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Washington ajoute la firme israélienne NSO à sa liste noire

Une autre entreprise israélienne, concurrente de NSO a aussi intégré la liste des sociétés étrangères qui se livrent, selon les États-Unis, à des cyber-activités malveillantes

Sur cette photo du 28 septembre 2021, la secrétaire américaine au Commerce Gina Raimondo s'exprime au Economic Club of Washington. (Photo AP/Alex Brandon)
Sur cette photo du 28 septembre 2021, la secrétaire américaine au Commerce Gina Raimondo s'exprime au Economic Club of Washington. (Photo AP/Alex Brandon)

Le ministère américain du Commerce a annoncé mercredi avoir ajouté NSO Group, la société israélienne qui fabrique le logiciel d’espionnage Pegasus et une autre société Candiru, à sa liste des entreprises interdites parce qu’elles constituent une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis.

NSO Group et le moins connu Candiru, considéré comme son concurrent sur le marché de la cyber-surveillance, ont été accusés d’avoir fourni des logiciels espions à des gouvernements accusé d’avoir ciblé des journalistes et des militants.

Les entreprises israéliennes « ont été ajoutées à la liste des entités sur la base de preuves que ces entités ont développé et fourni des logiciels espions à des gouvernements étrangers qui ont utilisé ces outils pour cibler de manière malveillante des responsables gouvernementaux, des journalistes, des hommes d’affaires, des militants, des universitaires et des employés d’ambassade », selon une déclaration du département du Commerce.

Le département du Commerce a également ajouté deux autres sociétés, en Russie et à Singapour, à la liste des entités pour la vente de cyber-produits qui auraient été mal utilisés.

« Ces outils ont également permis aux gouvernements étrangers de mener une répression transnationale, qui est la pratique de gouvernements autoritaires ciblant les dissidents, les journalistes et les militants en dehors de leurs frontières souveraines pour faire taire la dissidence », a déclaré la secrétaire américaine au Commerce Gina M. Raimondo dans un communiqué. « De telles pratiques menacent l’ordre international fondé sur des règles. »

« Les États-Unis se sont engagés à utiliser de façon agressive les contrôles à l’exportation pour tenir responsables les entreprises qui développent, commercialisent ou utilisent des technologies destinées à mener des activités malveillantes qui menacent la cyber-sécurité des membres de la société civile, des dissidents, des représentants du gouvernement et des organisations ici et à l’étranger. »

Les entités figurant sur la liste du département du Commerce sont confrontées à des exigences de licence, restreignant leur accès à la technologie américaine. Cependant, les entreprises et les citoyens américains ne sont pas interdits d’acheter les services et les biens des entités figurant sur cette liste.

« Le groupe NSO est consterné par la décision » et « travaillera pour faire en sorte que cette décision soit changée », a déclaré dans un message à l’AFP un porte-parole de cette société basée en banlieue de Tel-Aviv et qui affirme disposer d’une charte éthique « rigoureuse basée sur les valeurs américaines ».

Selon les médias hébraïques, l’administration Biden n’a informé Israël de cette décision qu’une heure avant l’annonce. Le Premier ministre Naftali Bennett avait rencontré le conseiller américain à la Sécurité nationale Jake Sullivan en marge du sommet sur le climat COP26 à Glasgow lundi soir et s’était brièvement entretenu avec le président Joe Biden.

Lundi, Bennett s’était aussi entretenu avec le président français Emmanuel Macron au sujet de NSO, – les deux hommes ayant convenu de continuer à aborder la question de manière calme et transparente, selon un responsable israélien.

Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d’Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

NSO a développé Pegasus, un logiciel qui peut allumer la caméra ou le microphone d’un téléphone et récolter ses données. Il y a eu des allégations répétées selon lesquelles le logiciel est utilisé pour violer les droits de l’Homme.

NSO s’est retrouvé exposé cet été après des enquêtes publiées par un consortium de 17 médias internationaux, révélant que Pegasus aurait permis d’espionner les numéros de journalistes, hommes politiques, militants ou chefs d’entreprises de différents pays, y compris le président français Emmanuel Macron – ce que NSO a toujours nié. Une liste d’environ 50 000 cibles de surveillance potentielles dans le monde avait été divulguée aux médias

NSO a été accusé d’avoir vendu le logiciel espion aux gouvernements d’Azerbaïdjan, de Bahreïn, du Kazakhstan, du Mexique, du Maroc, du Rwanda, d’Arabie saoudite, de Hongrie, d’Inde et des Émirats arabes unis. Ces États l’ont utilisé pour pirater les téléphones de dissidents, de journalistes, et militants des droits de l’Homme.

NSO a insisté sur le fait que son logiciel était uniquement destiné à être utilisé dans la lutte contre le terrorisme et d’autres crimes, et que la liste divulguée n’était pas liée à l’entreprise.

En juillet, Microsoft a bloqué des outils développés par Candiru qui auraient été utilisés pour espionner plus de 100 personnes dans le monde, notamment des politiciens, des militants des droits humains, des journalistes, des universitaires et des dissidents politiques.

Le premier prix Daphne Caruana Galizia pour le journalisme, créé en mémoire de la journaliste maltaise assassinée, a été attribué mi-octobre au réseau de médias Forbidden Stories pour son enquête sur « Pegasus », le logiciel espion israélien.

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