Une minuscule mèche de lampe en lin illumine la loi juive antique
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Une minuscule mèche de lampe en lin illumine la loi juive antique

Découverte lors de fouilles encore inédites menées dans le Néguev dans les années 30, cette mèche révèle comment la population chassait l'obscurité à l'ère byzantine – et avant

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Dr. Naama Sukenik de l'Autorité israélienne des Antiquité examine une mèche de lin de l'ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)
    Dr. Naama Sukenik de l'Autorité israélienne des Antiquité examine une mèche de lin de l'ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)
  • Une mèche de lin de l'ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)
    Une mèche de lin de l'ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)
  • Une mèche de lin de l'ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)
    Une mèche de lin de l'ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)
  • Une mèche de lin de l'ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)
    Une mèche de lin de l'ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)

Une mèche de lampe vieille de 1 500 ans d’une grande rareté a été découverte suite à l’examen récent d’objets laissés au placard après leur découverte dans la ville de Shivta dans les années 30.

Cette petite mèche, qui se trouvait dans un tube en bronze utilisé pour allumer une lampe en verre de l’époque byzantine, fait partie des rares à avoir été découvertes dans le monde, d’après le Dr. Naama Sukenik de l’Autorité des antiquités d’Israël.

L’analyse au microscope réalisée par cette dernière a révélé que la mèche était en lin. D’après l’archéologue, seules deux autres mèches en lin avaient été découvertes dans des tubes similaires en Israël, et très peu dans le reste du monde.

« Elles sont très petites et se détériorent rapidement sous terre. De plus, il est probable que la plupart aient été brûlées – c’était leur fonction, après tout, » indiquait Sukenik.

Le lin était cultivé au Levant pendant des millénaires, et les gens de la région en connaissaient très bien les usages, précise-t-elle. Les premiers exemples de tissus et fils de lin avaient été découverts à Nahal Hever et remontent à 10 000 ans, poursuit-elle.

Dr. Naama Sukenik de l’Autorité israélienne des Antiquité examine une mèche de lin de l’ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)

« Bien que nous portions plutôt du lin en été aujourd’hui, ces artefacts archéologiques ne permettent pas de déterminer quand ils étaient portés. Nous savons en revanche que le tissu était utilisé pour les sous-vêtements, les bandages, les chaussettes et des objets fonctionnels. Il servait moins à concevoir des vêtements raffinés car il était dur à teindre, » explique-t-elle.

Selon Sukenik, « on peut très bien comprendre que les peuples anciens utilisaient le lin pour les mèches, car cette fibre était très répandue en Israël avant le début de l’islam, notamment dans l’industrie textile. »

D’après l’experte, les fibres de cette mèche sont très dures néanmoins, ce qui pourrait indiquer que les matériaux de « moins bonne qualité » étaient utilisés pour les lampes et les meilleurs servaient à la confection de vêtements. « C’est très intéressant de découvrir qu’on utilisait ces matériaux le plus efficacement possible, » note-t-elle.

Outre des mentions dans la Bible, la célèbre inscription de Gézer datant d’environ 100 ans avant notre ère, évoque également la culture du lin. Sukenik indique que l’usage du lin en guise de mèche est attesté dans la Michna Chabbat, Chapître 2, qui est lu par les Juifs du monde entier lors de la liturgie traditionnelle du vendredi soir. Cette Michna indique quels matériaux sont autorisés pour l’allumage des lampes pendant Shabbat, dont le lin peigné (par opposition au lin non peigné) fait partie.

Cette Michna, établie juste avant l’apparition de cette mèche de l’ère byzantine, « est révélatrice de la réalité des populations d’alors. Nous avons là un texte qui précise ce qui est adéquat pour servir de mèche, et le lin en fait partie. Ça ne fume pas, ne sent pas mauvais et produit une bonne lumière, » explique le Dr. Sukenik. On ne cultivait pas le lin dans le Néguev, il est probablement arrivé dans le pays par le nord via le commerce, poursuit-elle.

Elle nous explique que la mèche a été découverte dans un contexte byzantin, vraisemblablement chrétien, et a pu servir d’éclairage dans un édifice public, notamment une église. Plus tôt dans l’année, un portrait rare de ce que les archéologues pensent être le visage du Christ avait été mis au jour dans l’une des églises de ce même site de fouilles.

Une mèche de lin de l’ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)

« La mèche examinée fait partie d’un type de lampe en verre typique de la période byzantine – une sorte de coupe ou bol en verre que l’on remplissait d’huile et qui produisait un éclairage puissant, même la nuit », expliquait Sukenik lors d’une conférence de presse de l’Autorité des antiquités d’Israël.

Le baptistère de l’ère byzantine de Shivta, dans le Neguev. (Crédit : Dror Maayan)

Revisiter un passé déjà dévoilé

Sukenik fut chargée d’examiner cette mèche et son support en métal il y a un an lorsque des archéologues de l’université de Haïfa, le Prof. Guy Bar-Oz et le Dr. Yotam Tepper, mirent la main sur des artefacts non dévoilés issus de précédentes expéditions dans le cadre d’un projet de recherche interdisciplinaire appelé Programme de recherche bio-archéologique dans le Néguev byzantin mené sur le site de Shivta, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

La mèche avait été initialement découverte lors d’excavations réalisées par l’archéologue américain Harris Dunscombe Colt dans les années 30. Dans une éloge funèbre datant de 1973 destinée à l’excentrique Colt, un collègue britannique avait écrit qu’il était attiré par le désert de Tsin mais n’avait pas entièrement publié les découvertes qu’il y avait faites.

Le professeur Guy Bar-Oz, chef du laboratoire d’Archéologie à l’Institut Zinman, à l’université de Haïfa, sur le site des fouilles de Shivta. (Autorisation)

La nouvelle étude – et publication – de la mèche relève de l’approche à 360° de l’équipe de l’Institut Zinman d’archéologie pour résoudre les mystères de « l’effondrement d’une société complexe dans une région écologiquement fragile il y a 1 500 ans. »

Une mèche de lin de l’ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)

Située au cœur du désert du Néguev, Shivta a été bâtie au début de l’ère romaine. Le village connut son apogée à l’époque byzantine (Ve et VIe siècles après notre ère). Elle finit par être abandonnée peu après sa transition et transformation culturelle au début de la période islamique (du milieu du VIIe siècle au milieu du VIIIe siècle), pour n’être redécouverte qu’au XIXe siècle par des archéologues de la Terre sainte, écrit l’équipe de recherche dans un rapport récent, « Enquête sur la transition byzantine/islamique dans le désert du Néguev : les excavations renouvelées de Shivta, 2015-2016. »

D’autres découvertes issues de l’expédition Colt des années 30, dont la mèche, seront exposées au musée Hecht de Haïfa à partir du 24 janvier 2019.

« Malgré sa petite taille – quelques centimètres seulement – elle nous éclaire sur l’un des objets le plus fondamental et le plus répandu de l’Antiquité, qui a presque disparu de la surface de la Terre, mais qui a été préservé à Shivta », explique Sukenik.

Une mèche de lin de l’ère byzantine. (Crédit : Clara Amit, Israel Antiquities Authority)
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