Une oeuvre de charité juive perd des donateurs après le soutien apporté par son directeur à ses voisins yéménites
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Une oeuvre de charité juive perd des donateurs après le soutien apporté par son directeur à ses voisins yéménites

Si le soutien apporté par Alexander Rapaport aux propriétaires immigrés d’une épicerie locale a entraîné des plaintes, des critiques et une baisse dans le financement de son réseau, un grand nombre de donateurs ont toutefois offert davantage d’argent pour compenser les pertes

Alexander Rapaport, derrière à gauche, lors d'une manifestation à la mairie de New York après que le candidat à la présidentielle Donald Trump a appelé à interdire d'entrée des Musulmans aux Etats Unis, le 9 décembre 2015 (Crédit : Cem Ozdel/Anadolu Agency/Getty Images)
Alexander Rapaport, derrière à gauche, lors d'une manifestation à la mairie de New York après que le candidat à la présidentielle Donald Trump a appelé à interdire d'entrée des Musulmans aux Etats Unis, le 9 décembre 2015 (Crédit : Cem Ozdel/Anadolu Agency/Getty Images)

NEW YORK (JTA) — Alexander Rapaport, un juif hassidique de Brooklyn, explique qu’avoir été la victime d’antisémitisme l’oblige dorénavant à dénoncer la haine contre les autres communautés. Et Rapaport, qui dirige un réseau de soupe populaire casher, a aidé à organiser un spectacle communal de soutien, la semaine dernière, à une épicerie appartenant à des Yéménites en réaction au décret de Donald Trump qui interdit temporairement l’immigration de sept pays à majorité musulmane.

Ce soutien appuyé n’a pas fait que des heureux.

« J’ai reçu votre courrier de sollicitation par courriel ainsi que ce numéro de téléphone », dit ainsi un message reçu mercredi. « Après avoir toutefois constaté que vous avez manifesté votre désapprobation face à l’ordre exécutif donné par le président Trump et que vous avez donc honteusement pris le parti de ceux qui mettent en péril la vie des Américains, je ne serai dorénavant plus en mesure de faire des dons à votre organisation ».

Le message, a indiqué Rapaport à JTA, se référait à une lettre de collecte de fonds envoyée quelques semaines auparavant aux 1 500 ‘plus grands donateurs’ – ceux qui ont pu offrir en une seule fois une somme à trois chiffres – du Réseau Masbia, qui offre des repas chauds aux habitants les plus démunis de New York.

Rapaport, qui vit dans le quartier du Borough Park où de nombreux Juifs hassidiques sont établis, a indiqué que d’autres donateurs l’avaient abordé dans la rue pour déplorer sa prise de position sur l’immigration à la suite du soutien qu’il a apporté à l’épicerie.

La semaine dernière, après que les propriétaires du magasin américano-yéménite ont organisé une manifestation pour protester contre l’interdiction temporaire décidée par le président, Rapaport avait fait part de son soutien en se rendant dans un commerce local avec d’autres membres de la communauté où il avait collé des post-it où l’on pouvait lire des « messages d’amour et de solidarité » sur la devanture.

Ce n’est pas la première fois que le franc-parler de Rapaport suscite la colère des donateurs.

Cet homme de 38 ans, père de sept enfants, a déjà adopté des positions qui ont pu être controversées.

Certains lui ont reproché de s’être exprimé en faveur des immigrants dans le passé et son réseau a déjà perdu des financeurs, insatisfaits que les repas chauds strictement casher qui sont distribués le soient sans distinction préalable de religion.

En décembre 2015, Rapaport était allé manifester devant la mairie de New York à la suite d’un appel lancé par Trump, alors simple candidat à l’élection présidentielle, qui réclamait un « arrêt total et complet de l’entrée des musulmans sur le territoire des Etats Unis ».

Tandis que Rapaport a déjà réfléchi à se montrer plus discret, il affirme malgré tout que dissimuler ses engagements ne serait pas honnête.

« Je ne veux pas prendre l’argent des gens en usant de faux-semblants. Oui, je suis personnellement très favorable aux immigrants et si cela disqualifie mon association pour vos dons, je vous en prie, ne me les donnez pas », a-t-il expliqué à JTA.

Ces plaintes surviennent à un moment critique pour Masbia, actuellement en quête de 250 000 dollars pour achever les rénovations de ses locaux situés dans le Queens.

Masbia sert actuellement des repas devant un immeuble du Queens, actuellement en cours de démolition.

Mais les conditions climatiques, l’hiver, peuvent rendre impossible ce service généreux, ce qui signifie que certains jours, les 200 personnes et quelques qui fréquentent la soupe populaire prennent le risque de repartir l’estomac vide.

« Nous servons une nourriture chaude dans la rue, devant notre ancien local qui se trouve juste en dessous des échafaudages de cet immeuble », dit Rapaport. « Ce n’est pas comme ça que nous souhaitons nourrir les gens ».

L’information du retrait de certains donateurs a toutefois amené des financeurs à revoir leurs dons à la hausse.
C’est le cas du rabbin Jonah Geffen, dont la synagogue dans l’Upper West Side a accueilli une campagne de collecte de fonds pour Masbia.

Dans un post publié sur Facebook, Geffen a appelé ses amis à donner de l’argent à cette soupe populaire, comme lui l’avait fait.

Vendredi en fin de matinée, la publication avait permis de collecter plus de 2 000 dollars à travers le réseau social, a indiqué Rapaport.

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