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Un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU accuse Israël d’apartheid

Le ministère des Affaires étrangères affirme que le rapporteur spécial est partial et recycle "des diffamations infondées" ; ces accusations font écho à celles d'Amnesty

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Maryam Banat, 67 ans, mère de l'opposant à l’Autorité palestinienne, Nizar Banat, brandit une affiche avec sa photo lors d’un rassemblement pour protester contre sa mort aux mains des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 3 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)
Maryam Banat, 67 ans, mère de l'opposant à l’Autorité palestinienne, Nizar Banat, brandit une affiche avec sa photo lors d’un rassemblement pour protester contre sa mort aux mains des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 3 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

Le Rapporteur spécial des Nations Unies, Michael Lynk, a accusé Israël d’apartheid dans un rapport remis, mardi, au Conseil des droits de l’homme, à Genève.

« À la face de la communauté internationale, Israël a imposé à la Palestine la réalité d’un apartheid au sein d’un monde post-apartheid », a écrit Lynk, dont le titre complet est Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Lynk doit publier officiellement son rapport ce jeudi, avant un débat sur le point 7 de l’ordre du jour, le point permanent du Conseil des droits de l’Homme réservé aux violations, par les Israéliens, des droits de l’homme des Palestiniens et des Arabes.

Il s’agit du dernier rapport de Lynk au titre de son mandat de six ans.

« Un système politique, fortement enraciné dans le territoire palestinien occupé, qui permet de donner à un groupe racial, national et ethnique des droits, avantages et privilèges substantiels, tout en imposant volontairement à un autre groupe une vie derrière des murs, des postes de contrôle et un régime militaire permanent… satisfait à la norme de preuve en vigueur pour l’existence de l’apartheid », a écrit Lynk.

L’universitaire canadien a fait valoir qu’Israël poursuivait une stratégie de « fragmentation stratégique du territoire palestinien en zones distinctes de contrôle de la population, avec Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est physiquement séparées les unes des autres ».

Michael Lynk informe les journalistes au siège de l’ONU, à New York, le 26 octobre 2017. (Kim Haughton/ONU)

Israël utiliserait Gaza, a affirmé Lynk, pour « le stockage indéfini d’une population indésirable de deux millions de Palestiniens ».

La délivrance de milliers de permis de travail permettant à des travailleurs palestiniens de Cisjordanie et Gaza de travailler en Israël équivaut, selon le rapport, à « l’exploitation du travail d’un groupe racial ».

Lynk estime également que « la torture continue, dans les faits, d’être utilisée par Israël contre les Palestiniens en détention ».

Le rapport, dont le texte principal ne mentionne pas les groupes terroristes du Hamas ni du Jihad islamique, estime qu’Israël « doit coopérer de bonne foi avec les dirigeants palestiniens pour mettre fin à l’occupation et mettre en œuvre la solution à deux États ».

Israël et les organisations juives ont fustigé Lynk pour son hostilité à Israël, dénonçant un rapport sans fondement.

Un homme armé assiste aux funérailles de trois Palestiniens, à Naplouse, en Cisjordanie, le 8 février 2022. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH/AFP)

« L’auteur de ce rapport est bien connu pour ses opinions anti-israéliennes ouvertes et préoccupantes », a relevé la mission israélienne auprès de l’ONU, à Genève, dans un communiqué. « Ce rapport y est totalement fidèle. »

Le communiqué a ajouté qu’aucun rapport sur Israël ne pouvait être pris au sérieux « si les défis et menaces sécuritaires auxquels sont confrontés quotidiennement les Israéliens – y compris la minorité non juive de 20 % – n’étaient pas pris en compte ».

« Ce rapport recycle des diffamations scandaleuses et dépourvues de fondement déjà publiées par des ONG partageant le même objectif que l’auteur de ce rapport : délégitimer et criminaliser l’État d’Israël pour ce qu’il représente, l’État-nation des Juifs, avec des droits égaux pour tous les citoyens, indépendamment de leur religion, de leur race ou de leur sexe », a déclaré Meirav Eilon Shahar, ambassadrice d’Israël auprès des Nations Unies à Genève.

Arsen Ostrovsky, PDG du Forum juridique international, a décrit le rapport de Lynk comme le « dernier opus en date d’une série de rapports unilatéraux et sans fondement, vilipendant Israël et s’attaquant à l’existence même d’Israël en tant qu’État juif ».

Des manifestants palestiniens renvoient une bombe lacrymogène tirée par les soldats israéliens lors d’une manifestation près de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 28 juin 2019 (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

« Le poste de rapporteur du Conseil des droits de l’Homme pour les Palestiniens est un mandat unilatéral où la diabolisation active d’Israël et la promotion du BDS sont des pré-requis pour le poste », a déclaré Anne Herzberg de NGO Monitor, qui suit les organisations à but non lucratif anti-israéliennes.

« À l’instar de ses précédents rapports, il a promu le mot anti-israélien à la mode -en ce moment, c’est l’apartheid -. Et comme dans tous ses autres rapports, il a donné une interprétation très tendancieuse du droit international, grossièrement déformé les faits et utilisé des tropes antisémites. »

Les organisations de défense des droits de l’Homme qui ont sévèrement critiqué Israël dans des termes comparables au rapport de Lynk ont salué ses conclusions.

« Les conclusions du Rapporteur spécial constituent une contribution importante et opportune au consensus international selon lequel les autorités israéliennes commettent un apartheid contre le peuple palestinien », a déclaré Saleh Higazi, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Le rapport détaille comment Israël a établi un système d’oppression à motivation raciale contre les Palestiniens, explicitement conçu pour maintenir la domination juive israélienne et maintenu par de graves violations des droits de l’Homme. »

Des travailleurs palestiniens de la ville de Hébron, en Cisjordanie, avec leurs effets personnels, pénètrent en Israël par le trou d’une clôture de sécurité, près de la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 31 janvier 2021. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

En février, Amnesty International avait publié son propre rapport accusant Israël d’apartheid.

Israël a qualifié ce rapport de « faux, biaisé et antisémite », accusant l’organisation de mettre en danger la sécurité des Juifs dans le monde entier.

« Allons, c’est absurde », avait tweeté l’ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, en réaction à ce rapport.

En janvier, le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, avait averti qu’Israël ferait face à d’intenses campagnes pour le qualifier d’État d’apartheid en 2022.

« Nous pensons qu’il y aura cette année une controverse sans précédent, vénéneuse et radioactive, autour de l’accusation ‘Israël, État d’apartheid’ », avait déclaré Lapid lors d’une réunion via Zoom avec des journalistes israéliens.

« En 2022, la menace va prendre corps. »

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