Une (très) faible opposition à Trump à l’extérieur de l’AIPAC
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Reportage

Une (très) faible opposition à Trump à l’extérieur de l’AIPAC

Bien que moins nombreux que prévu, un groupe de rabbins et d’autres jeunes gens se sont dressés contre Trump en étudiant la Torah pendant son discours

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Un groupe de rabbins se rassemble dans le centre Verizon en protestation pendant que Donald Trump s'exprime devant le public de la conférence politique de l'AIPAC, à  Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : Eric Cortellessa/Times of Israel)
Un groupe de rabbins se rassemble dans le centre Verizon en protestation pendant que Donald Trump s'exprime devant le public de la conférence politique de l'AIPAC, à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : Eric Cortellessa/Times of Israel)

WASHINGTON – Alors que le favori républicain donnait son discours très attendu devant 18 000 personnes pendant la conférence politique 2016 de l’AIPAC, un petit groupe de rabbins rassemblés dans un restaurant du centre Verizon étudiaient la Torah au lieu de l’écouter.

En réponse aux manières et au ton de la compagne du magnat de l’immobilier, des douzaines de rabbins ont eu le sentiment qu’ils ne pouvaient pas en bonne conscience être dans la salle pendant qu’il chercherait le soutien de la communauté juive américaine au premier rassemblement pro-israélien du monde.

« Nous sommes ici maintenant parce que, en vérité, nous sommes des personnes qui ne peuvent pas et ne veulent pas tolérer la haine, le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, la misogynie et les appels à la violence pour atteindre le plus haut poste du pays », a déclaré le rabbin Morris Allen, de Mendota Heights, dans le Minnesota, au groupe de ceux qui boycottaient le discours de Trump.

Mais Allen a souligné que leur décision de se rassembler d’une telle manière n’était pas dirigée contre l’AIPAC, mais seulement contre Trump.

« Ceci est une position contre un homme qui a fait campagne d’une manière qui n’a utilisé que la détraction et la négativité pour faire avancer sa propre candidature, a-t-il déclaré. Mais nous sommes à l’intérieur de cette enceinte. Nous ne manifestons pas contre l’AIPAC. Nous sommes partisans et croyons au travail que fait l’AIPAC. »

Le rassemblement a été organisé via une campagne intitulée ‘Ensemble contre la haine’, un jeu de mots sur le thème de la conférence, « Ensemble ».

Organisée à l’origine par les rabbins David Paskin et Jesse Olitzky, qui ont créé un site internet et un groupe Facebook pour orchestrer l’évènement, la manifestation hautement attendue contre Trump avait rassemblée plus de 300 rabbins, chantres et autres membres de la communauté juive américaine qui ont exprimé un désir de faire entendre leur dissidence.

L’évènement de Paskin est allé si loin qu’il a dit à CNN qu’il espérait que des « milliers de personnes » le rejoindraient.

Un groupe de rabbins et de jeunes gens se rassemble dans le centre Verizon en protestation pendant que Donald Trump s'exprime devant le public de la conférence politique de l'AIPAC, à  Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : Eric Cortellessa/Times of Israel)
Un groupe de rabbins et de jeunes gens se rassemble dans le centre Verizon en protestation pendant que Donald Trump s’exprime devant le public de la conférence politique de l’AIPAC, à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : Eric Cortellessa/Times of Israel)

Quand le moment est venu de se dresser contre le spectacle Trump, cependant, environ 30 personnes – majoritairement des rabbins, mais aussi des jeunes – se sont réunis pour s’absenter du discours adressé aux quelque 18 000 personnes qui se situaient juste de l’autre côté du couloir.

Malgré la participation très en-deçà des espérances, le groupe a agi selon ses projets, qui étaient de contrer le langage de Trump qu’ils considèrent comme pernicieux en étudiant et en enseignant le texte le plus sacré du judaïsme.

Spécifiquement, a déclaré Allen, ils voulaient refléter la notion biblique de derech eretz, qui signifie littéralement « la voie du pays », mais est utilisé pour dénoter un standard de comportement décent.

« Quand nous disons que quelqu’un n’a pas de derech eretz, cela signifie qu’il n’est pas un mensch, il n’est pas un être humain décent, a déclaré Allen au Times of Israel. C’est ce que, je pense, nous devions nous rappeler, que la décence précède tout le reste, et que vous ne pouvez pas faire campagne pour le plus haut mandat de ce pays en manquant de décence commune à la promotion de l’inclusion et de comment nous devrions nous traiter les uns les autres. »

La rhétorique de Trump diabolisant les minorités et ses propositions politiques ciblant les populations marginalisées aux Etats-Unis ont rendu sa candidature et sa personne dégoûtantes. Parmi le groupe, se trouvait Zach Reizes, un étudiant de l’Ohio de 19 ans, qui a particulièrement cité l’étiquetage des Mexicains comme des « violeurs » et la proposition d’interdire l’entrée des Etats-Unis à tous les musulmans.

« Je suis très inconfortable en écoutant Donald Trump, a déclaré Reizes, et cela vient de mon héritage de juif et d’être un descendant de survivant de l’Holocauste. Je ne veux pas être dans une pièce pendant qu’il parle, parce que je ne veux être complice d’aucune sorte de discours de haine ou de rhétorique de haine dirigée contre les minorités. »

Alors que Trump n’a rien dit qui cible directement les juifs, Reizes a déclaré que ses propositions de cibler d’autres groupes minoritaires résonnaient chez lui en tant que juif : « D’abord, parce que nous avons historiquement été discriminés, mais aussi parce que la discrimination contre les minorités va à l’encontre de toutes les valeurs juives qui m’ont été enseignées au cours de ma vie. »

« A écouter Donald Trump parler, il est clair qu’il ne reflète pas les valeurs que j’ai apprises, a-t-il ajouté. Et c’est pour ça que j’ai décidé de passer ce moment présent à étudier la Torah. »

Simultanément, le discours controversé et très attendu de Trump était remarquablement décevant. Et comme s’il ne savait pas que l’AIPAC avait appelé pendant toute la conférence à ce qu’il soit reçu poliment, Trump a réussi à impressionner son public pour susciter une réception chaleureuse, qui a inclus une série d’applaudissements, de rires, et même de standing ovations.

Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump à son arrivée sur la scène de la conférence politique annuelle de l'AIPAC au centre Verizon de Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP / SAUL LOEB)
Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump à son arrivée sur la scène de la conférence politique annuelle de l’AIPAC au centre Verizon de Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP / SAUL LOEB)

Trump a donné son premiers discours écrit de cette campagne en lisant un téléprompteur, et il a délivré un message ardemment pro-Israël, rétractant presque, mais pas explicitement, sa remarque la plus impopulaire auprès du public de l’AIPAC : rester neutre dans le conflit israélo-palestinien. Il a également promis d’empêcher l’Iran d’acquérir une bombe nucléaire et déclaré que s’il était élu président, « les jours où l’on menace Israël comme un citoyen de seconde classe prendront fin. »

Et pendant ce temps, environ 30 manifestants affiliés au mouvement conservateur – et un autre groupe mené par le mouvement réformé ailleurs dans l’enceinte – prenaient position en réponse à une rhétorique dont ils ont le sentiment qu’elle fait de l’hôte des Américains un citoyen de seconde classe.

Pendant les 26 minutes du discours de Trump, la distance entre l’intérieur de la salle et un petit restaurant situé juste de l’autre côté du hall était bien plus grande qu’elle ne le semblait physiquement.

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