US : un gel à l’ananas israélien pour soigner les victimes de gaz moutarde
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US : un gel à l’ananas israélien pour soigner les victimes de gaz moutarde

Se préparant à l'éventualité d'une attaque engendrant de nombreuses victimes, l'Autorité de R&D de la BARDA américaine versera jusqu'à 43 M$ à MediWound

Photo d'illustration de tranches d'ananas (Crédit : Anusorn Sutapan; iStock by Getty Images)
Photo d'illustration de tranches d'ananas (Crédit : Anusorn Sutapan; iStock by Getty Images)

L’entreprise israélienne MediWound Ltd., une firme biotechnologique qui met au point des traitements pour remédier aux blessures et aux brûlures, a fait savoir qu’elle avait reçu un nouveau contrat pour une valeur de 43 millions de dollars de la part de la BARDA (Biomedical Advanced Research and Development Authority) américaine pour l’adaptation de son produit-phare : Un gel fabriqué sur la base d’enzymes d’ananas pour traiter les brûlures qui pourra, après développement, également soigner les blessures entraînées par le gaz moutarde en cas d’attaque ayant entraîné un important nombre de victimes.

Le gaz moutarde est un agent chimique utilisé dans les guerres, qui se disperse sous la forme d’une bruine composée de petites gouttes qui causent des brûlures thermiques et des blessures à la peau.

Ce contrat va offrir à MediWound environ 12 millions de dollars de financement pour développer le NexoBrid de manière à ce que le produit puisse prendre en charge les blessures au gaz moutarde. Ce contrat, qui s’étendra sur huit ans maximum, contient également des options de financement supplémentaire à hauteur de 31 millions de dollars pour d’autres activités de développement du médicament – notamment les études sur les animaux et la prise en charge des autorisations nécessaires délivrées par la FDA (Food and Drug Administration) américaine, a expliqué MediWound mardi dans un communiqué.

MediWound a d’ores et déjà reçu la somme de 132 millions de dollars environ de la part de la BARDA pour le développement du NexoBrid. La BARDA, qui officie dans le cadre du Bureau du secrétaire-adjoint chargé de la préparation et de l’intervention au département américain de la Santé, a la charge du développement et de l’acquisition des vaccins, médicaments, instruments de thérapie et de diagnostic pour les urgences médicales liées à la sécurité publique.

Ce nouveau contrat est une « reconnaissance » de la technologie de MediWound de la part d’un département supplémentaire de la BARDA et la firme collaborera avec l’instance américaine pour développer le NexoBrid pour cette nouvelle indication dans le cadre des initiatives américaines de préparation à des attaques susceptibles d’engendrer un nombre massif de victimes, a fait savoir le président et directeur-général de MediWound, Gal Cohen, dans le communiqué.

« Dix décennies de recherches n’ont pas encore produit un traitement approuvé pour les blessures causées par le gaz moutarde », a-t-il ajouté.

« Sur la base de données prometteuses provenant d’études animales et présentées lors de la conférence de l’Association européenne des grands brûlés, il s’avère que le NexoBrid a un potentiel unique pour aider les victimes en cas d’attaque massive impliquant cet agent chimique de guerre, des victimes qui devraient subir, le cas échéant, une intervention radicale de suppression des peaux contaminées ».

Au début de l’année, la FDA a reconnu que le développement du nouveau médicament pouvait se baser exclusivement sur des essais sur les animaux – dans la mesure où des tests impliquant des agents chimiques sur les êtres humains ne sont ni éthiques, ni faisables. Sous les termes des règles définissant les essais sur les animaux au sein de la FDA, l’agence américaine « est en droit d’octroyer une approbation à la commercialisation sur la base d’études adéquates et bien contrôlées d’efficacité sur les animaux et quand les résultats de ces études établissent que le médicament aura des effets cliniques raisonnablement bénéfiques sur les êtres humains », a dit Cohen.

« Et maintenant, avec le financement non-dilutif apporté par la BARDA, nous pouvons avancer dans les essais sur les animaux pour tenter de développer une option de traitement non-chirurgicale pour les victimes du gaz moutarde ».

Un soin à l’ananas

MediWound développe et produit des thérapies basées sur des enzymes protéolytiques extraites de tiges de plants d’ananas. NexoBrid, le tout premier produit de la firme, a été le premier traitement pharmaceutique approuvé pour faire disparaître les croûtes causées par des brûlures sévères. De manière typique, ces croûtes – dont la suppression est essentielle pour accélérer la guérison et prévenir les infections – sont enlevées au cours d’une intervention chirurgicale.

NexoBrid a reçu une autorisation de commercialisation de la part des agences des médicaments européennes mais également de la part des ministères de la Santé israélien, argentin, sud-coréen et russe. Ce médicament a été approuvé pour aider à faire disparaître les tissus morts ou endommagés, connus sous le nom d’escarres, chez les adultes grièvement et profondément brûlés.

Ce médicament est considéré comme une nouvelle méthode de gestion des brûlures et les essais cliniques ont démontré avec une forte probabilité statistique sa capacité à faire disparaître rapidement, sans nuire aux tissus viables et sans nécessité d’une opération chirurgicale les escarres, a fait savoir MediWound.

Le deuxième produit de MediWound, EscharEx, est un médicament biologique en application locale développé pour le débridement – la suppression des tissus morts ou infectés – des blessures chroniques et difficiles à guérir, a noté l’entreprise. EscharEx contient la même enzyme protéolytique que le NexoBrid.

Au mois de mai, la compagnie, dont les actions sont commercialisées au Nasdaq, a fait savoir qu’elle avait loué les services d’une banque d’investissement pour l’aider à négocier la vente du NexoBrid. En 2017, les ventes de MediWound ont fait un saut de 60 %, à 2,5 millions de dollars, et les pertes nettes pour l’année ont totalisé 22 millions de dollars.

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