Une ambassade d’Israël à Khartoum ? Pas si vite. L’accord prendra du temps
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Analyse

Une ambassade d’Israël à Khartoum ? Pas si vite. L’accord prendra du temps

L'annonce de normalisation parle de la fin de "l'état de belligérance", de relations commerciales ; mais ne précise pas de relations complètes ou d'ambassades réciproques

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Cette combinaison d'images créée le 23 octobre 2020 montre un drapeau israélien lors d'un rassemblement dans la ville côtière de Tel Aviv, le 19 septembre 2020 ; et un drapeau soudanais lors d'un rassemblement à l'est de la capitale Khartoum, le 3 juin 2020. (JACK GUEZ et ASHRAF SHAZLY / AFP)
Cette combinaison d'images créée le 23 octobre 2020 montre un drapeau israélien lors d'un rassemblement dans la ville côtière de Tel Aviv, le 19 septembre 2020 ; et un drapeau soudanais lors d'un rassemblement à l'est de la capitale Khartoum, le 3 juin 2020. (JACK GUEZ et ASHRAF SHAZLY / AFP)

L’accord de normalisation israélo-soudanais annoncé vendredi a constitué une avancée historique, mais le chemin vers un traité de paix officiel et l’établissement de relations diplomatiques complètes peut encore être long et compliqué.

Seulement 33 jours après que le président américain Donald Trump a publié une déclaration commune annonçant que les Emirats arabes unis avaient accepté d’établir des relations avec Israël, les EAU et Israël ont signé un « Traité de paix, de relations diplomatiques et de normalisation complète ». Il a fallu exactement le même temps à Bahreïn pour passer d’une vague « Déclaration de paix » à un « Communiqué commun sur l’établissement de relations diplomatiques, pacifiques et amicales ».

Les deux pays ont ensuite rapidement agi pour ratifier leurs accords respectifs avec Israël.

Mais Khartoum est un cas très différent. Contrairement aux deux monarchies du Golfe, la République du Soudan, où l’animosité envers l’État juif est encore très répandue, se trouve actuellement dans une période fragile de transition d’une dictature à une démocratie ; ce seul fait fera de l’établissement de relations complètes avec Israël un grand défi.

Cette combinaison d’images créée le 24 octobre 2020 montre (de gauche à droite) : le président du Conseil de transition soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhane, dans la banlieue de la capitale Khartoum le 30 octobre 2019 ; le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, DC le 28 janvier 2020 ; et le Premier ministre soudanais Abdullah Hamduk dans la capitale Khartoum le 26 juillet 2020. (ASHRAF SHAZLY et Sarah Silbiger / sources diverses / AFP)

Son ministre des Affaires étrangères, Omar Gamareldin, a déjà souligné qu’un accord de paix avec Israël devrait d’abord être ratifié – par un organe qui n’existe pas actuellement.

« L’accord de normalisation avec Israël sera décidé après l’achèvement des institutions constitutionnelles par la formation du conseil législatif », a-t-il déclaré. Il n’est pas clair quand les parties civiles et militaires du gouvernement de transition du Soudan accepteront de convoquer ce conseil législatif.

Même si la normalisation avec Israël devait être soumise à un vote formellement acceptable dans les semaines à venir, il n’est nullement garanti qu’elle serait approuvée par les responsables soudanais aussi facilement que l’établissement de relations diplomatiques a été approuvé aux EAU et à Bahreïn.

À Khartoum, une large coalition s’est formée contre la notion de paix avec Israël – dont le chef du plus grand parti du Soudan – et a juré de lutter contre l’accord.

« Notre peuple respectera ses positions historiques et travaillera à travers un large front pour résister à la normalisation et soutenir le peuple palestinien afin d’obtenir ses pleins droits légitimes », ont déclaré dans un communiqué les dénommées Forces nationales de consensus, qui se composent de quatre partis.

Composite : L’ancien Premier ministre soudanais Sadiq al-Mahdi, chef du parti politique Umma, parle lors d’une conférence de presse à Khartoum, Soudan, le jeudi 6 février 2020. (AP Photo/Marwan Ali) ; Des manifestants brûlent un drapeau israélien à Khartoum pour protester contre le nouvel accord de normalisation. (Capture d’écran vidéo)

La déclaration conjointe du Premier ministre Benjamin Netanyahu, de M. Trump, du président soudanais du Conseil de souveraineté Abdel Fattah al-Burhane et du Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok publiée vendredi a également donné quelques indications sur le fait que le processus de normalisation entre Khartoum et Jérusalem serait différent des accords conclus avec les EAU et Bahreïn.

« Les dirigeants ont convenu de normaliser les relations entre le Soudan et Israël et de mettre fin à l’état de belligérance entre leurs nations. En outre, les dirigeants ont convenu d’entamer des relations économiques et commerciales, avec un accent initial sur l’agriculture », peut-on lire dans la déclaration.

Ils se sont également engagés à commencer à négocier « des accords de coopération dans ces domaines ainsi que dans les technologies agricoles, l’aviation, les questions de migration et d’autres domaines » et ont décidé de « travailler ensemble pour construire un avenir meilleur et faire avancer la cause de la paix dans la région ».

La déclaration en dit beaucoup par ce qu’elle ne dit pas. Pour commencer, elle ne précise pas « la normalisation complète des relations » ni l’établissement de liens diplomatiques. Elle ne prévoit pas l’ouverture réciproque d’ambassades. Et elle ne fait pas référence aux Accords d’Abraham, la déclaration de tolérance religieuse signée à la Maison Blanche le mois dernier par Israël, les États-Unis, les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Le président américain Donald Trump s’entretient au téléphone avec les dirigeants du Soudan et d’Israël, alors que le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, (à gauche), le secrétaire d’État Mike Pompeo, le conseiller principal de la Maison Blanche Jared Kushner et le conseiller à la sécurité nationale Robert O’Brien applaudissent dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 23 octobre 2020, à Washington. (AP/Alex Brandon)

La déclaration de vendredi n’est qu’une déclaration politique sur les intentions futures, à l’instar des déclarations conjointes du 13 août publiées par Trump, Netanyahu et le prince héritier des Émirats arabes unis Mohammed bin Zayed al Nahyane, et de la « Déclaration de paix » du 15 septembre avec Bahreïn. Il ne s’agit pas d’un traité et n’a pas de statut juridique.

Pourtant, même dans leurs déclarations préliminaires, les EAU et Bahreïn ont promis une « normalisation complète des relations » et ont accepté de commencer à discuter de la création d’ambassades réciproques, un langage absent de la déclaration commune sur l’accord avec le Soudan.

Samedi, Netanyahu a annoncé qu’une délégation israélienne se rendra à Khartoum « dans les prochains jours pour compléter les accords ».

La nature exacte des relations bilatérales, et si et quand nous assisterons à la signature d’un traité de paix et à l’ouverture d’ambassades, sera dans une large mesure déterminée par les prochains pourparlers.

Le résultat de l’élection présidentielle américaine et la situation politique intérieure au Soudan joueront également un rôle.

Toutefois, dans l’état actuel des choses, il semble probable qu’il faudra plus de 33 jours avant que l’annonce de vendredi puisse déboucher sur un véritable accord de paix.

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