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Une Knesset menacée réouvre ; la coalition estime que seule l’unité peut la sauver

Les dirigeants de l'alliance au pouvoir appellent à la coopération pour prévenir les motions de censure ; Netanyahu affirme que les jours du gouvernement de Bennett sont comptés

Le Premier ministre Naftali Bennett à la Knesset le 9 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett à la Knesset le 9 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La coalition gouvernementale a commencé la session d’été de la Knesset, lundi, au milieu d’une crise grave qui menace de la chasser du pouvoir après moins d’un an. Les dirigeants des différents partis ont néanmoins insisté sur la capacité de la coalition à éviter l’effondrement, prêchant l’unité et rejetant les affirmations de l’opposition, qui déclare que les jours de l’alliance sont comptés.

Onze mois après son entrée en fonction, le Premier ministre Naftali Bennett a perdu sa majorité parlementaire, son propre parti est en train de se désagréger et un des principaux partenaires du gouvernement a suspendu sa coopération avec la coalition. Cette situation est propice à une éventuelle tentative de l’opposition, menée par l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, de renverser le gouvernement dans le courant de la semaine.

Si Bennett semble être en mesure de relever le défi dans l’immédiat, ses perspectives à plus long terme sont incertaines car ces difficultés interviennent à un moment où le gouvernement est profondément divisé sur des questions essentielles, où Israël est confronté à une vague continue d’attentats à l’arme blanche et à l’arme à feu commis par des terroristes palestiniens et où une confrontation avec les États-Unis sur la question de la construction de logements dans les implantations de Cisjordanie est imminente.

Boaz Toporovsky, le président par intérim de la coalition, a reconnu que la coalition était au milieu d’une « crise grave », mais il s’est dit optimiste quant à sa survie. « Tout le monde comprend que nous sommes à un moment charnière qui pourrait conduire, à Dieu ne plaise, à des élections en Israël », a-t-il déclaré à la chaîne publique israélienne Kan.

S’adressant à sa faction Yesh Atid avant l’ouverture de la séance plénière, lundi après-midi, le chef du parti et ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, a exprimé un optimisme prudent quant à la capacité de la coalition à se maintenir.

« Certains projets de loi seront retardés, mais Israël a eu des gouvernements similaires dans le passé qui ont survécu pendant longtemps », a-t-il déclaré, appelant l’opposition à « agir différemment ».

S’adressant à ses collègues parlementaires de Yamina lors d’une réunion de faction lundi, Bennett a reconnu que la situation actuelle de la coalition n’était pas idéale, mais il a insisté sur le fait que plonger le pays dans de nouvelles élections n’était pas la solution.

« L’instabilité politique est malsaine pour un pays. Nous devons tous redresser le navire et prendre nos responsabilités. Nous traversons une importante vague de terrorisme, et nous devons rester unis face à nos ennemis », a-t-il déclaré.


La députée de Yamina Idit Silman embrasse la députée du Likud Galit Distel Atbaryan à la Knesset, le 9 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Il est très important de maintenir la coalition parce que l’alternative est de reculer d’un an, ce qui est une perspective terrible », a-t-il déclaré, faisant valoir qu’au cours de l’année écoulée, son gouvernement avait pu commencer à guérir les fractures de la société israélienne qui s’étaient révélées dans les émeutes survenues dans les villes dites mixtes pendant la guerre de Gaza, au mois de mai dernier.

Bennett a exhorté son groupe parlementaire à ne pas s’engager dans des luttes politiques avec ses rivaux idéologiques au sein de la coalition, cette dernière ne tenant qu’à un fil.

Le nouveau gouvernement est entré dans l’histoire lorsqu’il a pris ses fonctions en juin dernier, mettant fin à une impasse politique prolongée marquée par l’organisation de quatre élections législatives dont les résultats n’ont pas été concluants en seulement deux ans. S’efforçant d’éviter ce qui aurait pu conduire à de nouvelles élections, Lapid et Bennett ont rassemblé une coalition diversifiée de huit partis ayant peu de choses en commun, si ce n’est leur animosité partagée envers Netanyahu.

Mais l’alliance difficile entre nationalistes religieux purs et durs, membres de la gauche de l’échiquier politique et représentants du parti islamiste Raam semble depuis ces derniers temps se diriger vers la dissolution.

Un membre du parti Yamina de Bennett – Amichai Chikli – a fait défection lorsque le gouvernement a pris ses fonctions, l’accusant d’avoir abandonné l’idéologie nationaliste revendiquée par la formation. Une deuxième membre – Idit Silman – a suivi son exemple le mois dernier, laissant la coalition et l’opposition à égalité – 60 sièges contre 60 – au parlement israélien, fort de 120 députés.

Entre-temps, les quatre députés de Raam ont gelé leur coopération avec la coalition en raison des tensions sur le mont du Temple de Jérusalem.

Le chef du parti, Mansour Abbas, n’a pas indiqué si ou quand il envisageait de réintégrer son parti au sein du gouvernement, bien qu’il ait déclaré la semaine dernière qu’il ne prendrait pas une part active à la chute de la coalition.

Constatant la situation précaire de l’alliance au pouvoir, Netanyahu a déclaré lundi que ses jours étaient comptés.

« C’est terminé, Naftali. Ton gouvernement est arrivé au terme de son court et faible mandat », a-t-il déclaré en séance plénière.

« Ce gouvernement n’a pas de légitimité publique », a-t-il ajouté.

Le président de l’opposition Benjamin Netanyahu s’adresse au plénum de la Knesset, le 9 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lors de la réunion de sa propre faction, Netanyahu a répété une nouvelle fois que le gouvernement de Bennett était « dépendant » de Mansour Abbas, de Raam, insinuant que le parti islamiste dictait la stratégie de sécurité nationale du pays – une affirmation que les dirigeants de la coalition ont démentie.

« Ce gouvernement faible et frauduleux est incapable de s’opposer ne serait-ce qu’un instant à la politique de soumission de l’administration américaine à l’égard de l’Iran, tout comme il est incapable de lutter contre le terrorisme du Hamas », a déclaré le leader du Likud.

Netanyahu a ensuite soumis l’une des deux motions de censure de l’opposition à l’encontre du gouvernement.

Le premier vote a échoué à 52 contre 61, grâce à l’opposition de la Liste arabe unie, en-dehors de la coalition. La Liste arabe unie se refuse à favoriser l’apparition d’un gouvernement dont Netanyahu serait à la tête.

Même si les motions de censure recueillent une majorité simple, elles restent largement symboliques tant que 61 députés ne soutiennent pas la formation d’un gouvernement alternatif à partir de membres siégeant au sein de la Knesset actuelle – avec la nomination du Premier ministre et des autres membres du cabinet.

Le leader du Raam, Mansour Abbas, lors d’un vote à la Knesset sur le budget de l’État, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu réfléchit à la possibilité de présenter une autre motion de censure dès mercredi, pour dissoudre le parlement et déclencher de nouvelles élections. Mais une telle démarche est risquée. Il faudrait qu’au moins un des membres restants de la coalition se joigne à lui, et il n’y a aucune garantie que cela se produise. Si Netanyahu échoue, il ne pourra pas présenter une motion similaire pendant les six prochains mois. Pendant ce temps, le procès pour corruption dont il fait l’objet se poursuit.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid s’exprime lors de la réunion de son groupe Yesh Atid à la Knesset, le 9 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

S’adressant à sa faction Kakhol lavan, le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la tenue de nouvelles élections.

« Pour cela, j’espère bénéficier du soutien des factions ultra-orthodoxes », a-t-il déclaré, faisant référence aux partis d’opposition avec lesquels il a maintenu des liens de travail, laissant planer le doute sur un futur partenariat si le gouvernement venait à tomber.

En attendant, « le parti Kakhol lavan fera tout ce qu’il peut pour stabiliser le système politique », a déclaré Gantz.

Abordant le sujet de la vague actuelle de terrorisme qui a tué 19 personnes depuis le 22 mars, Gantz a déclaré : « Nous avons affaire à un terrorisme qui se nourrit de mensonges et d’incitations. Le ministère de la Défense, Tsahal, le Shin Bet et la police travaillent au maximum de leurs capacités en Israël, en Cisjordanie et partout où c’est nécessaire. »

Le ministre des Finances Avigdor Liberman a attaqué Netanyahu pour les tensions actuelles avec le Hamas et l’a accusé de faire équipe avec des entités « bizarres et messianiques » qui « n’ont aucune limite » et feraient tout pour renverser la coalition.

« Netanyahu n’a aucun lien avec la droite », a déclaré Liberman, l’accusant d’être « une personne qui a accepté de verser de l’argent liquide à une organisation terroriste », en référence à la politique de Netanyahu qui a permis à que des fonds étrangers soient versés au Hamas pendant son mandat.

De gauche à droite : La présidente du Parti travailliste Merav Michaeli, le président du Likud Benjamin Netanyahu et le député Yahadout HaTorah Yaakov Litzman lors d’une réunion de la faction Yahadout HaTorah pour célébrer l’anniversaire du président Moshe Gafni, le 9 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Nous avons une bonne coalition, représentative de la population israélienne en général », a ajouté M. Liberman.

Un sondage réalisé en avril par le Israel Democracy Institute (IDI) a révélé que seulement 30 % des personnes interrogées pensaient que le gouvernement avait des chances de survivre à l’année, contre 49 % en février. L’organisation a interrogé 751 Juifs et Arabes israéliens et a indiqué une marge d’erreur de 3,65 %.

Des Palestiniens affrontent la police israélienne sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 avril 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Yohanan Plesner, un ancien député qui est maintenant président de l’IDI, a déclaré qu’il s’attendait à ce que la coalition résiste à la tempête, du moins à court terme.

Selon lui, même les membres mécontents de la coalition auraient trop à perdre si le pays devait plonger dans de nouvelles élections. Abbas, par exemple, commence tout juste à voir l’énorme quantité de fonds qu’il a obtenus affluer vers les communautés arabes appauvries qu’il représente.

Mais tous les membres de la coalition ont désormais la possibilité de faire pression sur le gouvernement pour qu’il soutienne des programmes qui leur sont chers et auxquels les autres partenaires s’opposent. Cette semaine, un groupe d’experts du ministère de la Défense devrait faire avancer le projet de construction de quelque 4 000 nouveaux logements dans les implantations juives de Cisjordanie, malgré l’opposition véhémente des États-Unis et de la majeure partie de la communauté internationale. Le projet de construction est soutenu par des membres du parti de Bennett, qui considère les habitants des implantations comme faisant partie de leur base de soutien.

« Au cours des prochains jours, nous saurons si la coalition est dans un état critique mais stable ou dans un état critique mais instable », a déclaré M. Plesner. « Les éléments à surveiller dans l’immédiat sont le parti Raam, dans son ensemble ou certaines de ses composantes, ou certains éléments au sein de Yamina. »

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