Une loi israélienne pour contrer la loi polonaise sur l’Holocauste
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Une loi israélienne pour contrer la loi polonaise sur l’Holocauste

Indignation en Israël alors que le Sénat polonais adopte le projet de loi malgré l'accord passé; un ministre demande à Israël de rappeler l'ambassadeur en signe de protestation

Michael Schudrich, grand rabbin de Pologne, récite une prière pour les victimes du massacre de Jedwabne au cimetière juif de la ville, le 10 juillet 2016. (Crédit : JTA/Cnaan Liphshiz)
Michael Schudrich, grand rabbin de Pologne, récite une prière pour les victimes du massacre de Jedwabne au cimetière juif de la ville, le 10 juillet 2016. (Crédit : JTA/Cnaan Liphshiz)

Les responsables israéliens ont réagi avec indignation jeudi après l’adoption par le Sénat polonais d’un projet de loi controversé sur l’Holocauste. Un député propose une loi israélienne pour contrer la loi polonaise, et un ministre demande le rappel de l’ambassadeur en signe de protestation.

Le Sénat polonais a adopté le projet de loi mercredi dernier, malgré les assurances données par le Premier ministre du pays selon lesquelles les préoccupations israéliennes seraient prises en compte avant que des mesures ne soient prises pour le transposer dans la loi. Le projet de loi interdirait de blâmer l’État ou la nation polonaise pour les crimes de l’Holocauste commis en Pologne.

La chambre haute du Parlement a voté à 57 voix pour et 23 contre, avec deux abstentions, pour approuver le projet de loi, ce qui représente un pas de plus vers l’adoption d’une loi. Elle doit encore être ratifiée par le président, qui la soutient.

Le Sénat polonais a donné au pays « l’honneur douteux d’être le premier État à institutionnaliser le déni de l’Holocauste dans le droit polonais », a déclaré le député Itzik Shmuli de l’Union sioniste d’opposition.

Le député Itzik Shmuli (Union sioniste) prend la parole lors d’une réunion du Comité du travail, de la protection sociale et de la santé à la Knesset, le 7 mars 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Shmuli a proposé deux lois pour contrer le projet de loi polonais. La première fournira une assistance juridique à toute personne poursuivie en vertu de la nouvelle loi polonaise.

La seconde, proposée mercredi, élargit les lois israéliennes existantes sur le déni de l’Holocauste pour y inclure une peine d’emprisonnement de cinq ans pour quiconque nie ou minimise le rôle joué par les collaborateurs nazis, y compris les Polonais, dans les crimes commis au cours de l’Holocauste.

« Nous ne permettrons pas aux collaborateurs de se cacher derrière les nazis et de nier leur responsabilité historique », a écrit Shmuli sur Twitter mercredi soir.

« Beaucoup de Polonais et beaucoup d’autres entendirent, connurent et aidèrent la machine d’extermination nazie. La tentative polonaise de réécrire l’histoire et de faire taire les survivants de l’Holocauste est osée, choquante et méprisable et nous nous y opposerons fermement. »

La loi proposée par Shmuli garantit également une protection juridique complète à tout survivant de l’Holocauste qui raconte son histoire et fait l’objet de poursuites judiciaires dans un pays étranger, ainsi qu’aux guides et au personnel éducatif participant à des visites en Pologne sur le thème de l’Holocauste.

Le nouveau projet de loi israélien a été co-écrit par Shmuli avec les députés Yair Lapid, qui dirige le parti Yesh Atid, Robert Ilatov (Israël Beytenu), Nurit Koren (Likud) et Bezalel Smotrich (HaBayit HaYehudi). Il a été signé par plus de 61 des 120 députés israéliens, représentant une majorité à la Knesset.

La décision du Sénat polonais a été condamnée en Israël par tous les partis politiques.

Le ministre des Transports, Yisrael Katz, a appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à rappeler immédiatement l’ambassadeur d’Israël de Pologne pour des consultations.

« La loi votée par les Polonais est un événement grave, car elle écarte tout reproche et nie le rôle de la Pologne dans l’extermination des Juifs », a déclaré Katz dans un communiqué.

« Le choix entre considérations diplomatiques et considérations morales devrait déboucher sur un choix clair : préserver la mémoire des victimes de l’Holocauste l’emporte sur toute autre considération », a-t-il ajouté.

« Nous ne laisserons pas la décision du Sénat polonais passer sans réaction. L’antisémitisme polonais a alimenté l’Holocauste », a déclaré le ministre de la Construction et du Logement, Yoav Galant, à la Radio de l’armée.

La députée Tzipi Livni de l’Union sioniste (ex-ministre des Affaires étrangères) lors d’une réunion de faction du parti à la Knesset le 16 janvier 2017. (Hadas Parush/Flash90)

L’ex-ministre des Affaires étrangères, la députée Tzipi Livni (Union sioniste) a déclaré à la station de radio qu' »ils ont craché au visage d’Israël deux fois, d’une part, comme l’Etat du peuple juif qui tente d’empêcher un second Holocauste, et d’autre part, face à un Premier ministre israélien qui avait conclu un accord avec son homologue polonais, et ne l’ont pas respecté ».

Le député Lapid a écrit sur Twitter qu' »aucune loi polonaise ne peut changer l’Histoire. Nous n’oublierons jamais. »

Le parti conservateur polonais au pouvoir, Droit et Justice, a rédigé le projet de loi, qui prévoit jusqu’à trois ans de prison pour toute tentative délibérée d’attribuer les crimes de l’Allemagne nazie à l’État ou au peuple polonais.

Un paragraphe clé du projet de loi stipule : « Quiconque accuse, publiquement et contre les faits, la nation polonaise, ou l’État polonais, d’être responsable ou complice des crimes nazis commis par le Troisième Reich allemand… ou d’autres crimes contre la paix et l’humanité, ou des crimes de guerre, ou minimise de manière flagrante leurs auteurs, est passible d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans. »

L’inscription allemande tristement célèbre qui se lit « Le travail rend libre » à la porte principale du camp d’extermination d’Auschwitz I, le 15 novembre 2014 à Oswiecim, en Pologne. (Christopher Furlong/Getty Images via JTA/File)

Le parti Droit et Justice affirme qu’il se bat contre des expressions comme « camps de la mort polonais » pour désigner les camps de la mort gérés par l’Allemagne nazie dans la Pologne occupée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Israël, cependant, voit dans cette initiative, avec ses dispositions étendues, une tentative de dissimuler le rôle que certains Polonais ont joué dans l’assassinat de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Tout le monde sait que des milliers de Polonais ont tué ou dénoncé leurs voisins juifs aux Allemands, provoquant leur assassinat », a déclaré dimanche Efraim Zuroff, éminent historien de l’Holocauste et directeur du Centre Simon Wiesenthal pour l’Europe de l’Est. « L’État polonais n’était pas complice de l’Holocauste, mais de nombreux Polonais l’étaient. »

Le conflit, qui a éclaté au cours du week-end, a suscité des récriminations amères de part et d’autre. Certains Israéliens ont accusé les Polonais, pour la plupart catholiques, d’être poussés par l’antisémitisme et d’essayer de nier l’Holocauste. Les Polonais pensent qu’ils sont diffamés en étant liés aux crimes allemands dont ils ont été l’une des plus grandes victimes.

Israël, ainsi que plusieurs organisations internationales de l’Holocauste et de nombreux critiques en Pologne, fait valoir que la loi pourrait avoir un effet dissuasif sur le débat sur l’histoire, porter atteinte à la liberté d’expression et conduire à un blanchiment de l’histoire de la Pologne en temps de guerre.

Netanyahu a condamné la loi l’accusant de « déformation de la vérité, réécriture de l’histoire et négation de l’Holocauste ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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