Un tribunal expulse une galerie d’art qui organisait des événements de gauche
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Un tribunal expulse une galerie d’art qui organisait des événements de gauche

Les juges ont estimé que si la demande de ville était politiquement motivée, la ville de Jérusalem était néanmoins en droit de réclamer son local ; la Galerie Barbur va faire appel

Spectacle de danse à la galerie Barbur de Jérusalem en 2017 (Capture d'écran : YouTube)
Spectacle de danse à la galerie Barbur de Jérusalem en 2017 (Capture d'écran : YouTube)

Un tribunal a approuvé jeudi l’arrêté d’expulsion d’une galerie d’art de Jérusalem d’un local appartenant à la municipalité suite à l’organisation, entre ses murs, d’une série d’événements qui ont suscité la controverse parmi les politiques.

Ce jugement a conclu les longues discussions qui ont eu lieu dans une salle d’audience remplie de membres de la communauté artistique, venus en brandissant des cygnes en papier en soutien à la galerie Barbur. « Barbur » signifie cygne en hébreu.

Yossi Havilio, qui a représenté la galerie et qui est candidat à la mairie de Jérusalem pour le scrutin du mois d’octobre, a clamé que la ville était motivée par des considérations d’ordre politique et que la confiance publique dans le système judiciaire pouvait être écornée, à moins que ne soit menée une enquête appropriée sur cet aspect particulier de l’affaire.

Tout en notant que les motivations de la mairie étaient en effet politiques, le juge Amir Dahan a statué que la municipalité avait le droit de récupérer son bien immobilier.

L’avocat Yossi Havilio aux côtés des membres de la communauté artistique de Jérusalem qui arborent des cygnes blancs en soutien à la galerie Barbur (cygne) à à la cour des magistrats de Jérusalem, le 30 avril 2018 (Crédit : Sue Surkes)

« La réalisation du droit à la propriété ne dépend d’aucune motivation », a-t-il écrit dans son jugement.

Dahan a donné à Barbur 45 jours pour faire appel de cette décision. La galerie, ouverte depuis 13 ans, a juré de le faire.

Mais en ordonnant à la galerie de quitter les lieux d’ici le 1er février 2019, Dahan a noté qu’un nouveau maire et qu’un nouveau conseil municipal pouvaient encore renverser cette décision en octroyant un local à la galerie ou en choisissant de ne pas faire appliquer l’ordre d’expulsion.

La municipalité de Jérusalem avait émis l’ordre d’expulsion à l’encontre de la galerie au mois de février 2017, vingt-quatre heures après que la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev (Likud) a fait pression sur le maire, Nir Barkat, afin que ce dernier n’autorise pas une conférence de l’organisation Breaking the Silence qui devait s’y dérouler.

Breaking the Silence est une organisation qui collecte les témoignages d’anciens soldats de l’armée israélienne sur les violations aux droits de l’Homme présumées dont ils ont été témoins ou auxquelles ils ont participé sur les territoires palestiniens durant leur service militaire.

Le groupe a fréquemment causé la colère de la droite de l’échiquier politique et a inspiré un projet de loi approuvé le mois dernier par la Knesset qui autorise le ministre de l’Education à empêcher les organisations qui critiquent les militaires israéliens d’entrer dans les écoles.

Manifestation de gauche devant la galerie Barbur, de Jérusalem, le 8 février 2017. A gauche, on peut lire « Lehava (flamme), tu ne me chauffes pas ». (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)

Pendant cette conférence spécifique à Barbur, une centaine de sympathisants et un groupe moins important mais tout aussi bruyant s’étaient affrontés à l’extérieur.

Au début de l’année, la ville avait tenté, sans succès, d’empêcher la galerie d’accueillir une discussion ouverte organisée par les familles israélo-palestiniennes en deuil et le mouvement des Combattants de la paix au sujet d’une cérémonie israélo-palestinienne à l’occasion de Yom HaZikaron.

Après le jugement de jeudi, la galerie a fait savoir sur sa page Facebook que « le juge a reconnu les motivations politiques derrière les initiatives agressives visant à contrôler et à intervenir dans les activités de la galerie, et il a pourtant décidé de rejeter le droit de la galerie à se défendre au sein du tribunal ».

Le communiqué a accusé Dahan de « soutenir ceux qui souhaitent dévaster la liberté de parole et saper les fondations mêmes de la démocratie ».

Le maire de Jérusalem sortant Nir Barkat, qui ne se présentera pas lors du scrutin du mois d’octobre, a pour sa part salué le jugement.

« Nous ne permettrons pas l’envahissement des biens immobiliers appartenant à la municipalité et nous n’autoriserons aucunement qu’ils soient utilisés pour porter préjudice aux soldats et à l’état d’Israël », a commenté Barkat dans un communiqué.

Regev a fait écho à ces propos, expliquant que « dans un pays civilisé comme le nôtre, il ne peut pas y avoir de transgresseurs de la loi ou d’intrus autorisés à occuper illégalement un bien municipal ».

Le ministre des Affaires de Jérusalem Zeev Elkin, candidat à la mairie et qui, comme Regev et Barkat, appartient au parti du Likud au pouvoir, a également applaudi le jugement rendu par la cour.

« Il est temps que la galerie Barbur disparaisse et ce n’est pas trop tôt. Il est inconcevable qu’un local municipal soit illégalement occupé et utilisé pour des desseins politiques radicaux, en accueillant des organisations radicales de gauche et en offrant une plateforme à des événements qui marquent la Nakba », a-t-il écrit sur Twitter, se référant au terme israélien utilisé pour l’indépendance israélienne et qui signifie « catastrophe » en arabe.

Ofer Berkovitch, adjoint au maire de Jérusalem et chef de la faction Hitorerut, photographié le 18 juillet 2013 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

L’adjoint au maire Ofer Berkovitch, qui se présente face à Havilio et à d’autres candidats à la tête de la mairie, a déclaré au Times of Israel quelques heures avant le jugement : « Avec des fonds privés, on peut faire ce qu’on veut dans les limites autorisées par la loi mais c’est un local municipal destiné à des activités culturelles et dans le cas précis, je ne pense pas que Barbur agisse correctement ».

« C’était une structure merveilleuse pour la communauté, mais je pense qu’elle est en train de s’égarer. Cette tentative de ramener les choses à la politique dans un bien appartenant à la mairie est malavisée ».

Laura Wharton, qui représente le parti de gauche du Meretz au conseil municipal, a qualifié de « scandale » cette décision. Elle a écrit sur Twitter : « Israël et sa capitale, Jérusalem, devraient sanctifier les valeurs de liberté et très certainement le droit accordé à chacun d’exprimer son opinion, quelle qu’elle puisse être ».

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