Un survivant de l’Holocauste revient sur la guerre d’Indépendance d’Israël
Rechercher
Nous nous sommes battus avec ‘ce que nous pouvions trouver’

Un survivant de l’Holocauste revient sur la guerre d’Indépendance d’Israël

Alors qu'Israël fête ses 70 ans, Mordechai Schachter se souvient de son voyage de la Roumanie vers la Terre Sainte et de ses débuts dans l'armée israélienne naissante

Mordechai Schachter chez lui à Teaneck, dans le New Jersey (Josefin Dolsten / JTA)
Mordechai Schachter chez lui à Teaneck, dans le New Jersey (Josefin Dolsten / JTA)

TEANECK, New Jersey (JTA) – Mordechai Schachter ne savait pas qu’il allait bientôt devenir soldat lorsqu’il a voyagé de sa Roumanie natale vers le pré-Etat d’Israël en 1948. Il avait 17 ans et était passionné par le sionisme, laissant derrière lui un pays qui devenait de plus en plus antisémite, quelques années après la mort d’au moins 270 000 Juifs roumains durant l’Holocauste.

Fin 1947, Schachter a pris place à bord de l’un des deux bateaux qui comptait chacun 7 500 Juifs et qui devaient les emmener vers la terre promise, malgré l’interdiction britannique concernant l’émigration juive. Beaucoup de passagers étaient des enfants seuls dont les parents les avaient mis à bord des bateaux afin de fuir la Roumanie. Les parents de Schachter avaient bien prévu d’embarquer, maisson père est tombé malade avant le voyage, et ils sont restés sur place.

Le voyage s’est déroulé comme prévu jusqu’à ce que les bateaux atteignent les Dardanelles, un étroit détroit dans le nord-ouest de la Turquie. Là, ils ont été accueillis par sept navires britanniques. Les passagers ont décidé de ne pas riposter puisque nombre d’entre eux étaient des enfants et des personnes âgées. Leurs bateaux ont alors été redirigés vers Chypre. Trois mois plus tard, les Britanniques ont accepté de permettre aux enfants, y compris à Schachter, de se rendre en Palestine mandataire.

Schachter se souvient d’être arrivé à Ranaana et d’y avoir mangé des « hamentaschen » et des oranges lors de sa première semaine sur place. A Raanana, il a également retrouvé l’un de ses trois frères, qui était arrivé en pré-Israël quatre mois plus tôt. Cinq semaines plus tard, il a reçu l’ordre de rejoindre l’armée, où il a appris à tirer avec une arme et reçu un fusil italien de la Première Guerre mondiale ainsi que 25 balles. D’autres ont reçu « tout ce qu’ils pouvaient trouver », a rappelé Schachter.

« A l’époque, on avait tous un type [d’arme] différent. Ils avaient très peu de munitions », a-t-il expliqué à l’agence JTA lundi chez lui, dans un village du nord du New Jersey, à environ 17 kilomètres de Manhattan.

Schachter se souvient de l’exubérance qui a caractérisait Israël quelques semaines plus tard, le 14 mai 1948, quand le pays a déclaré son indépendance.

« Tout le monde dansait dans les rues », a-t-il dit.

David Ben Gurion, entouré des membres du gouvernement provisoire, proclame la Déclaration d’indépendance dans le hall du musée de Tel Aviv, le 14 mai 1948 (Crédit : bureau de presse du gouvernement israélien)

Le lendemain, une coalition d’Etats arabes voisins – l’Egypte, la Syrie, la Jordanie, le Liban et l’Irak – ont envahi le nouveau pays. La guerre d’Indépendance d’Israël se terminerait l’année suivante par une victoire israélienne. Soixante-dix ans plus tard, alors qu’Israël se prépare à célébrer cet anniversaire, Schachter a échangé avec un journaliste sur le rôle qu’il a joué dans l’histoire juive et mondiale.

Schachter a été affecté au poste de commandant de mortier, ce qui signifiait qu’il n’avait pas à être en première ligne de tir. Il a cependant dû faire face à des tirs de mortiers venant du côté ennemi.

« Dans quelques cas, nous nous sommes retrouvés dans des situations très dangereuses, mais vous n’y pensez pas, parce que vous êtes trop jeune pour réaliser à quel point c’est dangereux », a-t-il dit.

Schachter s’est battu aux côtés d’Israéliens, d’immigrants de Roumanie, de Pologne, de Hongrie, d’Iran et du Yémen, ainsi que de combattants volontaires des Etats-Unis, du Canada, d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

Des volontaires étrangers de la guerre d’Indépendance d’Israël (publié gracieusement / JTA)

« Ce n’était pas facile pour un commandant de donner des ordres », a-t-il dit. « Parfois, il devait donner ses ordres et quelqu’un d’autre devait les traduire. »

L’une de ses unités comptait un important contingent de Juifs yéménites. Schachter apprit donc rapidement à communiquer en hébreu.

« Nous sommes vite devenus amis parce que nous nous battions ensemble, alors vous devenez comme des frères », explique-t-il.

Schachter est resté dans l’armée après la fin de la guerre l’année suivante, quand l’Egypte, le Liban, la Jordanie et la Syrie ont signé des accords d’armistice avec Israël entre février et juillet 1949 – seule l’Irak n’a pas signé d’accord. Plus de 6 300 soldats israéliens ont été tués dans ces combats et lors des mois ayant précédé l’indépendance – un nombre représentant près de 1 % des habitants juifs en Israël à l’époque. L’armée israélienne comptait plus de 100 000 soldats israéliens dans ses rangs à la fin de la guerre, dont 12 brigades.

Après avoir servi dans l’armée pendant deux ans, Schachter a accepté un travail dans une usine de production de levure à Tel Aviv. Il a ensuite appris à réparer des postes de télévision et de radio dans une école de Milan mise en place par World ORT, une organisation juive qui dispense des formations dans le monde entier. Après quatre années en Italie, il est retourné en Israël, trouvant un emploi dans un laboratoire de chimie à Haïfa puis plus tard dans un centre informatique du gouvernement à Jérusalem.

Moredechai Schachter, troisième à gauche dans la rangée supérieure, avec ses camarades soldats qui ont combattu durant la guerre d’Indépendance d’Israël (Publié avec l’autorisation de Schachter / via JTA)

Jérusalem est aussi l’endroit où il a rencontré Fanny, celle qui allait devenir sa femme. Lors d’une fête, ils ont tous les deux découvert qu’ils venaient de la même ville de Roumanie, Botosani, dans le nord du pays.

Trois mois plus tard, à l’occasion de Pessah, Schachter a rendu visite à sa famille qui, à ce moment-là, avait déménagé en Amérique. Ils avaient survécu à la Seconde Guerre mondiale grâce à la Russie qui avait pris Botosani juste avant que ses résidents juifs ne soient déportés dans des camps de concentration, et vivaient maintenant dans le Bronx.

Un mois après l’arrivée de Schachter aux Etats-Unis, son père est décédé. Il a décidé de rester à New York et a trouvé un emploi dans une entreprise de services informatiques. Il est resté en contact avec Fanny pendant un an par voie postale avant de retourner l’épouser en Israël et de l’emmener avec lui aux Etats-Unis.

Le couple aurait plus tard deux enfants et deux petits-enfants et s’est installé à Teaneck et a rejoint la congrégation Beth Sholom, une synagogue conservatrice. Schachter, qui travaille encore à temps partiel pour la même entreprise de services informatiques, affirme que, bien qu’il ne se considère pas comme un « héros », il garde une certaine fierté pour sa contribution à Israël.

« Vous en êtes fier », a-t-il déclaré. « Vous vous dites que vous étiez là quand c’est arrivé, et [c’est] quelque chose qui n’arrive pas à toutes les générations. Etre là en tant que soldat, vous vous sentez heureux, vous vous sentez bien à ce sujet. »

Dans cette vidéo du rabbin Ned Soltz, réalisée en mars 2015, Schachter s’exprime à propose de son expérience en Israël :

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...