Un seul homme d’affaires palestinien à participer à la rencontre au Bahreïn ?
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Interview

Un seul homme d’affaires palestinien à participer à la rencontre au Bahreïn ?

Ashraf Jabari, qui espère participer au sommet organisé au Bahreïn que les autres hommes d'affaires de l'AP vont boycotter, estime que la solution à deux Etats n'est plus viable

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Ashraf Jabari, à gauche, participe à une conférence à Jérusalem sur la souveraineté israélienne en Cisjordanie  le 12 février 2017. (Gershon Elinson/Flash90)
Ashraf Jabari, à gauche, participe à une conférence à Jérusalem sur la souveraineté israélienne en Cisjordanie le 12 février 2017. (Gershon Elinson/Flash90)

Le seul homme d’affaires palestinien qui pourrait participer au sommet économique du prochain mois au Bahreïn, organisé dans le cadre de la proposition de paix de l’administration Trump, est un industriel de Hébron qui entretient des liens étroits avec l’administration Trump et des habitants israéliens des implantations. Il est considéré par certains comme étant très à l’écart de la pensée majoritaire des Palestiniens.

Ashraf Jabari, âgé de 45 ans, a dit au Times of Israël mardi qu’il ne pense pas qu’une solution à deux États représente une issue viable au conflit israélo-palestinien, dans ce qui semble être un soutien au plan de paix soutenu par les Etats-Unis, qui n’inclurait pas un État palestinien souverain et qui a été rejeté à l’avance par Ramallah.

Jabari était l’un des rares hommes d’affaires palestiniens à recevoir une invitation de la Maison Blanche pour une conférence du 25-26 juin organisée à Manama qui se focalise sur des aspects économiques d’un plan de paix dont la présentation est repoussée depuis longtemps et qui a pour but d’obtenir la prospérité palestinienne.

Alors que d’autres hommes d’affaires palestiniens ont dit qu’ils ne participeront pas à la conférence et sont contre le rejet du plan de paix du gouvernement palestinien, Jabari a indiqué qu’il pourrait y participer.

L’ambassadeur américain en Israël David Friedman (gauche) et l’homme d’affaires
Ashraf Jabari. (Crédit)

« Si Dieu le veut, je pourrai y aller », a-t-il dit au Times of Israël.

Pourtant, en tant que co-président de la Chambre de Commerce de Judée et Samarie – une ONG qui promeut des partenariats commerciaux entre Israël et les Palestiniens au-delà de la Ligne verte – Jabari a dit qu’il avait besoin de discuter du sujet avec ses collègues avant de donner une réponse officielle.

Ancien officier dans les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne qui a récemment lancé son propre parti politique, Jabari est considéré comme proche de l’administration Trump et de l’ambassadeur américain David Friedman. Ses liens avec les habitants israéliens des implantations – en 2017, il a dit à une conférence de droite à Jérusalem qu’il soutenait une annexion israélienne de la Cisjordanie – ce qui lui a valu l’opprobre d’autres Palestiniens, dont certains le voient comme une figure marginale.

Les Etats-Unis ont indiqué que le plan de paix ne proposera pas nécessairement un État palestinien, ce qui est inacceptable pour Ramallah, certains ayant critiqué la décision de placer les questions économiques avant les aspirations politiques, telle une tentative pour « acheter » les Palestiniens.

Jabari a déclaré que la solution à deux États n’était plus une issue viable et il a salué l’administration Trump pour son recentrage sur l’économie.

Même s’il avait espéré que les accords d’Oslo, qui ont commencé en 1993, donnent naissance à un État palestinien souverain, les négociations directes qu’ils ont entraînées n’ont pas permis de produire de résultats, a-t-il dit.

« Personne en Israël n’est prêt à signer un plan fondé sur les frontières de 1967. Du côté palestinien, personne n’est prêt à signer sur ce que les Israéliens sont prêts à offrir. Au final, nous sommes confrontés à des problèmes et à la violence. Je dis donc que si nous avons attendu 25 ans [depuis Oslo] pour un État palestinien et nous ne l’avons pas obtenu – c’est très triste que cela n’ait pas eu lieu, mais allons vers [une solution à] un État », a déclaré Jabari.

L’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, s’exprime lors d’un événement organisé par la Chambre de commerce de Judée et Samarie dans l’implantation du nord de la Cisjordanie d’Ariel, le 16 octobre 2018. (Matty Stern/US Embassy)

Jabari a évité de critiquer ceux qui ont choisi de ne pas accepter l’invitation de Trump, ajoutant que Washington avait besoin de trouver des hommes d’affaires prêts à agir « héroïquement ».

Parmi ceux qui ont rejeté l’invitation à Manama, il y avait le promoteur immobilier Bashar Masri, qui a travaillé étroitement avec l’ancienne administration américaine pour créer Rawabi, la première ville palestinienne planifiée de Cisjordanie.

« Nous ne travaillerons à aucun événement organisé en dehors du consensus national, a écrit Masri sur Facebook. L’idée d’un plan économique est une vieille idée qui est suggérée différemment… Tout comme notre peuple l’a rejetée auparavant, nous la rejetons maintenant », a-t-il dit.

L’entrepreneur palestinien Bashar Masri devant son projet résidentiel de Rawabi, le 23 février 2014. (Hadas Parush/Flash 90)

Le New York Times a annoncé que Masri était suivi par le propriétaire de la franchise Coca-Cola dans les Territoires palestiniens, Zahi Khouri, et par Ibrahim Barham, le PDG de l’une des plus grandes entreprises technologiques de la Cisjordanie, Safad Ingénierie et Electronique, dans le rejet de la conférence.

Des officiels palestiniens n’ont pas été invités à la conférence et l’ont durement critiquée.

Jabari a accusé l’AP d’intimider ceux qui pensent différemment d’eux et de « faire de la politique » plutôt que de prendre des décisions qui sont dans le meilleur intérêt du peuple palestinien.

« Si l’AP était cohérente, elle arrêterait sa participation aux Accords d’Oslo et sa coordination sécuritaire avec Israël », a-t-il dit, en accusant Ramallah d’hypocrisie pour avoir accepté l’argent dans certaines circonstances, tout en rejetant maintenant l’initiative de Trump qui devrait apporter des dizaines de milliards de dollars d’investissements étrangers.

Des membres de la chambre de commerce de Judée et Samarie posent pour une photo avec l’ambassadeur américain David Friedman (3ème assis en partant de la droite) à l’hôtel King David de Jérusalem, le 4 mai 2018. (Crédit : Facebook)

Interrogé pour savoir s’il voyait l’administration Trump comme un médiateur honnête après qu’elle a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël, y a déplacé son ambassade, fermé le consulat de l’AP à Washington et coupé des millions de dollars d’aide à la fois pour l’AP mais aussi pour des causes liées aux Palestiniens, Jabari a dit qu’il appréciait le recentrage américain sur des solutions économiques au conflit.

« Nous devons travailler pour renforcer l’économie palestinienne qui a été dévastée après la violence de la [Deuxième] Intifada, a souligné Jabari. Si nous continuons sur ce chemin vers la paix, il n’y aura plus d’occupation ».

L’homme d’affaires a précisé que la solution à un Etat qu’il envisageait voyait les Palestiniens de Cisjordanie recevoir des droits complets. Jabari a dit qu’il serait raisonnable, dans une première phase, de recevoir seulement le statut de résident comme la plupart des Palestiniens à Jérusalem est. Pourtant, dans la phase suivante, il a dit que les Palestiniens en Cisjordanie mériteraient la citoyenneté, que cela implique ou non qu’Israël perde sa majorité juive.

En plus de ses activités d’affaires dans l’alimentaire, l’automobile et la construction, Jabari a co-fondé le parti de la Réforme et du développement plus tôt ce mois, ce qui a rapidement entraîné la colère de l’AP car il vise à représenter la « majorité silencieuse » des Palestiniens.

Le parti de la Réforme et du développement a dit qu’il souhaite relancer l’économie palestinienne, mettre un terme à la corruption et même travailler avec des ONG israéliennes.

Même si aucune élection n’est bientôt prévue en Cisjordanie, Jabari a dit que le parti bénéficie déjà du soutien de près de 5 000 Palestiniens.

Or, beaucoup affirment que Jabari est une figure marginale dont les opinions disposent de peu, voire d’aucun soutien.

Qualifiant l’homme d’affaires comme « isolé », le professeur de sciences politiques de l’université de Hébron Belal Shobaki a dit à Al-Monitor que des Palestiniens « entendent seulement parler de lui dans les médias israéliens ».

L’activiste palestinien Issa Amro a écrit dans The Forward que Jabari « est l’un des Palestiniens les moins respectés dans la communauté de Hébron », ajoutant que l’entrepreneur a été accusé d’avoir volé de l’argent à des voisins – accusations que Jabari dément.

Ses relations avec d’importants responsables du mouvement d’implantation à Hébron et à travers toute la Cisjordanie ont atteint des sommets ces dernières années et, plus tôt ce mois, il a organisé un déjeuner de Ramadan, que les invités israéliens ont fièrement cité comme étant un signe de coopération inter-religieuse.

La volonté de l’homme d’affaires de Hébron de travailler avec des entreprises israéliennes, particulièrement celles situées en Cisjordanie, a suscité l’intérêt d’officiels de l’administration Trump, notamment l’ambassadeur américain Friedman, qui a des liens importants avec le mouvement d’implantation.

Jabari a dit qu’il a rencontré Friedman, de manière privée, en marge d’une conférence de la Chambre de commerce de Judée et Samarie, où les deux hommes ont discuté de la possibilité d’ouvrir un centre commercial israélo-palestinien à Hébron avec le magnat des supermarchés israéliens, Rami Levy.

Il a ajouté qu’il y a environ 150 hommes d’affaires palestiniens sur la même longueur d’onde qui sont intéressés à une coopération économique avec Israël. Pourtant, Jabari a dit qu’il ne pouvait pas révéler leur identité puisqu’ils vivent dans la zone A de Cisjordanie contrôlée par l’AP et que cela mettrait leurs vies en danger.

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