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Analyse

« Une droite de stature gouvernementale » : Pourquoi Gideon Saar a quitté HaMahane HaMamlahti

Les désaccords sur la conduite de la guerre et le désir de se positionner comme une alternative de droite libérale, au lendemain du conflit, ont motivé la décision du leader de Tikva Hadasha

Le député Gideon Saar lors d'une rencontre de faction de HaMahane HaMamlahti à la Knesset, le 10 juillet 2023. (Crédit : Gideon Chaim Goldberg/Flash90)
Le député Gideon Saar lors d'une rencontre de faction de HaMahane HaMamlahti à la Knesset, le 10 juillet 2023. (Crédit : Gideon Chaim Goldberg/Flash90)

Mardi soir, le député Gideon Saar, leader de la faction politique de droite Tikva Hadasha, a annoncé – une surprise – qu’il rompait son alliance au sein du parti HaMahane HaMamlahti, une alliance conclue avec le parti Kakhol lavan, présidé par le ministre Benny Gantz.

Expliquant que son ancien allié « n’a pas transmis la voix, le positionnement et les priorités » qu’il aurait lui-même voulus faire entendre au sein du cabinet de guerre, Saar, qui est un ancien député du Likud, a appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à le nommer au sein du cabinet, tout en se présentant comme le leader alternatif d’une « droite de gouvernement ».

Répondant à Saar au cours d’une conférence de presse à la Knesset dans la journée de mercredi, Gantz reconnu avoir été étonné par la décision prise par son ancien allié et il a souligné qu’il était défavorable à tout changement susceptible d’intervenir dans la composition actuelle du cabinet de guerre.

« Si rien n’est cassé, il n’y a rien à réparer », a dit Gantz, ancien chef d’état-major de Tsahal et l’un des trois membres bénéficiant d’un droit de vote au sein du cabinet, devant les journalistes.

« J’espère que les responsables du pays tout entier le comprennent. Plus que jamais, c’est le moment de faire preuve de responsabilité et d’agir avec la conscience qui est celle d’un véritable homme d’État, c’est le moment de faire ce qui est bon pour Israël », a continué Gantz. « Pardonnez-moi, mais ce n’est pas le moment de s’engager dans la politique politicienne. La question en jeu, ce n’est pas moi, ce n’est pas mon parti mais c’est l’État d’Israël ».

Saar a riposté avec colère, accusant Gantz de non seulement s’opposer à son intégration dans l’instance décisionnaire, mais également à celle du politicien Avigdor Liberman, qui siège lui aussi dans l’opposition, pour son positionnement va-t-en-guerre.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, à gauche, et le ministre de la Justice Gideon Saar à la Knesset de Jérusalem, le 22 juin 2022. (Crédit :Olivier Fitoussi/Flash90)

« Son opposition à tout changement dans la composition limitée du cabinet s’est basée sur un faux diagnostic : ‘Ce qui fonctionne n’a pas besoin d’être réparé’. Une large partie de la population a le sentiment, elle sait qu’il y a beaucoup de choses à corriger dans la manière dont la guerre est gérée par ce petit cabinet », a écrit Saar en évoquant Gantz dans un post qui a été publié sur X.

« Alléger la pression militaire et ralentir la destruction du Hamas ne sont pas de bonnes choses. Au point où nous en sommes, nous devrions avoir déjà presque terminé l’opération à Rafah », a accusé Saar. « Il ne s’agit pas de politique politicienne mais des décisions que nous prenons dans le cadre de cette guerre ».

Mais en plus de ses inquiétudes sur la manière dont le gouvernement a pris en charge le conflit actuel à Gaza, la politique semble aussi être une importante préoccupation pour Saar, ancienne personnalité de premier plan du Likud, qui avait été rejeté du parti après avoir défié Netanyahu aux Primaires de la formation, il y a plusieurs années.

Sa faction Tikva Hadasha, forte de quatre sièges à la Knesset, avait fusionné avec Kakhol lavan, de Gantz, qui avait gagné huit sièges au Parlement, au mois de juillet 2022.

Après les élections qui avaient eu lieu à la fin de la même année, l’alliance HaMahane HaMamlahti avait intégré les rangs de l’opposition, rejoignant néanmoins la coalition de Netanyahu en urgence après l’attaque meurtrière qui avait été commise par le Hamas sur le sol israélien, le 7 octobre, déclenchant la guerre à Gaza.

Dans le cadre de cet accord, cinq membres de HaMahane HaMamlahti avaient rejoint les bancs du cabinet de sécurité – un cabinet qui est formé sous tous les gouvernements israéliens au pouvoir : Gantz, Gadi Eisenkot, Saar, Chili Tropper et Yifat Shasha-Biton.

Saar avait été laissé à l’écart quand Gantz avait été nommé au sein du cabinet de guerre tandis qu’Eizenkot, un ancien chef d’état-major lui aussi, y entrait sous le statut d’observateur.

Avant cela, la formation avait refusé de siéger au sein du gouvernement de Netanyahu. Le Premier ministre est actuellement au cœur d’un procès dans trois affaires de corruption et il a été accusé d’essayer de porter atteinte à la démocratie israélienne avec son projet de refonte radicale du système judiciaire israélien, un projet avancé par son gouvernement d’extrême-droite et qui a depuis été suspendu.

La députée de Tikva Hadasha, Sharren Haskel, a expliqué mercredi que l’opposition de sa faction à Netanyahu était toujours d’actualité et que la scission avec HaMahane HaMamlahti était due « aux difficultés et aux désaccords qu’il y a entre nous et le parti Kakhol lavan [de Benny Gantz] sur les questions relatives à la sécurité ».

La députée Tikva Hadasha, Sharren Haskel, s’exprimant lors d’un vote sur un projet de réforme de la marijuana à des fins médicales, à la Knesset, à Jérusalem, le 13 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors qu’elle s’exprimait devant les caméras de la chaîne de la Knesset, Haskel a expliqué que Tikva Hadasha cherchait « à avoir une influence sur les affaires militaires » en faveur de la victoire à Gaza.

Après la guerre, il devra y avoir « un gouvernement d’unité aussi large que possible parce que notre pays, notre nation doivent traverser un long processus de rétablissement – le rétablissement de la sécurité, le rétablissement économique et le rétablissement social », a-t-elle continué.

Dans une interview qu’il avait lui-même accordée à la chaîne de la Knesset, le mois dernier, Saar avait indiqué qu’il ne pensait plus que Netanyahu devait faire l’objet d’un boycott. Néanmoins, Saar avait aussi laissé entendre que son opinion personnelle sur le Premier ministre n’avait pas changé et il avait ajouté qu’au lendemain des prochaines élections, la volonté du peuple devrait être respectée.

Lorsque le journaliste a demandé à Haskel, mercredi, si elle, aux côtés des autres députés de Tikva Hadasha, avaient quitté HaMahane HaMamlahti pour pouvoir présenter Saar comme une bonne alternative à Netanyahu et s’ils avaient l’intention de rejoindre le Likud, la députée a répondu que « nous n’irons nulle part. Notre positionnement à l’égard de Netanyahu est toujours le même – c’est le cas aujourd’hui et ça le sera aussi à l’avenir ».

Le journaliste Ben Caspit, dans un article publié sur le site hébréophone Walla, a écrit que la décision de Saar avait été prise par ce dernier parce qu’il craignait que l’ancien Premier ministre Naftali Bennett et que l’ancien chef du Mossad Yossi Cohen ne créent de nouveaux partis de droite rivaux – et que c’était un moyen pour lui pour devancer ses éventuels adversaires en ce qui concerne la question de l’opposition à Netanyahu.

Alors qu’il lui était demandé si Tikva Hadasha cherchait à trouver ses soutiens chez d’autres personnalités de droite de premier plan, comme Bennett, Haskel a répondu devant les caméras de la Knesset que « nous espérons véritablement que des personnalités issues de la droite libérale, pondérées, feront leur retour chez nous ».

Le député Zeev Elkin, autre ancien député du Likud appartenant, lui aussi, à Tikva Hadasha, a également évoqué la gestion du conflit pour expliquer la scission de sa faction. Il a aussi parlé de désaccords sur la prise en charge de l’après-guerre.

S’exprimant auprès de Israel Hayom, il a nié que le départ de Tikva Hadasha avait été coordonné avec le Premier ministre, disant que « s’il veut de nous au sein de la coalition alors notre voix doit pouvoir se faire entendre au cabinet ».

Le président de Tikva Hadasha, Gideon Saar (à gauche) et le ministre du Logement, Zeev Elkin, discutent lors d’une réunion de parti à la Knesset le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous ne soutenions pas Netanyahu avait de prendre cette initiative et nous ne lui apporterons pas notre soutien après », a-t-il continué, affirmant que « Netanyahu et les dirigeants actuels doivent être remplacés. Nous parlons, ici, d’une alternative. Il y a un public dont le positionnement est à droite et qui ne soutient pas Netanyahu et nous lui disons qu’ici, avec nous, il trouvera un foyer ».

Dans un autre entretien accordé à 103 FM, Elkin a indique que HaMahane HaMamlahti n’a jamais été « un seul parti » mais bien une alliance de formations issues du centre et de la droite politique, une alliance qui s’est fractionnée de façon croissante, empêchant Tikva Hadasha de faire part de ses positionnements.

En fin de compte, il y a de nombreux Israéliens, à droite, qui ne s’identifient ni à Netanyahu, ni à l’ultra-nationaliste Itamar Ben-Gvir, le ministre actuel de la Sécurité nationale, et qui cherchent une formation issue « de la droite libérale », a poursuivi Elkin.

« Ce que nous disons au public, c’est que vous n’avez pas à revenir à Netanyahu – il y a dorénavant une adresse, à la Knesset, qui n’existait pas jusqu’à présent, l’adresse d’une droite nationale et libérale, d’une droite pondérée ».

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