réserves, ouvrant la voie à son examen par le Parlement, a dit à l’AFP le porte-parole du ministre.

Le texte interdirait désormais l’usage de haut-parleurs par des établissements religieux entre 23H00 et 7H00 du matin, a-t-il dit. Ainsi il n’aurait plus d’incidence sur l’appel au shabbat.

Le projet indigne la minorité arabe d’Israël (environ 17 % de la population), très majoritairement musulmane, et les Palestiniens.

Les promoteurs du texte le défendent en invoquant la tranquillité des citoyens, et en faisant valoir que les haut-parleurs servent dans certains cas à diffuser des messages de haine.

Officiellement, il s’appliquerait à toutes les religions. En réalité, personne, y compris côté israélien, ne conteste qu’il ferait surtout taire les haut-parleurs des mosquées aux horaires retenus par la loi.

Pour les Palestiniens, le projet est une atteinte supplémentaire à leurs droits, voire un acte raciste.

Des centaines d’Arabes israéliens et Palestiniens de la bande de Gaza ont manifesté vendredi.

Khaled Meshaal, le dirigeant politique du groupe terroriste du Hamas, a déclaré dimanche dans un communiqué adressé à l’agence de presse officielle turque Anadolu que le projet de loi israélien « joue avec le feu ».

« Ce que l’état israélien d’occupation fait à la mosquée Al-Aqsa, ainsi qu’en empêchant l’appel à la prière à Jérusalem, c’est jouer avec le feu, a-t-il déclaré. Ceci a créé une réaction féroce dans la communauté palestinienne, et dans toute la nation islamique. »

Meshaal a ajouté, faisant écho à une déclaration faite ce mois-ci, qu’il ne pouvait pas y avoir de « stabilité dans la région sans que les Palestiniens jouissent de leurs droits et sans départ de l’occupation. »

Selon le vice-Premier ministre turc, Numan Kurtulmus, le projet de loi « est une insulte à la culture, au passé et à l’histoire de Jérusalem »

« Pendant des siècles, le son des cloches des églises, les ‘Allah Akbar’ s’élevant des mosquées et les prières devant le mur des lamentations se sont mêlés à Jérusalem », a ajouté Kurtulmus, qui est aussi le porte-parole du gouvernement.

Les détracteurs du projet soulignent aussi que des lois existent déjà contre les excès sonores.

Le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan a suggéré lundi que le projet de loi visant à faire taire les mosquées de nuit est inutile, déclarant qu’il existe déjà des lois contre la pollution sonore, largement inappliquées, qui seraient « certainement » suffisantes pour arrêter les appels à la prière dérangeant les résidents d’Israël.

Erdan a déclaré qu’il « n’y a pas d’application suffisante », et a annoncé avoir évoqué la question avec le chef de la police.

Il a également appelé au dialogue entre les politiques et les dirigeants musulmans afin d’obtenir des accords pour baisser le volume des appels à la prière, plutôt que d’imposer une solution par la législation.

Le texte avait franchi une première étape le 13 novembre en obtenant le feu vert d’une commission gouvernementale, avant d’être bloqué par le ministre de la Santé. Il a été soutenu par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la tête de l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d’Israël.

La nouvelle version du texte sera « probablement » soumise à un vote préliminaire au Parlement la semaine prochaine, a dit un porte-parole du président de la Knesset, Yuli Edelstein.

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