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Opinion

Vaincre la nouvelle vague de terrorisme : le défi, les tentations, les précédents

Avec 11 personnes tuées dans trois attentats en l'espace de huit jours, Israël redoute une nouvelle attaque de type Intifada. Ce n’est pas le cas... du moins, pas encore

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Les forces de l'ordre israéliennes et le personnel d’urgence sur les lieux d'un attentat terroriste qui a coûté la vie à cinq personnes, le 29 mars 2022, à Bnei Brak. (Crédit : Jack Guez/AFP)
Les forces de l'ordre israéliennes et le personnel d’urgence sur les lieux d'un attentat terroriste qui a coûté la vie à cinq personnes, le 29 mars 2022, à Bnei Brak. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Vingt ans après la deuxième Intifada – une série d’attentats-suicides palestiniens survenus entre 2000 et 2003 au cours desquels 1 000 Israéliens ont été tués – Israël lutte à nouveau contre une nouvelle vague de terrorisme arabe.

À mesure que remontent les souvenirs de cette épouvantable période, les Israéliens se reprennent à analyser la sécurité intérieure, afin de déterminer où ils devraient ou ne devraient pas aller faire du shopping ou dîner, utiliser les transports en commun, envoyer leurs enfants à l’école, mieux se protéger et protéger leurs proches contre les attentats terroristes.

Voici cinq aperçus d’une réalité quotidienne toujours plus dangereuse, de ses similitudes et de ses différences avec les vagues de terrorisme passées et des principaux défis à venir.

Pas une troisième Intifada…enfin, pas encore

Après l’attaque de Bnei Brak mardi soir, au cours de laquelle un Palestinien de Cisjordanie a abattu deux habitants, deux Ukrainiens et un policier, le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré qu’Israël faisait face à « une vague de terrorisme arabe meurtrier ».

Il n’a pas parlé de troisième Intifada parce qu’il ne s’agit pas – encore – d’une attaque meurtrière organisée et orchestrée.

Nombre des tueurs de la deuxième Intifada ont été inspirés, entraînés, armés et envoyés par une infrastructure terroriste de Cisjordanie – une usine à terroristes.

Les liens du tireur de Bnei Brak avec un ou plusieurs groupes terroristes font actuellement l’objet d’une enquête. Bien qu’évidemment inspirés par l’État islamique, les tueurs de Beer Sheva et Hadera semblent avoir planifié eux-mêmes leur attentat.

Une barrière de sécurité poreuse

Immédiatement après l’attaque de Bnei Brak, on a pu lire que des responsables des forces de l’ordre s’interrogeaient sur la manière dont le terroriste Diaa Hamarsheh, des environs de Jénine au nord de la Cisjordanie, avait pu franchir la frontière vers Israël.

Le fait est que la barrière de sécurité de Cisjordanie, dont la construction a été autorisée du temps de la deuxième Intifada, a longtemps été poreuse et a manqué d’entretien.

Il est de notoriété publique que tout Palestinien de Cisjordanie cherchant à entrer illégalement en Israël trouvera le moyen de le faire, que ce soit à la faveur de l’une des innombrables brèches dans la barrière, en se faufilant entre deux patrouilles militaires -en nombre insuffisant-, en échappant aux caméras et capteurs des systèmes de surveillance sophistiqués qui opèrent désormais la barrière intelligente frontalière de Gaza.

Si l’on veut éviter une aggravation du terrorisme palestinien issu de Cisjordanie, la barrière doit retrouver sa vocation première, protectrice car difficile à franchir, moyennant les investissements budgétaires et la main-d’œuvre nécessaires. Elle n’a jamais eu vocation à constituer l’unique défense contre terrorisme de Cisjordanie, mais elle a un rôle vital à jouer comme élément déterminant dans la lutte.

Un Palestinien creuse un trou dans la barrière de sécurité de Cisjordanie près de Bir Nabala, entre Jérusalem et Ramallah, le 8 novembre 2014. (Crédit : STR/Flash90)

Toutefois, deux des trois attaques meurtrières des huit derniers jours ont été menées par des citoyens arabes israéliens, liés et inspirés par l’État islamique.

Le califat djihadiste auto-proclamé a peut-être perdu ses atouts territoriaux, mais son idéologie perdure, y compris parmi une minorité arabe israélienne, très limitée mais potentiellement meurtrière, comme l’ont illustré dans le sang les attentats de Beer Sheva et Hadera.

L’homme issu d’une communauté bédouine du Neguev qui a tué quatre Israéliens à Beer Sheva était sympathisant de l’État islamique. Il avait précédemment purgé une peine pour avoir recruté au profit de l’EI et cherché à rejoindre les combats en Syrie. Les Arabes d’Umm al-Fahm qui ont abattu deux agents de la police des frontières à Hadera avaient quant-à-eux prêté allégeance à l’État islamique dans une vidéo avant de commettre l’attentat.

Aucun contrôle aux frontières n’aurait pu les empêcher d’approcher leurs cibles israéliennes, car ils étaient Israéliens.

Les deux terroristes responsables de la fusillade à Hadera, le 27 mars 2002 : Ayman Ighbariah (à gauche) et Ibrahim Ighbariah (à droite), ce dernier photographié au tribunal de Haïfa le 29 juin 2016 lors de son procès pour tentative de rejoindre l’État islamique en Syrie (Crédit : Capture d’écran)

Des armes partout

En dépit de leur dévouement et compétences exceptionnels, de la collecte sophistiquée de renseignements et de la surveillance des réseaux sociaux, les forces de l’ordre n’ont pas perçu les terroristes de Beer Sheva ou d’Hadera comme des menaces imminentes. Mais surtout, dans le cas de Hadera, des sources du Shin Bet auraient reconnu qu’ils auraient pu faire mieux.

Si le tueur de Beer Sheva s’est mis en route avec un simple couteau, il apparait que les deux cousins terroristes de Hadera avaient manifestement planifié avec soin leur attentat. Ils disposaient d’armes à feu neuves — non pas des copies fabriquées localement — et de beaucoup de munitions. Ils auraient bénéficié d’une formation à ces armes, sans que l’on sache où ni quand.

Ils avaient l’intention de tuer un grand nombre de personnes, et l’auraient fait s’ils n’en avaient été empêchés par les membres d’une unité d’agents infiltrés de la police des frontières, attablés dans un restaurant voisin.

Un terroriste aperçu peu de temps avant qu’il ne pointe son arme sur un passant à Bnei Brak, le 29 mars 2022. (Crédit : Capture d’écran)

Pendant des années, on a laissé monter et s’envenimer une vague de crimes violents au sein de la communauté arabe israélienne, faisant des dizaines de morts chaque année, jusqu’à ce que les forces de l’ordre se penchent sur ce fléau ces derniers mois.

Mais d’énormes quantités d’armes – dont des centaines de milliers d’armes à feu – se sont accumulées, utilisées pour commettre des meurtres au sein de la communauté.

Bien qu’on ne sache pas dans quelle mesure une action répressive plus précoce aurait pu empêcher l’attentat de dimanche, il est certain que les armes amassées pendant des années de négligence seront utilisées lors d e prochains attentats.

Blâmer tous les Arabes est injustifié et contre-productif

La tentation, face à un attentat terroriste, est de chercher des responsables et de s’en prendre à des cercles toujours plus larges : tous les Bédouins, tous les Palestiniens, tous les Arabes. C’est tentant, mais injustifié, malavisé et contre-productif.

Pour les forces de l’ordre, l’impératif est de contrecarrer l’action des extrémistes qui constituent une réelle menace, sans pour autant instituer de mesures punitives collectives, seulement susceptibles de justifier l’engagement de nouvelles recrues.

Le tueur de Beer Sheva a été largement condamné au sein de sa propre communauté bédouine du Neguev.

Les hommes armés de Hadera ont été largement condamnés à Umm al-Fahm.

Il y en a certainement d’autres comme eux dans leurs communautés, mais c’est loin d’être la règle. En Cisjordanie, le terrorisme bénéficie d’un large soutien, mais, encore une fois, il ne s’agit pas encore d’une Intifada – un soulèvement « populaire » généralisé-, et le défi des forces de l’ordre est d’empêcher qu’il ne le devienne.

(Le chef de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a également condamné l’attaque de Bnei Brak mardi soir, mais seulement sous la pression du ministre de la Défense Benny Gantz. L’AP assure une coopération vitale en matière de sécurité avec Tsahal, mais elle diffuse également un discours de haine contre Israël de nature à saper notre légitimité fondamentale. Le Hamas, pour sa part, encourage le terrorisme tout en maintenant pour l’heure le calme à Gaza.)

Les Palestiniens célèbrent dans la ville de Jénine en Cisjordanie après qu’un terroriste de la région a abattu cinq personnes à Bnei Brak, le 29 mars 2022. (Crédit : Photo AFP)

Les actions cyniques et politiciennes qu’illustre le projet provocateur d’Itamar Ben Gvir, membre extrémiste de la Knesset, de visiter le Mont du Temple d’ici un jour ou deux, ont quant à elles vocation à entretenir le conflit.

Elles ne font que mettre davantage de pression sur des forces de l’ordre déjà surchargées, sapant la bataille contre les terroristes.

Amir Khourry, 32 ans, originaire de Nof Hagalil, est le policier tué dans une fusillade avec un terroriste à Bnei Brak le 29 mars 2022 (Crédit : Police israélienne)

Soit dit en passant, deux des onze victimes de ces trois attentats étaient des Arabes israéliens – l’officier druze de la police des frontières Yazan Falah, abattu à Hadera, et l’officier de police arabe chrétien Amir Khoury, qui a perdu la vie dans la fusillade qui a mis fin à l’attaque de Bnei Brak.

« Soit dit en passant », parce que bien sûr il y a des Arabes qui servent dans les forces de l’ordre israéliennes.

Yazan Falah et Shirel Aboukrat, deux agents de la police des frontières tués dans une attaque terroriste à Hadera, photographiés à leur base, quelques heures avant d’être tués le 27 mars 2022. (Crédit : Police israélienne)

La résilience éprouvée des Israéliens

Avec trois attaques en l’espace de huit jours, les terroristes ont tué plus de personnes en Israël que pendant les deux années 2020 et 2021 cumulées. Les onze morts déplorés au terme des attentats de Beer Sheva, Hadera et Bnei Brak constituent le bilan le plus meurtrier depuis l’attentat suicide de Tel Aviv d’avril 2006, au cours duquel onze personnes avaient été tuées.

Israël a déjà connu des vagues de terrorisme, et notre nation a fait preuve d’une volonté et d’une résilience extraordinaires pour faire face, se battre et finalement l’emporter.

Tout indique que le terrorisme et les effusions de sang vont s’aggraver – depuis l’extérieur et, comme ce fut également le cas en mai dernier, depuis l’intérieur – face à des groupes terroristes bornés et leurs sympathisants, désireux d’entretenir l’hostilité, auxquels s’ajoutent des « imitateurs » « inspirés » à agir dans le même sens.

Et tous les précédents nous portent à croire qu’ils seront vaincus.

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