Une guerre du poignard née de l’intolérance hystérique
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Opinion

Une guerre du poignard née de l’intolérance hystérique

La décision historique de Moshe Dayan en 1967 d’interdire la prière juive sur le mont du Temple a évidemment durci l’intransigeance palestinienne. Au détriment de l’impératif réciproque pour la compréhension

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Les ambulances de Magen David Adom et des policiers près de la scène d'une attaque au couteau dans la Vieille Ville de Jérusalem, le mercredi 7 ctobre 2015 (Crédit  : Magen David Adom)
Les ambulances de Magen David Adom et des policiers près de la scène d'une attaque au couteau dans la Vieille Ville de Jérusalem, le mercredi 7 ctobre 2015 (Crédit : Magen David Adom)

Personne ne peut encore dire si cette vague sans précédent
d’ « attentats-suicide au couteau », combinée à une recrudescence tristement familière des affrontements en Cisjordanie, des tirs de roquette dans la bande de Gaza, des contre-attaques israéliennes, des manifestations des Arabes israéliens, de la violence de l’extrême-droite, et d’autres événements macabres, constitue le début d’un autre cycle du conflit.

Mais ces événements ne sont pas de bons augures.

Il s’agit bien d’une guerre d’agression au couteau née de l’intolérance hystérique et persistante. Et si verser davantage de sang est un échec répété (l’écœurement pur et l’échec purement déprimant de ces histoires), il n’y a à l’évidence aucun effet dissuasif.

Ces éruptions de violence découlent directement de la propagation insistante de la rumeur selon laquelle Israël est sur le point de permettre aux Juifs de prier sur le mont du Temple, et / ou de changer les politiques qu’Israël maintient sur le lieu saint le plus inflammable du monde.

Ce mensonge a été assidûment propagé par des ennemis comme le Hamas, le Fatah, et la Branche Nord du Mouvement islamique en Israël.

L’accusation a également été largement colportée dans les mosquées et sur les médias sociaux, et renforcée par des politiciens arabes israéliens incroyablement irresponsables, par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (qui a utilisé l’Assemblée générale des Nations unies pour accuser Israël d’envoyer des « extrémistes » dans la mosquée d’Al-Aqsa) et par des dirigeants de l’extrême droite juive israélienne qui ont affirmé à tort et à des fins de provocation que le gouvernement Netanyahu envisageait de nouvelles politiques.

Netanyahu lui-même aurait dû agir plus rapidement que ce qu’il a fait pour interdire aux députés de la Knesset leurs visites délibérément provocatrices sur le rocher.

Il aurait également dû, avec son gouvernement, se distancer de façon plus nette des propos des représentants de droite quant à des modifications possibles du « statut quo », qui remonte à un demi-siècle. Lorsqu’un ministre israélien, Uri Ariel de HaBayit HaYehudi, viole l’interdiction de la prière juive lors d’une visite filmée sur le mont du Temple, l’intégralité du monde musulman observe.

Comme nous le voyons aujourd’hui, et toutes les quelques heures de ces derniers jours, d’impressionnables jeunes Palestiniens ont été convaincus que leur Dieu leur demande de tuer, et s’il le faut d’être tué, pour « protéger al-Aqsa ».

Des mots alimentent des actes meurtriers dans cette dernière phase du conflit. Et ce dont nous avons urgemment besoin aujourd’hui, ce sont des mots différents : des mots honnêtes, sages et sensibles, par des dirigeants responsables pour essayer d’enrayer le processus en cours.

Ce n’est pas si souvent que les déclarations du secrétaire d’État John Kerry m’émeuvent, mais il a vu juste ce week-end en soulignant l’importance « du maintien du statu quo à al-Haram al-Sharif / le mont du Temple en paroles et en actes ».

Une peur constante

La situation n’est pas encore irréversible, mais nous sommes certainement sur une pente glissante.

La mosaïque fragile de notre vie quotidienne dans ces régions commence à se fissurer. Nous, les juifs et les musulmans, vivons en contact permanent. Et le contact banal, ces jours-ci, est devenu source de craintes.

Mon trajet pour me rendre au travail commence non loin de deux villages palestiniens situés dans les limites municipales de Jérusalem et depuis lesquels les cocktails Molotov et les attaques par jets de pierres sont devenus fréquents ces derniers temps.

Je dépasse ainsi Abu Tor, un quartier mixte au bord de l’explosion, où un jeune émeutier palestinien a été abattu ce week-end alors qu’il jetait une bombe incendiaire sur les troupes lors d’une manifestation.

Le rappeur reggae américain Matisyahu en concert à Jérusalem le 10 octobre, 2015. (Crédit : Flash90)
Le rappeur reggae américain Matisyahu en concert à Jérusalem le 10 octobre, 2015. (Crédit : Flash90)

A proximité se trouve le Sultan’s pool, où un concert en plein air donné par le rappeur ex-haredi Matisyahu s’est passé sans encombre ce samedi, entraînant une joie mêlée de soulagement.

A dix minutes à pied de nos bureaux, l’on trouve la Vieille Ville, où la menace de coups de couteau a atteint de tels sommets que la police a installé des détecteurs de métaux à diverses entrées pour assurer un confort psychologique, même s’ils n’ont aucune utilité réelle : les Juifs sont attaqués avec des couteaux, des tournevis et des ciseaux, qui sont partout dans les magasins et les maisons de la Vieille Ville, du côté soi-disant « sûr » des détecteurs de métaux, comme dans tout autre quartier.

De même, les gardes de sécurité dans les centres commerciaux procèdent à une vérification plus soigneuse des sacs et des vêtements de tout le monde, ce qui est admirable en théorie, sauf que les Israéliens patientant en ligne pour les contrôles de sécurité constituent alors une cible particulièrement vulnérable.

Des policiers israéliens montent la garde pendant l'installation d'un détecteur de métaux dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem le 8 octobre 2015 (Crédit photo:  Gali Tibon / AFP)
Des policiers israéliens montent la garde pendant l’installation d’un détecteur de métaux dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem le 8 octobre 2015 (Crédit photo: Gali Tibon / AFP)

Dans un pays craignant les coups de couteau comme Israël en octobre 2015, les Juifs traversent la rue pour éviter les Arabes et, aussi, les Arabes traversent la rue pour éviter les Juifs. Voilà bien une ironie : la combinaison piétonne la plus sûre ces jours-ci pourrait bien être un Juif et un Arabe côte à côte.

La dernière chance d’Abbas

A la racine de cette nouvelle recrudescence de la violence, déjà amère et potentiellement désastreuse, et d’effusion de sang, comme toujours, il y a le choc des récits – et c’est sur ce champ de bataille que les dirigeants responsables sont maintenant appelés de toute urgence.

La personnalité la plus décevante, dans ce contexte, est l’homme qui pourrait faire le plus pour aider à réduire les flammes : Abbas. Bien qu’il ne favorise pas directement le terrorisme, Abbas semble être de plus en plus en train de se transformer en son défunt prédécesseur non regretté.

Là où Yasser Arafat a assuré à son peuple qu’il n’y avait pas eu de temples juifs à Jérusalem et que donc il n’y a aucune légitimité historique pour un Etat juif moderne, Abbas se moque désormais de la notion du lien entre les Juifs et le mont du Temple et jure que le drapeau palestinien flottera « sur tous les murs de Jérusalem ».

Alors même qu’il affirme son opposition à la violence, il a aidé à la diffusion du mensonge sur les menaces à Al-Aqsa.

Pendant des mois, il a permis à ses fidèles du Fatah d’encourager les attaques à la voiture bélier et d’autres attaques terroristes pour protéger ostensiblement la mosquée ; il a sans cesse envoyé des personnes pour sonder le terrain pour la mise en place de l’unité avec les assassins islamistes du Hamas ; il ferme volontairement les yeux à la profanation d’Al-Aqsa par les agitateurs palestiniens qui prennent des armes à l’intérieur et l’utilisent comme une base militaire lors de confrontations violentes avec les forces israéliennes.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'un rassemblement commémorant le cinquième anniversaire de la mort de Yasser Arafat dans la ville cisjordanienne de Ramallah, en 2009. (Crédit : Issam Rimawi / flash 90)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’un rassemblement commémorant le cinquième anniversaire de la mort de Yasser Arafat dans la ville cisjordanienne de Ramallah, en 2009. (Crédit : Issam Rimawi / flash 90)

Ses défenseurs disent qu’il va nous manquer quand il partira et que son successeur sera en effet presque certainement être plus extrême. Mais Abbas laissera un héritage d’échec – à son peuple et au nôtre : Israël, peu importe le fait qu’il doit se séparer des Palestiniens pour maintenir son caractère juif, sa démocratie et son âme, n’ose pas confier la légitimité souveraine à une nation palestinienne qui n’est pas vraiment prête à vivre avec ce qu’elle reconnaît comme un Etat juif légitime enraciné et recréé.

Et Abbas, dans son effort d’obtenir la création d’un Etat, de manière défaitiste choisit d’ignorer cette réalité embarrassante. Jusqu’à ce que les Palestiniens internalisent le droit d’Israël d’être ici – ici, de tous les lieux – leur quête pour l’indépendance est vouée à l’échec.

C’est un aspect presque surréaliste et notable de cette éruption de violence : Israël a été plongé dans une guerre contre la terreur à cause d’une fausse affirmation selon laquelle il a l’intention d’autoriser la prière juive à l’endroit le plus saint du judaïsme. Cela pose plutôt la question de savoir pourquoi Israël ne permettrait pas la prière juive sur le lieu le plus saint du judaïsme, qui a été annexé et libéré, entraînant une grande effusion d’émotion juive pendant la guerre de 1967.

La réponse ? En utilisant le consensus halakhique rabbinique qui interdit aux Juifs de mettre les pieds sur le mont du Temple de peur qu’ils ne profanent le plus Saint des Saints de tous les sites.

Le ministre de la Défense d’Israël d’il y a 48 ans, Moshe Dayan, a pris la décision pragmatique de ne pas réaliser pleinement la souveraineté juive sur le mont du Temple, et donc de ne pas risquer une confrontation religieuse avec le monde musulman.

Au lieu de cela, Israël a opté pour interdire la prière juive et permettre à l’autorité du Waqf jordanien à continuer à administrer les lieux saints musulmans. Cette indulgence israélienne n’a été que trop évidemment mal comprise et mal interprétée parmi de nombreux Palestiniens comme étant la preuve que l’Etat juif n’a pas de véritable attachement à la colline. L’indulgence israélienne est maintenant récompensée par la violence.

Les Palestiniens manifestent devant le mont du Temple après des affrontements entre des lanceurs de pierres palestiniens et les forces israéliennes sur le mont du Temple le 27 septembre 2015 (Crédit : AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)
Les Palestiniens manifestent devant le mont du Temple après des affrontements entre des lanceurs de pierres palestiniens et les forces israéliennes sur le mont du Temple le 27 septembre 2015 (Crédit : AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)

Tout comme Israël doit reconnaître et respecter l’attachement musulman à l’Haram al-Sharif – comme cela est sa politique depuis 1967 – donc, les Palestiniens doivent aussi reconnaître et respecter l’attachement juif au mont du Temple. Arafat a catégoriquement omis de le faire. Abbas a maintenant ce qui peut être une dernière chance.

Tout le monde n’y prêtera pas attention, mais il reste une figure relativement crédible, relativement modérée. Et la désescalade de la présente recrudescence de la violence est aussi importante pour les intérêts des Palestiniens que pour ceux des Israéliens.

Il n’y aura pas d’Etat palestinien, jusqu’à ce que les Israéliens puissent commencer à croire que les Palestiniens cherchent véritablement la co-existence.

La nature particulière de cette phase de la violence, la cause apparente spécifique, est sanglante, indiquant aux Israéliens le contraire absolu : il suggère que les Palestiniens éprouvent à l’égard du lien de l’Etat juif au lieu le plus saint du judaïsme une intolérance poussant jusqu’au suicide, et que la décision historique de Moshe Dayan en 1967 a durci cette intransigeance au lieu d’avoir encouragé l’impératif réciproque de la compréhension et du compromis indispensable.

Moshe Dayan au mont du Temple, le 7 juin 1967 (Crédit : Ilan Bruner / GPO)
Moshe Dayan au mont du Temple, le 7 juin 1967 (Crédit : Ilan Bruner / GPO)
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