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Un thérapeute israélien met en garde contre une pandémie de troubles mentaux

Les responsables de la santé cherchent à sensibiliser le public aux conséquences invisibles du COVID et signalent une hausse de 25 % des cas d’anxiété et de dépression

Un parent réconforte sa fille adolescente. Illustration (Crédit : fizkes ; iStock)
Un parent réconforte sa fille adolescente. Illustration (Crédit : fizkes ; iStock)

Les vaccins contre le COVID fonctionnent et le nombre de décès diminue, mais l’impact psychologique de la pandémie sur la société reste accablant.

Alors que l’on célébrait cette semaine la Journée mondiale de la santé mentale, les responsables de la santé dans le monde ont demandé à ce que des mesures soient prises pour faire face à une hausse de 25 % des cas d’anxiété et de dépression, et un psychologue israélien de renom a dit craindre qu’une « pandémie de troubles mentaux » ne soit en cours.

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a déclaré que « l’Organisation mondiale de la santé avait enregistré une hausse des cas de dépression durant les années précédant la pandémie ».

« Puis est arrivé le COVID, qui a déclenché une augmentation d’au moins 25 % des cas d’anxiété et de dépression, avec de profondes conséquences sociales et économiques. »

La Journée mondiale de la santé mentale, qui a eu lieu lundi, a marqué le lancement d’une campagne de l’OMS visant à « faire de la santé mentale et du bien-être pour tous une priorité mondiale. »

Ghebreyesus a écrit : « Si le sujet de la santé mentale est généralement moins tabou qu’il y a dix ans, avec des chefs d’entreprise, des célébrités et des stars du sport qui se livrent de plus en plus sur leurs propres combats contre l’anxiété et la dépression, il reste encore un long chemin à parcourir, notamment en ce qui concerne les problèmes de santé mentale graves comme la psychose. »

Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, prend la parole lors d’une conférence de presse au siège de l’Organisation mondiale de la santé à Genève, le 25 juin 2020. (Crédit : Fabrice Coffrini / AFP)

En Israël, le professeur Golan Shahar, éminent psychologue clinicien de l’université Ben Gurion, a donné un tour d’horizon de la situation – et des conseils aux parents – lors d’une interview accordée au Times of Israel.

« Mon message est le suivant : soyez vigilants », a-t-il déclaré. « Il y a une pandémie de troubles mentaux. Est-ce que tout le monde est concerné ? Non… Mais la pandémie a généré des conséquences à long terme sur la santé mentale. »

The Times of Israël : Qu’est-ce qui retient votre attention cette semaine, alors que nous célébrons la Journée mondiale de la santé mentale ?

Prof. Shahar : L’impact de la pandémie. A-t-elle entraîné une aggravation des problèmes de santé mentale dans le monde ? La réponse est oui, de manière sidérante. Certains experts avaient estimé que la pandémie de COVID serait suivie d’une pandémie de santé mentale, avec un pic d’anxiété, de dépression, de violence et d’autres problèmes de santé mentale. Et malheureusement, ils avaient raison.

Tout cela est très bien documenté. Mon message est le suivant : soyez vigilants, il y a une pandémie de troubles mentaux. Est-ce que tout le monde est concerné ? Non. Certains sont plus vulnérables que d’autres. Ceux qui souffraient d’anxiété avant l’apparition du COVID ont subi une aggravation marquée de leur anxiété. Les autres sont également affectés et le syndrome comporte de nombreux éléments différents. L’anxiété économique, par exemple, qui bien qu’elle ne soit pas un trouble largement diagnostiqué, est lourde de conséquences. Elle ne touche donc pas tout le monde, mais la pandémie a généré des conséquences à long terme sur la santé mentale.

Le professeur Golan Shahar, psychologue. (Crédit : Autorisation de l’université Ben Gurion)

Des études ont été faites confirmant une multiplication des cas. Par exemple, une étude Big Data a montré que le nombre d’adolescentes en Israël diagnostiquées comme souffrant de dépression avait presque doublé depuis la pandémie. Mais pensez-vous que les cas diagnostiqués reflètent toute l’étendue du problème ?

Non. Seule une partie de cette hausse a été détectée par les enseignants, les médecins, les professionnels de la santé mentale et autres. En d’autres termes, si les gens ne sont pas très bien formés, ils risquent de passer à côté de nombreux cas de dépression, de violence et d’autres problèmes. Les formations en santé mentale sont plus importantes que jamais.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent les difficultés auxquelles sont confrontés les enfants et les adolescents ? Y a-t-il encore des séquelles des confinements ?

Absolument. Les confinements, et le passage temporaire du contact face à face à l’utilisation de Zoom et d’autres moyens de communication électroniques ont laissé un impact sur la socialisation. C’est un effet à long terme. L’absence d’interaction sociale à un moment donné peut laisser les enfants et les adolescents – même longtemps après – avec des dépressions, des troubles de l’alimentation et même des pensées suicidaires. Pour certains, l’effet est vraiment très persistant.

Les enseignants sont-ils en mesure de repérer ce genre de problème ?

Pas toujours. Et même si un enseignant constate que certains de ses élèves se sentent seuls, il n’a pas nécessairement la capacité de reconnaître comment cela pourrait dégénérer en un état clinique. J’ai des patients qui n’étaient pas déprimés pendant les vagues COVID, mais qui se sentaient isolés et seuls à l’époque, et dont la solitude s’est depuis transformée en dépression clinique.

Qu’est-ce qui pourrait rendre le système éducatif plus efficace dans la détection des problèmes liés à la santé mentale et au bien-être ?

Le ministère de la Santé et le ministère de l’Éducation devraient unir leurs efforts pour sensibiliser les écoles, les praticiens de santé primaire et les travailleurs sociaux. Le système des psychologues dans les écoles manque de personnel et il est nécessaire de recruter davantage de psychologues pour les écoles et de renforcer les formations dans ce domaine. Les enseignants devraient être mieux formés, notamment aux outils de détection et de prévention et d’intervention précoce.

De nombreux parents vont être inquiets en entendant l’étendue de vos préoccupations. Que peuvent-ils faire pour mieux veiller sur leurs enfants ?

Ne pas présumer que si l’enfant ne présente pas de symptômes de détresse, il va bien. Posez des questions – avec empathie – sur son bien-être. Oui, vous risquez d’être repoussé, mais ne renoncez pas à cause de ça. Sachez que même les enfants qui repoussent leurs parents apprécient en fait d’être approchés. Tant que c’est fait avec compassion, les parents devraient avoir suffisamment confiance en eux pour aller au-delà de cette résistance.

Les lecteurs en Israël qui ont été affectés par les questions soulevées dans cet article sont informés que tous les prestataires de soins de santé offrent une gamme de services liés à la santé mentale, tout comme diverses organisations à but non lucratif, dont Eran, l’organisation dédiée aux « premiers secours émotionnels ». Les détails de la ligne d’assistance téléphonique d’Eran sont disponibles ici.

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