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Une des plus anciennes mosquées du monde découverte dans la ville bédouine de Rahat

Cette découverte complète celle d'une autre mosquée construite au moment où l'Islam commençait à se propager en Terre sainte, au 7e siècle

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Photographie aérienne d'une mosquée du 7e siècle aux abords de Rahat. (Crédit : Emil Aladjem, Israel Antiquities Authority)
    Photographie aérienne d'une mosquée du 7e siècle aux abords de Rahat. (Crédit : Emil Aladjem, Israel Antiquities Authority)
  • Des photos aériennes montrant les vestiges de structures luxueuses du 7e siècle après de Rahat. (Crédit : Assaf Peretz, Israel Antiquities Authority)
    Des photos aériennes montrant les vestiges de structures luxueuses du 7e siècle après de Rahat. (Crédit : Assaf Peretz, Israel Antiquities Authority)
  • Un artéfact en céramique découvert sur le site d'une mosquée ancienne à Rabat datant du début de la période islamique. (Crédit : Yasmin Orbach, Israel Antiquities Authority)
    Un artéfact en céramique découvert sur le site d'une mosquée ancienne à Rabat datant du début de la période islamique. (Crédit : Yasmin Orbach, Israel Antiquities Authority)
  • Les murs décorés d'un bâtiment de la période pré-islamique près de Rahat. (Crédit : Assaf Peretz, Israel Antiquities Authority)
    Les murs décorés d'un bâtiment de la période pré-islamique près de Rahat. (Crédit : Assaf Peretz, Israel Antiquities Authority)
  • Photographie aérienne d'une mosquée du 7e siècle aux abords de Rahat. (Crédit : Emil Aladjem, Israel Antiquities Authority)
    Photographie aérienne d'une mosquée du 7e siècle aux abords de Rahat. (Crédit : Emil Aladjem, Israel Antiquities Authority)

Une équipe d’archéologues israéliens a trouvé une mosquée qui figurerait parmi les plus anciennes au monde, et des fouilles ont été entreprises en conséquence.

Cette petite salle de prière datant du 7e siècle a été découverte pendant des fouilles réalisées en amont de la construction de nouveaux quartiers à Rahat, une ville bédouine du Negev. Elle est située à environ deux kilomètres d’une autre mosquée rurale du 7e siècle qui avait, elle aussi, fait l’objet de fouilles en 2019.

« Ce qui est unique dans notre mosquée, c’est la prolifération de céramiques du 7e siècle sur le site – ce qui en fait l’une des toutes premières mosquées à avoir été construites dans le monde », commente la docteure Elena Kogan-Zehavi, archéologue, codirectrice des fouilles au sein de l’Autorité israélienne des antiquités (IAA).

L’Islam est apparu aux alentours de l’an 610 de l’ère commune. Même si la conquête arabe de la Terre sainte a eu lieu en 636, l’Islam n’était devenu religion majoritaire qu’au 9e siècle. Ces deux mosquées rurales, de petite taille, sont déterminantes pour parvenir à esquisser ce qu’a été la propagation de l’Islam à la fin de l’ère byzantine – les débuts de l’Islam en Terre sainte, dit Kogan-Zehavi.

Les deux salles de culte ont été identifiées comme étant des mosquées en raison de leurs éléments structurels : une pièce carrée et un mur faisant face à la direction de la Mecque, la ville sainte musulmane (qibla). De plus, dans la mosquée qui vient d’être découverte, se trouve une niche ayant la forme d’un demi-cercle qui est installée au milieu du mur, pointant vers le sud (mihrab).

Kogan-Zehavi note que de manière significative, tandis qu’il n’y avait pas d’artéfacts dans la première mosquée, il y a une multitude de céramiques dans la deuxième qui datent clairement typographiquement du 7e et 8e siècle.

Elle déclare que les chercheurs commencent tout juste à obtenir « une image très intéressante » de la transition, dans le pays, d’une implantation humaine dominée à l’époque par la chrétienté byzantine – avec notamment des monastères et de grands bâtiments – vers l’implantation d’un peuple semi-nomade présentant une tradition différente de construction, avec des structures moins permanentes.

Photographies aériennes d’une mosquée du 7e siècle aux abords de Rahat. (Crédit : Emil Aladjem, Israel Antiquities Authority)

Les experts constatent ainsi que « l’Islam est arrivé très, très tôt dans le nord du Neguev et il a commencé à vivre aux côtés des implantations chrétiennes », précise Kogan-Zehavi.

En plus de la mosquée, les archéologues ont découvert une exploitation agricole de l’ère byzantine qui appartenait, selon eux, à des fermiers chrétiens. Elle comprend une tour fortifiée ainsi que des pièces aux murs épais qui entourent une cour.

De surcroît, « sur une colline voisine, nous avons trouvé des habitations construites de manière très différente ; elles ont été construites une centaine d’années environ plus tard, entre la fin du septième siècle et le 9e siècle – soit le début de la période islamique. Ces structures, qui ont été apparemment construites par des musulmans, présentent des pièces en alignement à côté d’une grande cour ouverte. Un grand nombre des fours recouverts d’argile trouvés dans les pièces et dans les cours étaient probablement utilisés pour la cuisine. Les murs de ces bâtiments étaient relativement fins et ils soutenaient apparemment des murs fabriqués à l’aide de briques en boue qui n’ont pas survécu », ont fait savoir les codirecteurs de l’Autorité israélienne des antiquités Oren Shmueli, Kogan-Zehavi et Noe Michael David dans un communiqué de presse.

La « nouvelle » mosquée avait été construite ultérieurement dans l’implantation, sur des ruines byzantines, explique Kogan-Zehavi, et elle semble avoir finalement été la dernière structure établie dans l’implantation. Sa construction soulève de nombreuses questions, ajoute-t-elle, et notamment : était-ce la même communauté chrétienne qui était devenue musulmane ? Ou l’implantation avait-elle été repeuplée par des marchands semi-nomades qui avaient amenés avec eux cette nouvelle religion depuis la péninsule arabique ?

Photographies aériennes d’une mosquée du 7e siècle aux abords de Rahat. (Crédit : Emil Aladjem, Israel Antiquities Authority)

Et la réponse, c’est probablement un peu des deux, selon Kogan-Zehavi.

« Toutes ces questions apparaissent clairement ici, sur le site. C’est maintenant à nous de tenter de rassembler les pièces du puzzle à partir des informations recueillies pour mieux comprendre ce qui s’est passé », dit-elle.

Il y a eu, dans un périmètre d’environ cinq kilomètres autour de la mosquée, des fouilles qui ont permis de découvrir les vestiges de monastères abandonnés au 7e et 8e siècle, ajoute-t-elle. Aucune couche de destruction n’avait été retrouvée à ce moment-là par les archéologues.

En même temps, la construction des fermes datant du début de l’Islam devient plus visible.

« On ne peut pas savoir si nous parlons ici d’une population de nomades locaux qui était venue du désert ou peut-être de chrétiens qui s’étaient convertis à l’Islam. L’image n’est pas en noir et blanc », explique-t-elle. « Ces fermiers croyaient-ils en Jésus avant de se tourner vers Mahomet ? »

Un artéfact en céramique découvert sur le site d’une mosquée ancienne à Rabat datant du début de la période islamique. (Crédit : Yasmin Orbach, Israel Antiquities Authority)

Il y a ultérieurement, note-t-elle, une sorte de néant chronologique dans la région – à partir du 9e siècle et au-delà. « Il n’y a pas d’implantation continue et il doit y avoir une catastrophe que nous n’avons pas su identifier pour le moment », déclare-t-elle. Les populations retournent dans les grandes villes et il y a un changement d’approche dans l’implantation humaine qui, dans de nombreux cas, dure jusqu’au 19e ou jusqu’au 20e siècle.

Les populations nomades ont apporté l’Islam au monde, explique Kogan-Zehavi, même si la majorité des mosquées les plus anciennes datent d’au-moins cent ans plus tard. En Israël, d’autres lieux de culte musulman dont la construction remonte au début de l’Islam ont été trouvés dans la région de Har Haneguev, aussi dans le sud du pays.

L’une des énigmes intéressantes posées dans le cas des deux mosquées à Rahat est qu’elles ont été construites relativement loin des implantations qu’elles étaient supposées servir, ce qui a amené les chercheurs à s’interroger sur le rôle tenu par le lieu de culte dans la vie quotidienne. Alors que l’espace ne manque pas dans le Neguev, sa localisation est probablement significative.

Une communauté bédouine vivant à côté de la plus grande décharge d’Israël, près de la ville de Rahat dans le sud d’Israël, le 10 août 2016 (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90).

« Nous ne savons pas encore quel était les liens tissés entre les fidèles et la mosquée. Peut-être n’était-elle utilisée que le vendredi ? », s’interroge Kogan-Zehavi.

Cette idée de population en transition relève, de nombreuses manières, de la même tendance qui est constatée à Rahat aujourd’hui. Rahat, la plus importante implantation bédouine dans le monde, a été reconnue par Israël comme ville en 1994.

Les habitants de Rahat sont désireux de préserver les deux mosquées, note Kogan-Zehavi, alors que l’IAA continue ses fouilles avant la construction des nouveaux quartiers, une construction prise à l’initiative de l’Autorité du Développement et de l’Implantation des Bédouins dans le Negev.

« L’Histoire se répète en permanence. Les Bédouins de Rahat avaient quitté une vie nomade, ils s’étaient installés dans les villes et ils tentent aujourd’hui de créer ce qui ressemble pour eux à une vie différente dans une implantation permanente. Ce qui était déjà arrivé il y a 1 200 ans », dit-elle.

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