Étudiants militants : l’AIPAC ne nous laisse pas manifester contre Trump
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Étudiants militants : l’AIPAC ne nous laisse pas manifester contre Trump

Le lobby pro-Israël dit que des e-mails prévenant les manifestants qu’ils seront interdits de toutes les futures conférences a été envoyé par erreur, clarifie sa politique de longue date de retrait des délégués perturbateurs

Le candidat aux primaires du parti républicain pour la présidentielle Donald Trump à une réunion éléctorale  à Newton dans l'Iowa, le 19 novembre 2015 (Crédit photo: Scott Olson / Getty Images / AFP)
Le candidat aux primaires du parti républicain pour la présidentielle Donald Trump à une réunion éléctorale à Newton dans l'Iowa, le 19 novembre 2015 (Crédit photo: Scott Olson / Getty Images / AFP)

WASHINGTON – Face aux menaces de manifestations de la part de certains participants à la conférence contre la présence du favori républicain Donald Trump pendant sa conférence politique annuelle la semaine prochaine, un employé du Comité des affaires publiques Israël-Etats-Unis (AIPAC en anglais) a envoyé un courriel aux militants étudiants les prévenant que toute tentative de perturbation pourrait entraîner l’annulation de leur autorisation à assister à la conférence et à la mise sur liste noire pour tous les futurs évènements de l’AIPAC.

L’organisation s’est ensuite distanciée des plaintes disant que cela ciblait injustement les étudiants, et a déclaré que le courriel avait été envoyé par erreur et sans autorisation.

Dans l’email, reçu lundi par nombre d’étudiants universitaires et vu par le Times of Israel, un employé de l’AIPAC a écrit : « je suis profondément conscient qu’il peut y avoir des orateurs à la conférence politique de cette année avec qui vous êtes en désaccord ».

L’email ne précisait pas quels orateurs pourraient être contestés par le public. L’organisation a annoncé vendredi que Trump s’exprimerait pendant le rassemblement annuel à Washington, D.C., prévu cette année entre le 20 et le 22 mars.

« Si vous choisissez de perturber le programme, comprenez que vous serez expulsés, votre autorisation d’assister à la conférence sera prise, et ce sera le dernier évènement de l’AIPAC auquel vous assisterez », a averti l’email. Alors que le courriel a été envoyé à certains étudiants inscrits à la conférence, il n’a pas été envoyé à tous les étudiants inscrits, et les critères d’inclusion n’ont pas été précisés.

« Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec un orateur, continuait l’email, mais il est attendu que vous le fassiez silencieusement et respectueusement, d’une manière qui reflète les valeurs supérieures de l’AIPAC et les vôtres en tant que militant. »

Un étudiant a répondu à l’email en demandant à l’organisation de clarifier quels panneaux ou banderoles seraient autorisés comme forme de protestation silencieuse, et a également lancé un groupe Facebook, « Ensemble contre la haine », pour organiser une manifestation silencieuse contre Trump.

L’employé de l’AIPAC a répondu mardi matin dans un deuxième email que les panneaux et les banderoles étaient interdits, et a prévenu les étudiants de ne pas utiliser la liste de distribution d’email pour organiser des manifestations étudiantes ou pour discuter de la situation.

Plus tard mardi, l’AIPAC a désavoué la correspondance. Le porte-parole de l’AIPAC Marshall Wittman a déclaré que « l’email à l’étudiant a malheureusement été envoyé par erreur et sans autorisation ».

« Il n’y a qu’une seule politique concernant les comportements perturbateurs à la conférence politique – qui a été notre politique pendant les quatre dernières années – et elle s’applique à tous les délégués, qu’ils soient étudiants ou non étudiants », a déclaré Wittman au Times of Israel.

« La politique a été d’indiquer sur les badges des délégués, cette année et les années précédentes, que ‘L’AIPAC se réserve le droit d’interdire l’accès aux participants qui se sont comportés d’une manière que l’AIPAC juge perturbante’. »

L’étudiant de l’université de l’Ohio, Zachary Reizes, s’est plaint que l’avertissement de l’AIPAC l’ait placé devant un dilemme éthique.

Zach Reizes (autorisation)
Zach Reizes (autorisation)

« Ces trois dernières années, l’AIPAC a contribué à mon éducation sur Israël, m’apprenant à défendre la sécurité et à m’exprimer contre la haine. L’AIPAC m’a également appris à être fier d’être juif », a écrit mardi Reizes dans une lettre à l’organisation qu’il a ensuite postée sur Facebook. « Je ne veux rien faire qui puisse mettre en danger ma relation avec l’AIPAC, donc j’ai écrit cet email avec anxiété. Cependant, votre organisation m’a également appris à m’exprimer pour moi-même et pour mes valeurs. »

Reizes a déclaré qu’il était « sans voix » devant l’email de lundi décourageant les protestations pendant la conférence.

« Cet email a expliqué que, au risque de la sanction de ne jamais être invité à nouveau à un évènement de l’AIPAC, mes camarades et moi-même devions rester assis tranquillement en guise de soutien tacite à un homme qui s’exprime contre toutes les valeurs qui me sont chères. »

‘En tant que juifs, nous devons être préparés à défendre l’idée que Donald Trump ne représente pas les valeurs de notre communauté’

Ces derniers jours, une petite minorité des partisans de Trump a été impliquée dans de violentes altercations avec des manifestants pendant des évènements électoraux et a été filmée effectuant un salut nazi et disant aux manifestants anti-Trump de « retourner à Auschwitz ».

Le favori républicain a également été largement critiqué pour ne pas s’être distancé de l’ancien dirigeant du Ku Klux Klan, David Duke.

Comme beaucoup d’autres participants critiques des rhétoriques et des positions de Trump – qui englobent un appel à des restrictions de voyage pour les musulmans, l’appréciation des politiques répressives du président russe Vladimir Poutine, une déclaration de neutralité sur le conflit israélo-palestinien, et l’absence de volonté de s’engager à reconnaitre pleinement Jérusalem comme la capitale d’Israël – Reizes a souligné qu’il comprenait le besoin d’inclure Trump parmi les candidats à la présidentielle invités à la conférence pendant une année électorale.

« Je n’accuse pas l’organisation de l’inviter, ou de l’autoriser à avoir un temps de parole, a expliqué Reizes. Mais en tant que juifs nous devons être préparés à défendre l’idée que Donald Trump ne représente pas les valeurs de notre communauté. Si nous ne le faisons pas, nous courrons le risque d’être complices de la répétition de l’Histoire, alors que l’AIPAC existe pour l’empêcher. »

« En tant que militants pro-Israël, nous avons une obligation morale d’empêcher des dirigeants autoritaires de parvenir au pouvoir suprême », a écrit Reizes.

Pendant une conversation avec le Times of Israel, Reizes a souligné qu’il ne pensait pas que sa position violait l’engagement de l’AIPAC envers le bipartisme, affirmant que l’opposition à Trump était elle-même un sujet bipartisan.

Reizes a déclaré que l’AIPAC devrait « faire un communiqué dénonçant le sectarisme, ou nous donner les moyens de démontrer qu’il n’y a pas de place pour la rhétorique haineuse au sein de la communauté juive. »

Reizes a ensuite été contacté par un cadre de l’AIPAC qui s’est longuement entretenu avec lui à propos de l’email de lundi et de la réponse de Reizes. Le cadre de l’AIPAC a déclaré à Reizes que l’email ne reflétait pas le message que l’organisation souhaitait envoyer aux étudiants militants.

Pourtant, Reizes a déclaré qu’il ne pensait pas que la situation était résolue et qu’il ne se sentait toujours pas à l’aise avec la position que l’AIPAC avait prise par rapport à Trump. « Si vous avez une objection morale contre Donald Trump et sa rhétorique haineuse, alors vous avez une obligation de vous y opposer. »

Reizes a déclaré qu’il prévoyait, avec d’autres personnes, de se tenir debout silencieux pendant le discours de Trump, et de quitter la salle la tête baissée.

Bien que des officiels de l’AIPAC n’aient pas commenté mardi s’ils prévoyaient un protocole de sécurité supplémentaire pour le discours de Trump, cela a été la politique de l’organisation depuis 2012 de se réserver le droit d’empêcher l’accès aux délégués qui perturbent la conférence.

Plus de 18 000 délégués sont inscrits à la conférence cette année, en faisant la plus grande conférence politique de l’histoire de l’organisation.

Bien qu’elle se soit attirée les critiques de certains démocrates l’année dernière pour son opposition à l’accord nucléaire de l’administration Obama avec l’Iran, l’AIPAC se vante d’être une organisation non partisane. Elle a étendu ses invitations à tous les candidats à la présidentielle, républicains et démocrates, pour s’exprimer à la conférence de cette année.

Trump et la favorite démocrate, l’ancienne secrétaire d’Etat Hillary Clinton, ont tous deux accepté l’invitation.

Les officiels de l’AIPAC ont souligné mardi que la conférence fournissait une opportunité unique pour les candidats des deux partis de partager leurs opinions et de discuter de leurs objectifs politiques sur la relation des Etats-Unis avec Israël et plus largement sur le Moyen Orient.

Dans une saison électorale marquée par les calendriers encombrés, la conférence de l’AIPAC est l’un des rares évènements, autre que le circuit officiel des débats qui suivront les conventions de nomination des deux partis, qui permet aux candidats de s’adresser à un public bipartisan.

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