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Gantz a exhorté Abbas à condamner l’attaque, menaçant les avantages du Ramadan

La fusillade compromet la décision d'accorder des permis d'entrée aux Palestiniens pour prier à Al-Aqsa ; le silence du chef de l'AP aurait mis ces mesures en danger

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le ministre de la Défense Benny Gantz et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. (Crédit : AP/Collage)
Le ministre de la Défense Benny Gantz et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. (Crédit : AP/Collage)

Le bureau du ministre de la Défense, Benny Gantz, a transmis un « message sévère » au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lui demandant de condamner l’attentat terroriste meurtrier de mardi soir à Bnei Brak, ont confirmé deux responsables au fait de la question.

Moins d’une heure après avoir reçu le message, Abbas a publié une condamnation – une mesure rare qui n’a pas été prise par le leader de l’AP après les attaques terroristes de Beer Sheva et Hadera qui ont eu lieu la semaine dernière.

Les services de sécurité israéliens ont pris une série de mesures pour assouplir les restrictions imposées aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza à l’approche du mois sacré du Ramadan, qui commence début avril. Il s’agit notamment de l’octroi de permis d’entrée supplémentaires aux fidèles musulmans plus âgés pour qu’ils puissent prier à la mosquée al-Aqsa, de l’extension des heures couvertes de ces permis et d’autres mesures visant à faciliter la liberté de mouvement des Palestiniens, qui est généralement plus limitée, a déclaré un responsable de la défense israélienne.

Lors de la visite du secrétaire d’État américain Antony Blinken en Israël en début de semaine, le Premier ministre Naftali Bennett a annoncé que le gouvernement allait augmenter de 8 000 le nombre de permis permettant aux habitants de Gaza de travailler en Israël, portant ainsi le total à 20 000 permis pour le territoire contrôlé par le Hamas, qui a connu l’une de ses périodes les plus calmes depuis plus d’un an.

Mais ces mesures sont menacées par l’attentat de mardi à Bnei Brak, au cours duquel quatre civils et un policier ont été tués, a déclaré un responsable au Times of Israël, ajoutant que ces mesures auraient été encore plus menacées si Abbas avait gardé le silence.

Tout en insistant sur le fait qu’il ne faisait pas de comparaisons entre les différentes attaques, un responsable palestinien s’exprimant sous couvert d’anonymat a noté que le président de l’AP avait peu de chances d’obtenir le soutien de l’opinion publique, qui n’a pas bénéficié des avantages de la « voie diplomatique » promue par Abbas. « Et pourtant, il a pris la décision de s’exprimer, même si Bennett n’a jamais condamné le meurtre de nos civils, qui se produit bien plus fréquemment. »

Des policiers et des secouristes sur les lieux d’une fusillade à Bnei Brak, le 29 mars 2022. (Crédit : Avshalom Sasson/Flash90)

Cinquante et un Palestiniens ont été tués depuis le début de l’année 2022. Beaucoup d’entre eux ont été abattus lors d’affrontements avec les forces de sécurité, mais d’autres, comme Omar Asad, ont été tués dans des circonstances plus contestées. Alors qu’une poignée de hauts responsables israéliens ont émis des condamnations après que l’homme de 78 ans a été victime d’une crise cardiaque mortelle après avoir été ligoté, bâillonné et abandonné dans un bâtiment à moitié construit par les troupes israéliennes, Bennett n’en faisait pas partie.

Onze citoyens israéliens ont été tués dans trois attaques au cours des sept derniers jours seulement, dans ce qui est la semaine la plus meurtrière depuis 2006, lorsqu’un attentat suicide avait fait autant de victimes civiles à Tel Aviv. Les deux premiers attentats ont été perpétrés par des citoyens israéliens arabes soutenant l’État islamique, mais l’auteur de l’attentat de mardi était un Palestinien de Cisjordanie, un ancien prisonnier de la sécurité lié au mouvement Fatah d’Abbas.

Dans sa déclaration de mardi soir, Abbas a « exprimé sa condamnation du meurtre de civils israéliens ce soir, soulignant que le meurtre de civils palestiniens et israéliens ne fait que conduire à la détérioration de la situation. »

Abbas a soigneusement évité de dire que l’occupation israélienne jouait un rôle dans la vague de violence actuelle – un lien qu’Ayman Odeh, leader de la Liste arabe unie, un partie à prédominance arabe, a pris soin de souligner dans sa déclaration.

D’une part, l’establishment sécuritaire israélien a reconnu que la coopération avec les forces de sécurité d’Abbas a souvent permis de maintenir les Israéliens hors de danger et de déjouer d’éventuelles attaques terroristes palestiniennes. Mais M. Abbas a également fait l’objet d’immenses critiques concernant la politique d’aide sociale de l’AP, qui prévoit le versement d’allocations aux prisonniers de sécurité ayant tué des civils israéliens ainsi qu’aux familles des attaquants tués.

Les détracteurs de cette politique la surnomment « payer pour tuer ». Pour de nombreux Palestiniens, cependant, la solidarité avec les personnes emprisonnées pour divers actes d’opposition au régime israélien, y compris la violence, est un principe clé du mouvement national. Les paiements sont également considérés comme une forme cruciale d’aide sociale pour les familles dont le chef de famille est emprisonné par ce qu’elles considèrent comme un système militaire injuste.

Les Palestiniens célèbrent dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, après une fusillade dans la ville israélienne de Bnei Brak qui a tué cinq personnes, le 29 mars 2022. (Crédit : AFP)

Contrairement à Abbas, le Hamas et le Jihad islamique à Gaza ont salué l’attaque de Bnei Brak, tout en évitant d’en assumer la responsabilité. Les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, une coalition de groupes armés vaguement affiliés au Fatah, le parti au pouvoir de l’Autorité palestinienne, l’ont fait mercredi avant l’aube.

Le président Isaac Herzog doit se rendre en Jordanie mercredi pour discuter des efforts visant à réduire les tensions à Jérusalem avant le Ramadan. L’attaque de mardi soir ne semble pas avoir fait dérailler le plan et Herzog sera le quatrième haut responsable israélien à se rendre en Jordanie ce mois-ci. Le ministre de la Défense Benny Gantz a rencontré le roi Abdallah mardi, le ministre des affaires étrangères Yair Lapid en a fait de même le 10 mars et le ministre de la sécurité publique Omer Barlev a rencontré le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi la semaine dernière.

Chacune de ces réunions s’est essentiellement concentrée sur le même objectif : prévenir les violences à Jérusalem, du type de celles qui ont débouché sur la guerre de 11 jours à Gaza en mai dernier.

La confluence du Ramadan, de la fête de Pessah et de Pâques en avril est également un sujet de préoccupation pour l’administration Biden, des responsables américains et israéliens ayant déclaré au Times of Israël le mois dernier que Washington avait demandé à Jérusalem de prendre des mesures pour faire baisser les tensions et prévenir une flambée de violence.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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