Voulant influencer l’Eurovision, Regev prise en flagrant délit de mensonge
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Voulant influencer l’Eurovision, Regev prise en flagrant délit de mensonge

La ministre de la Culture a affirmé qu'il était impossible de faire confiance au diffuseur public pour l'événement de 2019

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev s'exprime lors d'une conférence de presse concernant l'annulation d'un match de football entre l'Argentine et Israël, à Tel Aviv, le 6 juin 2018. (Yossi Zeliger/Flash90)
La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev s'exprime lors d'une conférence de presse concernant l'annulation d'un match de football entre l'Argentine et Israël, à Tel Aviv, le 6 juin 2018. (Yossi Zeliger/Flash90)

La ministre de la Culture et des sports Miri Regev qui chercherait à influencer le concours de l’Eurovision qui aura lieu l’année prochaine en Israël – malgré les mises en garde des organisateurs contre une éventuelle politisation de l’événement – a été prise en flagrant délit de mensonge alors qu’elle affirmait qu’il était nécessaire que son ministère soit impliqué dans la production.

Dans un contexte de conflit en cours sur la nature de la production, un reportage diffusé à la télévision a expliqué samedi que Regev avait demandé que le diffuseur public israélien, Kan, coordonne la programmation du concours de 2019 avec le gouvernement.

Elle chercherait à ce que ce dernier soit impliqué dans la production des segments d’images de présentation des concurrents, lorsque chacun des candidats sera filmé en Israël.

Le reportage a indiqué que cette demande d’implication résultait d’un manque de confiance entre Regev et le diffuseur public qui est chargé d’organiser le concours.

L’un des arguments avancés par Regev a concerné la déclaration d’ouverture de la phase des votes de l’Eurovision, lors de laquelle elle a clamé que l’employée de Kan, Lucy Ayoub, une israélienne arabe, avait salué les hôtes et les téléspectateurs par les mots « ahlan wa sahlan », qui veulent dire « bienvenue » en arabe.

« Lorsque la diffusion a été accordée à Israël lors de l’Eurovision au Portugal, cette diffusion a commencé par les mots : ahlan wa sahlan », a indiqué Regev aux députés la semaine dernière en séance plénière de la Knesset. « Je vais tous vous étonner mais au sein de l’Etat d’Israël, on commence en disant Shalom ».

Mais Ayoub n’a, en fait, pas ouvert son intervention, cette soirée-là, en arabe et lorsqu’elle s’est exprimée dans cette langue, elle n’a pas dit « ahlan wa sahlan », préférant utiliser le salut « marhaba ».

« Bonne soirée », a-t-elle tout d’abord dit à ses hôtes en anglais, révèle un enregistrement de la soirée, avant d’ajouter « Bonsoir Lisbonne » en hébreu.

C’est seulement à ce moment-là qu’Ayoub a prononcé quelques mots en arabe, qui voulaient dire : « Salut, bonne soirée l’Europe ».

Les militants de gauche ont fait part de leur indignation après que le mensonge de la ministre a été rapporté sur la chaîne Hadashot, samedi. Les militants du parti du Meretz ont placé dimanche des pancartes devant son habitation qui disaient : « Marhaba and Masaa al-Khair », les mots arabes prononcés par Ayoub, suivis de « Miri, sors de notre Eurovision » en hébreu.

L’animatrice télé et radio arabe israélienne Lucy Ayoub. (Crédit : CC-BY-SA-4.0 Image/ Autorisation Israeli Broadcasting Corporation/Wikipedia)

Ayoub, animatrice à la télévision et à la radio pour Kan, âgée de 26 ans, est née et a grandi à Haïfa avec un père arabe chrétien et une mère qui s’est convertie au christianisme depuis le judaïsme. Ses grands-parents maternels étaient des survivants de la Shoah. Elle a servi dans l’aviation militaire israélienne.

Regev avait précédemment déclaré qu’Israël ne devait pas du tout accueillir l’événement s’il devait ne pas être organisé à Jérusalem après que les organisateurs européens ont fait part, selon des informations, de leur malaise face à une potentielle politisation du concours.

L’Etat juif a remporté le droit d’héberger la compétition après la victoire, lors de l’édition 2018, de la chanteuse Netta Barzilai avec son titre « Toy ».

Un porte-parole de Regev a déclaré à Hadashot après le reportage de samedi qu’elle n’avait aucunement l’intention d’intervenir dans la programmation du concours mais qu’elle aurait toujours un rôle à jouer dans la mesure où des financements d’état étaient versés aux organisateurs.

« La ministre a clarifié son positionnement personnel sur l’affaire – l’Eurovision est une opportunité pour illustrer la société israélienne, belle et diverse, sous la forme de segments de diffusion d’images entre les chansons pendant le concours », a noté le porte-parole. L’Eurovision introduit habituellement chaque artiste par un court segment d’images visant à souligner un aspect spécifique du pays hôte, ce qui est souvent utilisé comme un outil de marketing touristique puissant.

Netta Barzilai après avoir remporté la finale de la 63e édition de l’Eurovision Song Contest 2018 à l’Arena Altice de Lisbonne, le 12 mai 2018. (Crédit : AFP / Francisco LEONG)

« De plus, la coordination entre le gouvernement et l’autorité de diffusion est nécessaire afin d’investir des fonds publics dans le concours et dans la corporation de diffusion », a ajouté le porte-parole, disant que le dernier mot restait finalement au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

L’insistance de Regev sur la tenue d’un match amical de football programmé entre Israël et l’Argentine à Jérusalem a été citée comme un facteur majeur ayant entraîné son annulation au début du mois, faisant redouter qu’une pression similaire exercée pour que l’Eurovision ait lieu à Jérusalem ne stimule les initiatives de boycott de l’Etat juif.

La chaîne Hadashot a cité des responsables de l’Union de diffusion européenne, la semaine dernière, qui avertissaient les politiciens israéliens de cesser de faire des discours publics sur l’endroit où se tiendrait l’Eurovision, dans la mesure où ces propos pourraient inviter les groupes opposés à une organisation à Jérusalem à tenter d’influencer en faveur d’un éventuel boycott.

Un reportage diffusé la semaine dernière à la télévision a expliqué que le gouvernement israélien avait décidé de ne pas intervenir dans la détermination du site qui accueillera l’Eurovision l’année prochaine.

Quatre villes rivaliseraient pour accueillir l’événement : Jérusalem, Tel Aviv, Haïfa et Eilat.

Jérusalem n’est pas reconnue comme ville capitale d’Israël par la plus grande partie de la communauté internationale, qui maintient que le statut de la ville doit être déterminé par le biais de négociations entre l’Etat juif et les Palestiniens, qui revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur état.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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