Israël en guerre - Jour 66

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Washington admet qu’Israël gardera « probablement » une part de contrôle sécuritaire à Gaza

Le porte-parole de la Maison-Blanche a noté qu'il était difficile de dire combien de temps une telle période durerait et il a rejeté toute nouvelle occupation de la bande par Israël

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Les troupes de l'armée israélienne à côté d'un immeuble détruit pendant l'opération terrestre dans la bande de Gaza, le 8 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)
Les troupes de l'armée israélienne à côté d'un immeuble détruit pendant l'opération terrestre dans la bande de Gaza, le 8 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

L’administration Biden a reconnu, mercredi, qu’Israël conservera « probablement » un certain degré de contrôle sécuritaire dans la bande de Gaza après la fin de sa guerre menée pour démanteler le groupe terroriste du Hamas – des propos qui semblent rapprocher le positionnement des États-Unis de celui d’Israël sur cette question.

« Je pense que nous pouvons tous anticiper qu’il y aura une période, après le conflit, où les forces israéliennes se trouveront encore probablement à Gaza et où elles assumeront des responsabilités initiales en matière de sécurité », a dit le porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche, John Kirby, devant les caméras de CNN.

C’est la première fois qu’un responsable américain prononce ces paroles publiquement, deux jours après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué que les Israéliens seraient « responsables » de l’ensemble de la sécurité à Gaza « pour une période indéterminée ».

Les Israéliens avaient fait savoir initialement qu’ils ne voulaient pas réoccuper l’enclave côtière et les propos tenus par Netanyahu avaient entraîné l’inquiétude, certains supposant que ce dernier posait les fondements d’une nouvelle présence à long-terme d’Israël à Gaza. Plusieurs responsables américains avaient alors réaffirmé avec vigueur leur opposition à une réoccupation de la bande.

Mais Kirby a adopté une approche légèrement différente, mercredi, acceptant l’idée qu’Israël puisse devoir rester en charge de la sécurité à Gaza pendant un certain temps dans l’après-guerre.

« Mais pour combien de temps, où, à quel degré, quelle sera la portée de ce contrôle, ce sont des questions qui, je pense, n’ont pas de réponse pour le moment », a-t-il ajouté, déclarant que Netanyahu devrait établir clairement ce qu’il avait voulu dire en évoquant « une période indéterminée. »

Le porte-parole du Conseil national de sécurité des États-Unis, John Kirby, s’exprimant lors du briefing quotidien à la Maison Blanche, à Washington, le 12 juin 2023. (Crédit : Susan Walsh/AP Photo)

Kirby a affirmé à CNN que les États-Unis avaient la conviction que réoccuper Gaza serait une « erreur » pour l’État juif.

Les États-Unis se concentrent sur la nécessité de mettre au point un cadre de gouvernance à long-terme au sein de l’enclave côtière au lendemain du conflit actuel, a précisé Kirby, qui a dit qu’un plan viable n’avait pas encore été élaboré.

« Je pense qu’au point où nous en sommes, il y a beaucoup de questions et pas beaucoup de réponses », a-t-il insisté. « Nous savons ce que nous ne voulons pas voir dans le Gaza de l’après-guerre : Nous savons que nous ne voulons pas voir le Hamas au pouvoir et que nous ne voulons pas d’une nouvelle occupation par Israël ».

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi aurait rejeté une proposition soumise par Williams Burns, le directeur de la CIA, qui avait proposé que le Caire prenne temporairement en charge la sécurité dans la bande de Gaza, à l’issue du conflit, jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne soit prête à lui succéder.

Sissi a expliqué à Burns que l’Égypte ne jouerait aucun rôle dans la destitution du Hamas actuellement au pouvoir, le groupe terroriste ayant aidé l’Égypte à maintenir un calme relatif sur sa frontière, ces dernières années, a dit le Wall Street Journal mercredi, citant des hauts-responsables égyptiens.

Kirby a ajouté que ce sont les Palestiniens « qui devront être au premier plan » pour décider de qui les gouvernera une fois que la guerre sera terminée.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi assistant à la séance de clôture du sommet du nouveau pacte financier mondial, à Paris, le 23 juin 2023. (Crédit : Lewis Joly/AP)

Alors qu’il lui était demandé si les États-Unis voulaient que l’Autorité palestinienne, qui gouverne actuellement certaines parties de la Cisjordanie, supervise également Gaza, Kirby a répondu que l’administration Biden était convaincue que « les Palestiniens doivent avoir la responsabilité de déterminer ce que sera leur avenir ».

« Maintenant, à quoi ressemblera très exactement le cadre de gouvernance, savoir quand ce dernier sera mis en place et quels sont les acteurs qui apporteront leur aide là-dedans – nous travaillons sur toutes ces questions », a-t-il dit.

S’exprimant devant les journalistes après la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 à Tokyo, au Japon, mercredi dans l’après-midi, le secrétaire d’État Antony Blinken a énuméré ce qui, selon lui, est aujourd’hui nécessaire pour créer « une paix et une sécurité durable ».

Blinken a ensuite énuméré les éléments qui, selon les États-Unis, sont indispensables pour mettre en œuvre une telle paix et une telle sécurité : « Pas de déplacement forcé des Palestiniens de Gaza, pas maintenant et pas dans l’après-guerre. Pas d’utilisation de Gaza comme plateforme du terrorisme et autres attaques violentes. Pas de réoccupation de Gaza à la fin du conflit. Pas de tentative de blocus ou de siège de Gaza. Pas de réduction du territoire à Gaza, a-t-il indiqué.

Il semble que c’est la première fois qu’un responsable américain tient ouvertement ces propos après avoir évité pendant longtemps de critiquer le blocus israélien à Gaza – un blocus qui, selon Israël, est nécessaire pour empêcher les armes d’entrer dans la bande. Les groupes de défense des droits de l’Homme ont fait savoir que cette politique avait significativement porté atteinte à l’économie de l’enclave.

Des Palestiniens fuient vers le sud de la bande de Gaza dans la rue Salah al-Din à Bureij, dans la bande de Gaza, le 7 novembre 2023. (Crédit : Hatem Moussa/AP)

Cet appel lancé à Israël en défaveur d’une réoccupation du territoire va aussi à l’encontre de certaines paroles qui ont été prononcées par des responsables israéliens et notamment par le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen, qui a fait savoir que l’armée devrait établir une sorte de zone-tampon de manière à mieux assurer la sécurité à la frontière.

« Nous devons aussi garantir qu’aucune menace terroriste n’émergera de la Cisjordanie », a poursuivi le secrétaire d’État américain.

Il faut « une gouvernance palestinienne, une bande de Gaza unie à la Cisjordanie, sous le contrôle de l’Autorité palestinienne… un mécanisme durable de reconstruction à Gaza et une voie ouverte » vers la solution à deux États, a-t-il ajouté.

Interrogé sur les paroles prononcées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui a évoqué la possibilité qu’Israël assume la responsabilité de la sécurité dans la bande de Gaza pour une durée indéterminée, Blinken a admis qu’il « pourrait y avoir besoin d’une période de transition ».

Israël a juré d’écarter le Hamas du pouvoir et d’écraser ses capacités militaires – sans préciser ce qui pourrait arriver au lendemain du conflit.

De leur côté, les officiels de l’Autorité palestinienne, dont le siège est à Ramallah, ont fait savoir qu’ils ne prendraient pas la responsabilité de Gaza à moins que cette initiative n’entre dans le cadre d’un accord de paix plus large qui comprendrait la Cisjordanie et qui ouvrirait la voie à l’établissement d’un État.

Vedant Patel, le porte-parole du département d’État américain, a commenté devant les journalistes, mardi, que « notre point de vue est que les Palestiniens doivent être au premier plan dans ces décisions, que Gaza est une terre palestinienne et que Gaza restera une terre palestinienne ».

Des Palestiniens regardent les immeubles détruits dans des frappes israéliennes à Deir al Balah, dans la bande de Gaza, le 7 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Hatem Moussa)

L’armée israélienne a lancé – en plus de bombardements intenses de l’armée de l’air sur les infrastructures du Hamas – une incursion terrestre musclée dans le nord de la bande de Gaza.

Israël avait retiré ses soldats et ses résidents d’implantation de Gaza en 2005 mais avait conservé le contrôle de l’espace aérien, de la ligne côtière, du registre de la population et des postes-frontières de la bande – à l’exception de ceux qui séparent l’enclave de l’Égypte. Le Hamas avait pris le pouvoir qui était aux mains des forces loyales au président Mahmoud Abbas, de l’Autorité palestinienne, en 2007. Depuis, Israël et l’Égypte avait imposé un blocus sur Gaza à des degrés variés.

Depuis qu’Israël a retiré ses militaires et évacué ses implantations à Gaza, il y a presque deux décennies, l’État juif a fait fréquemment face à des attaques à la roquette en provenance de l’enclave, ainsi qu’à la menace de tunnels creusés sous la frontière, utilisés par les terroristes pour attaquer le pays. Les attaques à la roquette, qui avaient commencé avant le désengagement de 2005 mais qui se sont significativement renforcées depuis, ont entraîné un certain nombre de campagnes militaires contre le Hamas et contre les terroristes de la bande.

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