Un responsable de l’AP craint que Washington, comme Netanyahu, puisse renforcer le Hamas au détriment de l’AP
Ces inquiétudes ont été exprimées au ToI après que Jared Kushner a rencontré le chef du Hamas et le Premier ministre, tout en ignorant Ramallah ; selon un conseiller de Donald Trump, l’AP devrait se concentrer sur les réformes
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Mardi, un haut responsable de l’Autorité palestinienne (AP) a exprimé son « inquiétude » face à ce qu’il a qualifié de « reproduction » par les États-Unis de la stratégie du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à renforcer le groupe terroriste palestinien du Hamas au détriment de l’AP.
Ces propos, tenus auprès du Times of Israel, sont intervenus deux jours après que l’émissaire américain Jared Kushner a eu un entretien rare en personne avec le chef du Hamas, Khalil al-Hayya, en Égypte, avant de se rendre à Jérusalem pour s’entretenir avec Netanyahu. Kushner ne s’est toutefois pas arrêté à Ramallah pour rencontrer des représentants de l’AP, que l’administration Trump a largement mise à l’écart.
« L’AP peut jouer un rôle crucial dans la stabilisation de la situation à Gaza et en Cisjordanie et ne doit pas être ignorée », a déclaré ce responsable palestinien sous couvert d’anonymat.
Ce responsable a rappelé comment les gouvernements successifs de Netanyahu ont autorisé des versements du Qatar au Hamas, ce qui a permis de renforcer ce groupe terroriste, alors même que Jérusalem se désengageait progressivement de l’AP, plus modérée et favorable à une solution à deux États, et prenait des mesures pour la délégitimer.
Le responsable a pris soin de ne pas critiquer explicitement l’administration Trump, Ramallah ayant vraisemblablement conscience de son influence limitée pour le moment.
Interrogé mardi lors d’un extrait d’une interview diffusée sur Fox News sur la possibilité que les États-Unis reconnaissent un État palestinien, Kushner a écarté cette idée pour le moment, tout en critiquant l’AP.
« Avant même de pouvoir parler de la nature politique d’un État, ce que nous voulons voir, c’est que les Palestiniens soient capables de se gouverner eux-mêmes. En ce qui concerne l’Autorité palestinienne, elle est très loin de répondre aux critères que nous exigeons pour qu’une entité puisse prétendre au statut d’État », a déclaré Kushner.
« Elle doit mener de nombreuses réformes, ce sur quoi les Saoudiens, les Français et tout le monde s’accordent avec nous. Les gouvernements s’emploient actuellement à définir l’ensemble des réformes appropriées. »
« Quant à savoir s’ils le feront vraiment, c’est une autre question. Cela fait maintenant une dizaine d’années qu’ils promettent des réformes », a ajouté Kushner en référence à l’AP.
Il a rappelé que les États-Unis avaient mis en place un comité technocratique pour gouverner la bande de Gaza après la guerre, à la place du Hamas, et a ajouté : « Peut-être pourrons-nous évoquer une perspective politique plus tard », si le nouveau comité démontre sa capacité à gérer efficacement l’enclave.
Le plan américain pour la bande de Gaza prévoit que cet organe, le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), transfère le contrôle de l’enclave à l’AP une fois que celle-ci aura mené à bien une série de réformes.
Le responsable de l’AP a insisté sur le fait que Ramallah s’efforçait de mettre en œuvre ces mesures, mais qu’elle était considérablement entravée par une liste croissante de mesures punitives prises par le gouvernement Netanyahu, qui, selon lui, ont conduit l’économie de la Cisjordanie au bord de l’effondrement.
Le responsable a, par exemple, indiqué que l’AP avait réformé ses manuels scolaires suite aux accusations d’Israël selon lesquelles ceux-ci contenaient depuis longtemps des incitations à la haine contre les Juifs.
Selon l’étude publiée en novembre 2025 sur les manuels scolaires utilisés par l’AP, il n’y avait eu aucun changement dans les contenus, malgré les promesses de réforme formulées par Ramallah.
L’AP avait précédemment garanti aux États-Unis et à l’Union européenne qu’elle réviserait les supports pédagogiques utilisés dans les Territoires palestiniens afin de supprimer les contenus incitant à la haine et à la violence.
Le responsable a précisé que le programme scolaire avait été mis à jour en ligne, mais que le ministère de l’Éducation de l’AP ne disposait pas actuellement des fonds nécessaires pour imprimer les manuels en grande quantité, alors qu’Israël continue de retenir des milliards de dollars de fonds.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, retient une partie des recettes fiscales qui, selon lui, correspondraient au montant des fonds utilisés par l’AP pour payer les fonctionnaires de Gaza. Selon Jérusalem, ces fonds risqueraient de parvenir au Hamas.
Kushner optimiste quant à l’extension des Accords d’Abraham après les élections israéliennes
Lors de son interview accordée à Fox, Kushner a également été interrogé sur la possibilité que les accords de normalisation entre Israël et les pays arabes et musulmans, connus sous le nom d’Accords d’Abraham, s’étendent davantage d’ici la fin du second mandat de Trump.
« Nous menons de nombreuses discussions très constructives et actives avec divers pays – certains évidents, d’autres moins », a répondu Kushner, qui est le gendre de Trump.
« Une fois que nous aurons fait avancer la situation à Gaza, cela permettra, espérons-le, d’apaiser les tensions ici », a-t-il poursuivi, faisant référence à ses efforts pour faire progresser le plan de désarmement du Conseil de Paix, contrôlé par les États-Unis, approuvé par le Hamas mais rejeté par Israël.
Il a ensuite évoqué un deuxième facteur qui freine les efforts visant à étendre les Accords d’Abraham, tout en critiquant apparemment le gouvernement Netanyahu, dont les politiques dures envers les Palestiniens ont dissuadé de nombreux pays de normaliser leurs relations avec l’État juif ces dernières années.
« La politique israélienne est complexe, et elle l’est encore davantage en période électorale. Espérons qu’une fois les élections israéliennes passées, il y aura des opportunités d’élargissement », a déclaré Kushner.
Il n’a toutefois pas explicitement désigné le bloc de Netanyahu (droite, religieux et extrême-droite), que les diplomates arabes considèrent depuis longtemps comme un obstacle majeur à l’élargissement des Accords d’Abraham.
Quoi qu’il en soit, Kushner a indiqué que Trump était déterminé à poursuivre l’initiative qu’il avait lancée au cours de son premier mandat, lorsqu’il avait négocié des accords de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc.
« Tout le monde a toujours dit qu’il ne pouvait y avoir de normalisation [avec Israël] tant que la question palestinienne n’était pas résolue. Mais ce que nous avons montré à travers la première série d’Accords d’Abraham, c’est que les Émiratis sont effectivement les plus grands donateurs à Gaza, et qu’ils ont énormément aidé le peuple palestinien », a-t-il expliqué, faisant allusion au financement par Abou Dhabi de plus de 40 % de l’aide humanitaire destinée à la bande de Gaza pendant la dernière guerre.
« Ce n’est qu’en entretenant des relations avec Israël qu’ils sont en mesure d’aider les Palestiniens à obtenir, espérons-le, un meilleur dénouement pour eux-mêmes », a fait valoir Kushner.
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