Yaalon accuse Netanyahu de « trahison » dans l’affaire des sous-marins
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Yaalon accuse Netanyahu de « trahison » dans l’affaire des sous-marins

L'ex ministre de la Défense a "franchi la ligne rouge" selon le likud ; Appels à réexaminer le rôle du Premier ministre dans le "pire cas de corruption de l'histoire d'Israël"

Moshe Yaalon (à gauche) et Ehud Barak au siège du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 19 mars 2013. (Ariel Hermoni/Ministère de la Défense/Flash90)
Moshe Yaalon (à gauche) et Ehud Barak au siège du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 19 mars 2013. (Ariel Hermoni/Ministère de la Défense/Flash90)

Moshe Yaalon, candidat clé de la liste Kakhol lavan qui a été ministre de la Défense sous Benjamin Netanyahu, a déclaré mercredi que les actions du Premier ministre dans une affaire de corruption impliquant des achats de sous-marins pourraient s’apparenter à de la « trahison », ce qui lui a valu des reproches du Likud.

Les rivaux électoraux de Netanyahu ont lancé une offensive générale à la suite de nouvelles allégations selon lesquelles il aurait gagné des millions de shekels grâce à l’affaire dite des sous-marins, la qualifiant de « plus grande affaire de corruption liée à la sécurité dans l’histoire de l’Etat d’Israël ».

L’enquête très médiatisée sur l’affaire 3000 a piégé plusieurs proches collaborateurs de Netanyahu, mais pas le Premier ministre lui-même, soupçonnés d’avoir reçu des fonds illicites dans le cadre d’une opération de corruption massive lors d’un achat public – qui a été gelé en 2016 – de plusieurs milliards de shekels de trois sous-marins de classe Dolphin et quatre Corvettes Saar 6 du constructeur naval allemand Thyssenkrupp, et un achat séparé de sous-marin de classe Dolphin effectué en 2009 et signé en 2012.

Selon un reportage de la Treizième chaîne la semaine dernière, le Bureau du contrôleur de l’État a découvert que Netanyahu était autrefois actionnaire d’une société qui fournit le constructeur naval allemand Thyssenkrupp, qui a construit les sous-marins pour Israël.

Netanyahu a qualifié les allégations d’irrégularités de sa part de « calomnies forgées de toutes pièces », disant qu’il « n’a reçu pas un seul shekel de l’accord sur les sous-marins » et que l’affaire a « été examinée en profondeur par le ministère public et le procureur général, qui a déclaré sans équivoque que je ne suis suspecté de rien ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige la réunion hebdomadaire du cabinet, au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 17 mars 2019. (Marc Israel Sellem)

Yaalon, le numéro 3 de Kakhol lavan – qui, comme le chef de son parti, Benny Gantz, est un ancien chef d’état-major de Tsahal – a déclaré à la radio israélienne mercredi qu’il était possible que le procureur général Avichai Mandelblit ait été dissuadé de porter plainte contre le Premier ministre « par une personne qui a dit que la sécurité d’Israël serait compromise si la corruption était découverte, car dans ce cas, l’Allemagne ne pourrait plus nous vendre de sous-marins ».

Yaalon, qui a été ministre de la Défense sous Netanyahu en 2013-2016, a déclaré qu’il avait écrit une lettre à Mandelblit lui demandant d’enquêter sur cette affaire.

« Cette question est si importante qu’elle pourrait même équivaloir à une trahison », a-t-il accusé lors de son interview à la radio.

Le parti Likud de Netanyahu a réagi rapidement, disant que les propos de Yaalon « ont dépassé les bornes ».

« Après avoir examiné toutes les informations, les forces de l’ordre ont déjà déterminé que le Premier ministre Netanyahu n’est pas lié à l’affaire des sous-marins. Cela n’empêche pas Lapid et Gantz de continuer à diffamer », est-il dit dans le communiqué.

(De gauche à droite) Le dirigeant de Kakhol lava, Benny Gantz, et les membres du parti Yair Lapid, Moshe Yaalon et Gabi Ashkenazi lors d’une campagne électorale, le 18 mars 2019. (Avec l’aimable autorisation de Kakhol lavan)

« L’utilisation du terme ‘traître’ contre le Premier ministre franchit dangereusement la ligne rouge, ce qui témoigne de la nervosité de Lapid et Gantz dans l’affaire embarrassante du téléphone », a-t-il ajouté, en faisant référence aux informations de la semaine dernière, selon lesquelles les renseignements iraniens ont piraté le portable de Gantz il y a plusieurs mois.

L’Iran a démenti avoir piraté le téléphone.

L’ancien Premier ministre Ehud Barak a repris l’allégation de Yaalon dans une interview accordée mercredi matin à la radio de l’armée, affirmant que l’affaire « frisait la trahison ».

« Le procureur général a annoncé dès le début de l’enquête que Netanyahu n’est en rien lié à quoi que ce soit », a dit Barak. « C’est pourquoi on craint que le procureur général ne protège le Premier ministre.

« L’achat d’un sous-marin n’est pas quelque chose que Netanyahu est autorisé à faire [seul] en tant que Premier ministre. Il ne peut pas décider d’acheter un sous-marin sans impliquer le ministre de la Défense, et Yaalon prétend qu’il ne le savait pas. C’est une mesure qui constitue un abus de confiance flagrant ».

Selon le rapport de la Treizième chaîne la semaine dernière, le Bureau du contrôleur de l’État a découvert que Netanyahu et son cousin Nathan Milikowsky étaient actionnaires d’une société de fabrication d’électrodes de graphite, GrafTech International, un fournisseur de longue date de Thyssenkrupp.

Après avoir précédemment prétendu avoir acquis les actions en tant que simple citoyen, Netanyahu a semblé changer son histoire, admettant qu’il est devenu actionnaire en 2007 alors qu’il était le chef de l’opposition, a rapporté lundi Haaretz. Il a vendu ses actions à Milikowsky en 2010, après avoir été élu Premier ministre, selon le site Web The Marker.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur l’INS Tanin, sous-marin construit par la firme allemande ThyssenKrupp, à son arrivée en Israël, le 23 septembre 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Lundi, lors de leur première conférence de presse conjointe depuis le lancement du parti, les hauts responsables de Kakhol lavan ont accusé Netanyahu d’être impliqué dans « la plus grande affaire de corruption liée à la sécurité dans l’histoire de l’Etat d’Israël ».

Gantz, parlant avec Lapid, Yaalon et le candidat Gabi Ashkenazi, un autre ancien chef de Tsahal, à ses côtés, a accusé Netanyahu d’avoir perçu 16 millions de shekels [4 millions d’euros] « directement dans sa poche » lors de la vente de ses actions GrafTech.

M. Gantz a déclaré que s’il remportait les élections, Kakhol lavan établirait une commission d’enquête parlementaire sur les liens de Netanyahu avec l’affaire, ainsi que sur sa prétendue autorisation en 2015 des ventes par l’Allemagne de deux sous-marins avancés de classe Dolphin et de deux navires de guerre anti-sous-marins à l’Égypte.

En plus de l’implication de Milikowsky, l’enquête a déjà vu la police recommander des accusations de corruption contre un autre cousin de Netanyahu, son avocat de longue date David Shimron ; son ancien chef de bureau David Sharan ; son ancien conseiller en matière de sécurité nationale Avriel Bar-Yosef ; l’ancien chef de la marine Eliezer Marom ; et l’ancien ministre Eliezer Sandberg. Netanyahu a été interrogé comme témoin dans cette affaire, mais n’est pas un suspect.

Shimron a représenté ThyssenKrupp dans la vente et est soupçonné d’avoir troqué son influence sur le Premier ministre en échange d’une part importante de la transaction. La police pense qu’il a fait pression pour obtenir le contrat de défense de 6 milliards de shekels (1,5 milliard d’euros) pour acheter des sous-marins pour la marine israélienne et d’autres navires afin de protéger les champs de gaz naturel offshore du pays.

Le rôle de Netanyahu dans la décision d’achat, y compris son insistance pour que Thyssenkrupp soit exempté du processus d’appel d’offres habituel du ministère de la Défense, a soulevé des inquiétudes concernant un conflit d’intérêts pour Shimron. Une partie de l’accord prétendument poussé par Shimron aurait également vu ThyssenKrupp construire un chantier naval lucratif en Israël, où la société assurerait l’entretien des nouveaux navires.

Miki Ganor lors d’une audience au tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 21 juillet 2017. (Crédit : Flash90)

D’autres spéculations ont été alimentées par le fait que Miki Ganor, le témoin clé de l’affaire, a demandé mardi soir, lors d’un revirement spectaculaire, de modifier certains passages de son témoignage. Ganor, ancien agent de ThyssenKrupp en Israël, a signé un accord de coopération avec les procureurs en juillet 2017, qui portait sur la période pendant laquelle il a travaillé pour la société entre 2009 et 2017. Il a admis avoir soudoyé une série de hauts fonctionnaires afin d’obtenir des contrats pour ThyssenKrupp avec le ministère israélien de la Défense.

Mais à présent, il aurait dit aux enquêteurs de la police : « Je n’ai soudoyé personne ».

Ganor a été arrêté à la suite de cette initiative et, mercredi, la police a demandé que sa détention provisoire soit prolongée de cinq jours.

Par ailleurs, le mois dernier, Mandelblit a annoncé son intention d’inculper M. Netanyahu pour corruption et abus de confiance dans trois autres affaires. Le Premier ministre nie ces allégations et affirme que ces affaires s’inscrivent dans le cadre d’une chasse aux sorcières politique visant à l’évincer, impliquant la gauche, les médias et la police qui font pression sur un procureur général faible.

Alors qu’un Premier ministre israélien en exercice n’a jamais été aussi près d’une mise en accusation auparavant, Netanyahu n’est pas obligé de démissionner à ce stade. L’acte d’accusation prévu est toujours soumis à une audience, au cours de laquelle Netanyahu peut plaider sa cause avant que des accusations officielles ne soient portées. Ce processus aura lieu après les élections du 9 avril, probablement avant juillet, selon le ministère de la Justice.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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