Une université palestinienne développe un prototype de respirateur maison
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Une université palestinienne développe un prototype de respirateur maison

Le président de l'université Al-Quds indique que, si le prototype est approuvé, l'établissement fabriquera ces machines pour aider la Cisjordanie et Gaza

Des employés médicaux palestiniens testent les travailleurs palestiniens qui sont revenus de leur travail en Israël à l'entrée du village de Hussan en Cisjordanie, le 29 mars 2020. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Des employés médicaux palestiniens testent les travailleurs palestiniens qui sont revenus de leur travail en Israël à l'entrée du village de Hussan en Cisjordanie, le 29 mars 2020. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Une équipe formée d’ingénieurs et de médecins de l’université al-Quds, située dans la ville d’Abu Dis, en Cisjordanie, est parvenue à mettre au point un prototype de respirateur, renforçant les espoirs palestiniens d’une fabrication nationale possible de ces machines vitales dans le traitement des cas graves de COVID-19.

Ce prototype pourrait permettre aux Palestiniens de réduire – au moins partiellement – l’importante pénurie de respirateurs dans les structures médicales palestiniennes. Il n’y a actuellement que 256 machines de ce type en Cisjordanie et à Gaza, selon l’Organisation mondiale de la Santé.

80 à 90 % des respirateurs existants dans les institutions de santé palestiniennes sont d’ores et déjà utilisés par des patients dont la maladie n’est pas liée au coronavirus hautement contagieux, a fait savoir Gerald Rockenschaub, chef de la mission de l’OMS pour les Palestiniens, dans la journée de jeudi.

« L’équipe, au sein de notre université, a créé ce respirateur parce qu’elle veut sauver des vies », a expliqué Imad Abu Kishk, président de l’université al-Quds, dans un entretien téléphonique, notant que la matière première utilisée était locale et que la machine était totalement informatisée.

ونجحت الاختبارات…رئيس جامعة القدس يعلن نجاح الجامعة في انتاج جهاز تنفس طبي قابل للتصنيع محليًا وسد النقص في الأجهزة،…

פורסם על ידי ‏Al-Quds University جامعة القدس‏ ב- יום רביעי, 1 באפריל 2020

La demande mondiale de respirateurs a explosé ces derniers mois, la survie des personnes gravement atteintes par le COVID-19, à travers la planète, dépendant de ces machines.

En Italie, certains hôpitaux se sont trouvés dans l’incapacité de fournir un respirateur à tous les malades qui en ont eu besoin. Le pays, jusqu’à présent, a dû prendre en charge plus de 110 000 personnes atteintes par le coronavirus.

Les autorités palestiniennes ont indiqué, pour leur part, que 161 personnes avaient été testées positives au virus en Cisjordanie et à Gaza. La majorité des cas n’ont pas nécessité une hospitalisation.

Des agents de santé palestiniens manipulent un échantillon de test de coronavirus de travailleurs palestiniens à leur retour d’Israël à un point de contrôle près d’Hébron, le 25 mars 2020. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Les responsables palestiniens craignent toutefois une recrudescence possible des cas en Cisjordanie lorsque des dizaines de milliers d’employés palestiniens qui travaillent en Israël retourneront chez eux, sur le territoire, au cours des prochaines semaines.

Hani Abdeen, doyen de l’école de médecine d’al-Quds qui s’est impliquée dans le développement du prototype, indique que ce dernier ne peut être comparé aux machines fabriquées par les grandes firmes internationales, tout en soulignant qu’elle peut aider les malades à respirer.

« Le prototype n’a pas toutes les fonctions et tous les modes que proposent les compagnies internationales mais il peut aider les gens présentant des difficultés respiratoires aigües à inhaler et à exhaler, et à leur apporter de l’oxygène », a-t-il expliqué lors d’un entretien téléphonique. « Il est en mesure de les maintenir en vie. »

Imad Abu Kishk interviewé par Maan, agence d’information palestinienne, au mois d’août 2019. (Capture d’écran : Maan)

Haidar al-Hajji, chef de la PSI (Palestinian Standards Institution), un organisme de l’Autorité palestinienne chargé de délivrer les autorisations de production aux entreprises, indique que les membres de son organisation et des représentants du ministère de la Santé de l’AP se rencontreraient samedi pour examiner ce prototype.

« Si nous estimons qu’il respecte les normes en vigueur, alors nous donnerons une autorisation de production », dit-il au téléphone, notant que la PSI et le ministère de la Santé effectuaient les contrôles préalables du respirateur bien plus rapidement que ce n’est le cas habituellement.

Il clame que les différents responsables, lors de la réunion, vérifieront si le prototype est solide au niveau électrique et s’il est correctement calibré, et qu’une simulation médicale sera réalisée de manière à s’assurer de son bon fonctionnement.

Abu Kushk note que si le modèle est approuvé officiellement pour une production à grande échelle, l’université songe actuellement à le faire fabriquer entre ses murs.

Un personnel soignant palestinien passe du désinfectant, en mesure préventive, contre le coronavirus dans un gymnase de Gaza, le 15 mars 2020. (Crédit : Khalil Hamra/AP)

« Un grand nombre de compagnies ont appelé pour prendre en charge sa fabrication et faire des affaires mais nous pensons qu’il serait préférable de les fabriquer à l’université et de les vendre au coût de production », dit-il, supposant que chaque respirateur sera vendu à un prix allant de 500 à 2 000 dollars.

« Nous préférons que ce projet n’ait pas de visée lucrative et nous pensons que nos excellents étudiants en génie pourront jouer un rôle majeur dans leur fabrication », affirme-t-il.

Le prototype, selon le président d’université, a également été salué par le chef de l’AP, Mahmoud Abbas, et d’autres responsables palestiniens.

« Le président nous a appelés et il nous a félicités pour cette réussite », déclare Abu Kushk. « Il a souligné que le pays avait désespérément besoin de cette machine. »

La faculté de Sciences et de technologies de l’université Al-Quds. (Crédit : Diaaasa/Wikipedia Commons)

« Ce qui a été le plus compliqué, ça a été de programmer la machine de manière à ce qu’elle corresponde aux réalités médicales », ajoute-t-il, notant que l’équipe d’ingénieurs et de médecins avaient étudié la manière dont leurs homologues, aux Etats-Unis et au Canada, avaient fabriqué des respirateurs.

Hajji poursuit en disant que d’autres universités, organisations et entreprises palestiniennes développaient, elles aussi, des prototypes de respirateur, précisant qu’elles les préparaient encore en vue d’une présentation officielle.

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